Présidentielle 2022 : « Je n’ai jamais trahi »… Xavier Bertrand en opération reconquête auprès des militants LR

REPORTAGE Le candidat à la présidentielle participera finalement début décembre au Congrès LR, qui doit désigner le candidat de la droite et du centre

Thibaut Le Gal
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Xavier Bertrand, le portrait — 20 Minutes
  • Pendant plusieurs mois, Xavier Bertrand a affirmé qu’il serait candidat à la présidentielle sans jamais passer par la case primaire.
  • Le candidat s’est finalement résigné à participer au Congrès LR, qui doit désigner, début décembre, le champion de la droite et du centre.
  • Le président des Hauts-de-France, qui a claqué la porte du parti en décembre 2017, tente de convaincre les militants sur le terrain. Comme mardi soir, à Boulogne-Billancourt.

A Boulogne-Billancourt,

Il est 20h ce mardi dans la salle de l’Espace Landowski, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Xavier Bertrand prend le micro devant quelque 200 personnes. Dans le silence, le président des Hauts-de-France crève l’abcès. « Ces explications, je vous les dois. Oui, c’est vrai, je suis parti [ des Républicains] en 2017. Mais je n’ai adhéré à aucun un autre parti, je n’en ai pas créé. Je ne voulais pas faire concurrence à LR. Je n’avais qu’une famille politique, je n’ai jamais trahi ». Le candidat à la présidentielle est en opération reconquête auprès des militants LR avant le congrès du parti, début décembre, qui désignera le candidat de la droite et du centre.

Un départ des Républicains qui pèse lourd

Pendant plusieurs mois, l’ancien maire de Saint-Quentin (Aisne) a roulé des mécaniques et tenté d’imposer sa candidature à la droite en balayant toute idée de primaire. Mais affaibli et isolé, Xavier Bertrand a finalement été contraint de participer au scrutin interne de son ancien mouvement. Un aveu d’échec et un pari risqué : son destin est désormais entre les mains des militants LR. Et certains adhérents lui reprochent toujours aussi sévèrement d’avoir claqué la porte du parti avec fracas en décembre 2017, sur fond de dissensions avec le patron de l’époque, Laurent Wauquiez.

« Nous sommes passés de 230.000 adhérents à 58.000 en quelques années, donc je ne suis pas le seul à être parti », tente-t-il de justifier devant la salle. « Vous pouvez ne pas être d’accord, mais je l’ai fait sur un choix stratégique : le combat contre les extrêmes, qui a toujours été important dans mon parcours », ajoute-t-il, en référence au refus de l’ex-président LR de choisir clairement Emmanuel Macron face à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.

« Je suis dans la position de challenger, j’aime bien »

Reste que les rodomontades des derniers mois pourraient peser lourd alors que ses principaux concurrents au congrès, Michel Barnier et Valérie Pécresse, se pliaient dès l’été dernier aux règles du parti. « Je suis dans la position de challenger, j’aime bien », dit Xavier Bertrand à la presse, peu avant d’entrer en scène. Le Nordiste rappelle qu’il a finalement repris sa carte et qu’il laboure scrupuleusement les fédérations LR pour regagner le cœur des militants. « C’est la 25e réunion que je fais ce soir, il m’en reste une trentaine, on organise même des visioconférences. Je ne sais pas faire campagne autrement qu’à 100 %. J’essaye de convaincre, en allant à la rencontre des gens », ajoute-t-il.

Son équipe a prévu pas moins de huit rencontres d’ici à samedi, dans le Val-d’Oise, le Pas-de-Calais, les Yvelines, le Morbihan, la Loire-Atlantique, la Charente-Maritime et la Gironde. « Le programme est dense, mais on en fait le plus possible, le soir, le midi… », confirme Julien Dive, député LR de l’Aisne, en charge de l’organisation. « Il y a toujours un mec un peu énervé qui pose la question sur son départ, mais Xavier Bertrand répond avec humilité. Et à la fin, il arrive à retourner les salles ».

Xavier Bertrand avec la presse avant le meeting.
Xavier Bertrand avec la presse avant le meeting. - Jacques Witt/SIPA

« C’est le candidat le plus convaincant, le plus déterminé »

Ce mardi soir, l’ancien ministre du Travail de Nicolas Sarkozy défend son triptyque programmatique : autorité-travail-territoires. Le candidat est à l’aise, répond aux questions, donne du « travailler plus pour gagner plus » sur la défiscalisation des heures supplémentaires, attaque « ces satanées éoliennes ». Ou assure que « la peur doit changer de camp », en évoquant sa proposition d’instaurer des peines minimales pour l’agression de policiers. Des formules ciselées pour un public ravi, qui applaudit aussi aux saillies contre le président de la République. « Monsieur Macron a eu sa chance et il a échoué. Il devait rassembler les Français, il les a divisés ».

Après deux longues heures d’échanges, la salle est en partie debout. Mais le candidat semble être devant un public déjà conquis. « Je suis venu car c’est le candidat le plus convaincant, le plus déterminé », salue l’un d’eux en fin de soirée. « Il a gagné en charisme et en profondeur. Son programme est clair pour sortir le pays de la situation complexe actuelle, en donnant plus de place aux territoires », s’enthousiasme aussi Laurence.

Ses soutiens espèrent que son avance dans les sondages nationaux entraînera un vote utile début décembre. Ils misent aussi sur les quatre débats télévisés entre les candidats prévus avant le Congrès pour faire la différence. « Cela permettra de toucher les militants que l’on n’a pas touchés, dans les petites fédérations LR qui comptent parfois 50 adhérents, reconnaît le député LR du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont. Et de montrer aux Français que Xavier Bertrand est le seul à pouvoir faire gagner la droite en avril prochain ».