Présidentielle 2022 : « Délocalisations maquillées », « fake news »… Comment les pulls de l’armée française ont enflammé la campagne

POLEMIQUE Arnaud Montebourg, suivi par d’autres candidats à la présidentielle, est monté au créneau jeudi contre une commande de pulls que l’armée française aurait effectuée à l’étranger

Thibaut Le Gal
— 
Arnaud Montebourg dans l'entreprise de textile Regain.
Arnaud Montebourg dans l'entreprise de textile Regain. — Alain ROBERT/SIPA
  • L’armée française a été accusée mercredi de préférer un fabricant chinois à une traditionnelle entreprise du Tarn pour sa commande de pulls, provoquant une polémique politique.
  • Le porte-parole du ministère a dénoncé « une fake news », tout en reconnaissant qu’une partie de la production était faite à l’étranger.
  • Arnaud Montebourg, candidat à la présidentielle, dénonce des « délocalisations maquillées sous couvert de marques françaises ».

Un simple morceau de tissu peut parfois embraser une campagne présidentielle. Il faut dire que les ingrédients – armée française, délocalisations, Chine, Made in France – formaient un cocktail explosif. Cette semaine, l’armée française a été accusée de préférer un fabricant chinois à une traditionnelle entreprise du Tarn pour sa commande de pulls. Plusieurs candidats à la présidentielle – Arnaud Montebourg, Marine Le Pen ou encore Jean-Luc Mélenchon – y ont vu la faillite d’Emmanuel Macron pour protéger nos industries. Une fausse information, qui révèle toutefois d’importants débats à venir sur les relocalisations ou la protection des marchés français. Retour sur cette polémique.

« Avec Macron, nos impôts subventionnent les délocalisations »

L’affaire commence par un article du site France Bleu, publié mercredi, en marge d’un déplacement d’Arnaud Montebourg dans le Tarn le lendemain et intitulé : « L’armée française choisit des pulls chinois plutôt que des pulls Made in Tarn ». Par cette visite, le candidat à la présidentielle et chantre de la démondialisation souhaite illustrer les délocalisations et défendre le savoir-faire français. Dans l’article, on peut en effet lire que l’armée aurait préféré un fabricant chinois plutôt que l’entreprise Regain, une manufacture du Tarn avec laquelle elle avait l’habitude de traiter ces dernières années. Sur Twitter, plusieurs candidats à la présidentielle s’engouffrent dans la brèche.

« Avec Emmanuel Macron, nos impôts subventionnent les importations chinoises et les délocalisations. Il est temps que l’argent des Français soutienne l’économie française », dénonce ainsi Marine Le Pen. Même propos chez Xavier Bertrand : « Le président Macron organise des expositions pour présenter le Made in France mais laisse notre armée choisir des pulls chinois pour nos soldats : en matière de commande publique, il ne peut y avoir de "en même temps" », abonde le candidat LR. « L’armée française achète des pulls en Chine plutôt que dans le Tarn. Et des militaires chinois ils en vendent aussi ? Ce serait moins cher aussi pour des tireurs dans le dos », accuse de son côté Jean-Luc Mélenchon.

Une « fake news » pour l’armée

A six mois de l’élection présidentielle, l’occasion était trop belle : pointer l’échec du président de la République, qui a fait de la réindustralisation une thématique de sa future campagne en 2022. Mais l’armée dément vertement l’information concernant le marché chinois. Sur Twitter, le porte-parole du ministère, Hervé Grandjean, dénonce jeudi une « fake news ». Il confirme bien que l’entreprise Regain n’a pas obtenu l’appel d’offres, mais assure que le contrat, « mené conformément au code la commande publique », a été remporté en septembre 2020 par deux entreprises françaises : Saint James et Léo Minor. Il précise aussi que « le ministère des Armées a notifié à Regain, au titre de mesures de relance, un contrat de 500.000 euros pour la fourniture de 15.000 chandails ».

Contacté par BFM Business jeudi, le patron de Regain tente d’ailleurs d’éteindre la polémique, assurant garder de bonnes relations avec l’armée française. « On gagne grosso modo un marché sur deux », dit-il, plaidant toutefois pour l’instauration de nouveaux critères afin d’être plus compétitif face aux productions à l’étranger.

« Des délocalisations maquillées sous couvert de marques françaises »

Mais l’affaire du « pullgate » ne s’arrête pas là. Arnaud Montebourg persiste et signe le jour même, dénonçant des « délocalisations maquillées sous couvert de marques françaises ». Car si Saint James et Léo Minor sont bien implantés en France, une partie du textile est produite à l’étranger. « La confection est faite soit en France, soit au Maroc ou en Tunisie », reconnaît sur Twitter le porte-parole des Armées, sans plus de précision.

« Arnaud Montebourg a donc bien levé un lièvre. Ce n’est pas la Chine, mais ce n’est pas la France. Leo Minor n’a aucun site de production en France, il s’agit bien d’une délocalisation massive », assure François Cocq, porte-parole du candidat. « Cette affaire intervient après le remplacement du Famas par un fusil fabriqué en Allemagne, des pistolets autrichiens ou de l'abandon de Manurhin [industrie de munitions] à un groupe émirati. Il est temps de défendre notre industrie et nos savoir-faire », ajoute-t-il.

Un groupe de huit parlementaires, sous l’égide de Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice et soutien d’Arnaud Montebourg, a écrit ce vendredi à la ministre de la Défense pour obtenir des informations sur le « marché d’approvisionnement en pull-overs pour les armées et, en particulier, sur la part de la production réalisée […] hors de France ».

Sur Twitter, le porte-parole des Armées assurait de son côté que « 78 % de nos fournisseurs pour l’habillement sont Français, et la moitié sont des PME et des TPE », sans toutefois préciser si ces entreprises délocalisent ou non leur production. Contacté par 20 Minutes, le ministère n’avait pas répondu à nos questions ce vendredi en fin d’après-midi.