Présidentielle 2022 : Pourquoi plus personne ne croit à l'« union de la gauche »

STRATEGIE A moins de six mois de la présidentielle, l’hypothèse d’un candidat unique à gauche semble bien loin de se concrétiser

T.L.G.
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Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot.
Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot. — ISA HARSIN/SIPA
  • Une grande majorité de sympathisants de gauche souhaitent un candidat unique, mais les électeurs n’y croient pas vraiment.
  • Depuis plusieurs mois, les candidats de gauche évoquent la nécessité de l’unité, mais aucun ne souhaite réellement lâcher sa course vers l’Elysée.
  • Différences programmatiques, guerre d’ego… 20 Minutes revient sur les raisons de cet échec.

A gauche, c’est l’embouteillage pour 2022. A moins de six mois du premier tour de l’élection présidentielle, les candidatures sont multiples : Anne Hidalgo pour le Parti socialiste, Yannick Jadot pour les écologistes, Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise, Fabien Roussel pour le Parti communiste, sans compter l’ancien ministre PS Arnaud Montebourg. Chacun semble bien décider à aller au bout de la campagne. Pourtant, selon un sondage Ipsos-Sopra Steria pour France Info et le Parisien, publié vendredi, 66 % des sympathisants de gauche souhaitent qu’un seul candidat les représente en 2022. Mais le peuple de gauche n’est pas vraiment optimiste. Seuls 36 % des personnes interrogées croient que cette union se fera bien avant le premier tour. 20 Minutes revient sur les raisons de ce constat.

La guerre des ego

C’est, bien entendu, la principale entrave à l’unité de la gauche. A l’approche d’une présidentielle, chaque candidat espère bien faire l’union… mais seulement si c’est derrière son nom. Du côté des insoumis, on estime que Jean-Luc Mélenchon est le mieux placé pour faire gagner la gauche, fort des 19,58 % récoltés au premier tour de la dernière présidentielle et de sa légère avance dans les sondages actuels.

« Ce n’est pas le jeu de bonneteau des sondages qui doit trancher, réfute Stéphane Troussel, président PS du conseil départemental de Seine-Saint-Denis et porte-parole d’Anne Hidalgo. Après ses 19 % en 2017, Jean-Luc Mélenchon n’a rien fait pour le rassemblement, théorisant même la fin du clivage droite/gauche. Anne Hidalgo a derrière elle des générations d’élus locaux, de nombreux militants et un parti capable de rassembler 500 parrainages. Par ses responsabilités et sa stature internationale, c’est la plus à même de rassembler ».

Dans l’équipe de Yannick Jadot, bien entendu, on n’imagine pas du tout se ranger derrière un autre candidat, comme l’eurodéputé l’avait fait en 2017.  « On l’a vu aux européennes et aux municipales, l’écologie s’est enracinée durablement, quand le PS est en perte de vitesse. L’écologie est la nouvelle centralité et la force de rassemblement de la gauche et des progressistes », plaide son entourage.

Des divergences de fond

D’un point de vue programmatique, aussi, des divergences persistent. Sur la sortie du nucléaire, ou plus encore sur l’Europe, comme en 2017. « Ces querelles de personnes se nourrissent en réalité de différences programmatiques structurelles, qui font que nous ne pourrions pas gouverner ensemble, assume le député insoumis de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel. Nous défendons un programme de rupture sur l’Europe et l’écologie. Il faut rompre avec les traités européens actuels, c’est fondamental pour appliquer nos idées. Hidalgo et Jadot représentent, au fond, un capitalisme vert, et une gauche d’accommodements avec le système ».

Stéphane Troussel réplique : « Je n’ai toujours pas compris leurs fameux plan A/plan B sur l'Europe. Nous revendiquons, nous, un engagement européen, ça ne veut pas dire être des eurobéats. Mais à l’heure ou le Portugal, l’Espagne, et bientôt l’Allemagne, sont gérés par la gauche, c’est le moment de réorienter les politiques européennes vers le social et l’écologie », plaide le porte-parole de la candidate socialiste. Autre sujet de crispation : l’universalisme républicain, alors qu’Anne Hidalgo a régulièrement dénoncé les «ambiguités» des Verts et des insoumis sur ces questions.

Laissez la parole aux électeurs

Chez les responsables de gauche, on ne croit donc plus vraiment à l’union de la gauche. Du moins, côté appareils. « La sociale démocratie est en voie de décomposition. Qu’elle se débrouille, ça ne nous regarde pas. Nous avons un autre récit à poser sur le changement de société. Nous allons continuer à monter en puissance sur nos thématiques, et la force ira à la force, le rassemblement se fera », avance l’eurodéputé et ancien patron d’EELV David Cormand. « Les partis doivent continuer de se parler. Mais si les appareils ne parviennent pas à faire ce rassemblement, les électeurs le feront d’une manière ou d’une autre comme ils l’ont fait aux derniers scrutins locaux », abonde Stéphane Troussel. Un constat partagé également par Jean-Luc Mélenchon lors d’un entretien à L’Union mi-octobre : « Répéter que l’union des partis est la clé de la victoire, c’est donner des verges pour se faire battre ! Notre stratégie c’est l’union populaire : les gens se regroupent sur les mesures dont ils ont besoin. Voilà la clé de la victoire ».