Pass sanitaire : Le gouvernement va-t-il imposer la troisième dose ?

EPIDEMIE Devant le manque d’intérêt des personnes les plus fragiles pour le rappel vaccinal, « l’idée fait son chemin » au sein de l’exécutif

Thibaut Le Gal
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Olivier Véran au téléphone avec Emmanuel Macron.
Olivier Véran au téléphone avec Emmanuel Macron. — STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA
  • Alors que l’épidémie de coronavirus connaît un léger rebond, le gouvernement tente d’inciter les personnes les plus fragiles à recevoir une troisième dose de vaccin.
  • Mais pour le moment, seulement 2,5 millions de personnes sur les 6,8 millions pouvant y prétendre ont effectué ce rappel vaccinal.
  • Le gouvernement pourrait donc intégrer cette troisième dose au pass sanitaire, comme le demandent certains membres de la majorité.

Faudra-t-il bientôt une nouvelle dose de vaccin pour disposer d’un  pass sanitaire valide ?  Gabriel Attal a souligné mercredi que le coronavirus « progressait » de nouveau dans l’Hexagone, avec 5.400 cas détectés par jour en moyenne. « Les signes d’une reprise épidémique se poursuivent. C’est une reprise légère, mais sensible », a indiqué le porte-parole du gouvernement à la sortie du Conseil des ministres. L’exécutif espère toutefois passer un « hiver relativement serein » grâce à la couverture vaccinale élevée, alors que « plus de 80 % des Français éligibles sont complètement vaccinés ».

Mais pour passer Noël en toute tranquillité, Gabriel Attal a lancé un appel aux plus de 65 ans et aux plus fragiles, les incitant à effectuer leur rappel vaccinal, « indispensable et urgent ». Le gouvernement ira-t-il jusqu’à l’intégrer au pass sanitaire, comme le souhaitent certains macronistes ?

« On voit que ça freine, le chiffre est encore trop faible »

Cet appel au rappel n’est pas anodin. Pour le moment, seules 2,5 millions de personnes sur les 6,8 millions pouvant y prétendre ont effectué leur rappel vaccinal (généralement la troisième dose), six mois après leur dernière injection. C’est donc environ un tiers des personnes ciblées pour le moment, notamment les plus de 65 ans vivant à domicile, celles atteintes de maladies graves et de comorbidités ou encore les résidents en Ehpad.

« On voit que ça freine, le chiffre est encore trop faible. Or, sur le plan sanitaire, il y a nécessité à cette dose de rappel, car on sait désormais qu’une chute brutale des anticorps peut intervenir à partir du sixième mois », explique Anne Genetet, députée des Français de l’étranger, porte-parole du groupe LREM et médecin de formation. « Le rôle de l’Etat est de protéger les concitoyens, il faut donc aller plus vite. »

« Est-ce qu’il y a lieu ou non, pour conserver le bénéfice de son pass, d’une troisième dose lorsqu’on est particulièrement fragile ? Je n’ai pas la réponse mais j’ai posé la question », a botté en touche le ministre de la Santé Olivier Véran, mardi au Sénat, renvoyant à l’avis des autorités sanitaires – Comité d’orientation de la stratégie vaccinale, Haute Autorité de santé et Conseil scientifique.

« On va donc peut-être devoir passer par un électrochoc »

« L’idée fait son chemin car il est nécessaire que le rappel vaccinal s’amplifie. Les autorités de santé devraient se prononcer dans les prochaines semaines », confirme une source gouvernementale, précisant que seuls les publics fragiles seraient ainsi concernés.

« Cet appel est lancé depuis plusieurs semaines, et il s’avère que l’engouement pour cette troisième dose n’est pas très fort. On va donc peut-être devoir passer par un électrochoc, en contraignant ce rappel par le pass sanitaire, comme l’avait fait le chef de l’Etat pour inciter à la vaccination en juillet », assure la députée de Gironde Bérangère Couillard, porte-parole du groupe LREM. « C’est absolument nécessaire car il faut une troisième dose pour les plus fragiles. On pourrait imaginer une marge d’environ six à huit mois après la dernière injection, et si le rappel n’est pas effectué, le pass se désactive », plaide Anne Genetet.

Si le gouvernement reste aujourd’hui très prudent, s’en remettant à la décision des autorités sanitaires pour trancher, c’est que le pass sanitaire reste toujours aussi explosif. Sa prolongation jusqu’à fin juillet 2022 a failli tourner au fiasco pour la majorité à l’Assemblée la semaine passée, avec des votes très serrés. Et le texte, débattu au Sénat ce jeudi, promet encore des débats agités alors que la majorité de droite souhaite largement l’amender.