COP26 : Quelles ambitions pour Emmanuel Macron à Glasgow ?

CONFERENCE Le président de la République semble venir en Ecosse les mains vides

Rachel Garrat-Valcarcel
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Emmanuel Macron à la COP23 à Bonn. (archives)
Emmanuel Macron à la COP23 à Bonn. (archives) — S Lemouton -POOL/SIPA
  • La COP26 commence lundi à Glasgow, en Ecosse. Emmanuel Macron participera à la cérémonie d’ouverture.
  • Alors que les efforts français pour la réduction des gaz à effet de serre sont jugés insuffisants, il ne devrait pas y avoir de nouvelles annonces de la part du président de la République.
  • Un vrai hic pour un pays qui se voit leader des négociations climatiques.

Le président de la République arrivera-t-il à rendre les négociations climat « great again » ? Emmanuel Macron se rend lundi à Glasgow pour l’ouverture de la COP26, la conférence annuelle sur la lutte contre le réchauffement climatique. Six ans après l’Accord de Paris, qui a pour objectif se contenir le réchauffement climatique « nettement en dessous de 2 °C », il s’agit de trouver les moyens de mettre en œuvre concrètement les engagements de la COP21. A l’Elysée, on espère que Glasgow permettra de « consolider » les engagements des Etats en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Avec quelles propositions dans les bagages de la délégation hexagonale ? A la présidence de la République, on considère à ce stade que la loi Climat, définitivement votée cet été, et le pacte « Fit for 55 » de l’Union européenne (pour une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle continentale) suffiront. « C’est ça qui nous permettra d’être exigeants avec d’autres grands pays émetteurs », veut-on croire à l’Elysée. Une ligne qui fait tousser Greenpeace France : « La loi Climat ne permet même pas de tenir l’objectif de la France de -40 % d'émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 ! », dénonce Clément Sénéchal, le porte-parole « climat » de l’ONG, interrogé par 20 Minutes.

Pas de bon tempo sans bon exemple donné

« La France est parmi les pays européens qui émettent le moins de gaz à effet de serre de l’Union européenne, défend Maud Bregeon, porte-parole de La République en marche. Quand je vois tout ce qui a déjà été déployé pour faire progresser la part des énergies renouvelables, ce qui est fait pour l’isolation des logements… Ce sont des actes forts et concrets. » La marcheuse préfère voir le verre à moitié plein, même si les études d’impact commandées par le gouvernement montrent que la loi Climat ne permettra pas à la France d’atteindre ses objectifs et que l’Etat a été condamné dans le cadre de « l’Affaire du siècle » pour son inaction climatique.

Venir à la COP26 sans engagements supplémentaires serait, pour la députée européenne EELV Marie Toussaint, la marque du « quinquennat des rendez-vous manqués ». « Emmanuel Macron a constamment préféré écouter ses conseillers en com' plutôt que les scientifiques et a gouverné à coups de slogans », cingle-t-elle auprès de 20 Minutes. Le président de la République viendra à Glasgow pour la cérémonie d’ouverture de la COP26, où il sera invité à prendre la parole. « C’est l’occasion de donner le tempo, mais ce n’est possible que si on a des propositions à mettre sur la table », prévient Clément Sénéchal chez Greenpeace.

Pour être leader, « il faut être exemplaire »

Si l’entourage du chef de l’Etat ne fait pas miroiter d’engagements nouveaux à l’occasion de la COP26, la France place sa participation sous le signe de la recherche de « convergences » pour lutter contre le réchauffement : convergence entre les pays riches et pauvres, convergence entre la reprise économique post-Covid-19 et les objectifs climatiques. Paris se voit comme une facilitatrice dans les discussions entre les parties. « La France a vocation à prendre le leadership », dit même Maud Bregeon. « C’est effectivement un rôle qu’on peut attendre, mais ce n’est pas ce qui s’est passé jusque-là », note Clément Sénéchal.

Le militant écologiste pointe le « manque d’investissement diplomatique » dans les négociations et « une démission progressive de la France, qui avait pourtant un rôle de garante de l’Accord de Paris ». De plus, avant de pouvoir être leader dans les négociations, « il faut être exemplaire » au moins sur les promesses, pointe Marie Toussaint.

Au-delà des critiques adressées au chef de l’Etat sur sa politique de lutte contre le réchauffement climatique, le calendrier fait tiquer Greenpeace France : Emmanuel Macron participe à une COP à six mois des élections après avoir séché ces rendez-vous depuis sa venue à Bonn en 2017. Faudra-t-il attendre la campagne présidentielle pour voir les objectifs climatiques de la France – ou au moins ceux du candidat Macron – rehaussés ? « C’est un sujet sur lequel on travaille », élude-t-on à LREM. Un enjeu crucial, alors que certains proches d’Emmanuel Macron craignent que Yannick Jadot ne vienne lui tailler des croupières sur sa gauche.