Présidentielle 2022 : « On a grandi avec ses phrases cultes… » Ces jeunes LR séduits par Eric Zemmour

CAMPAGNE Alors que Les Républicains désigneront leur candidat au congrès début décembre, certains jeunes militants font déjà campagne pour Eric Zemmour

Thibaut Le Gal
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Eric Zemmour fait une dédicace à un jeune.
Eric Zemmour fait une dédicace à un jeune. — MUNSCH FREDERIC/SIPA
  • Les Républicains désigneront leur candidat début décembre lors d’un vote des adhérents.
  • Certains jeunes militants font déjà campagne pour Eric Zemmour, qu’ils ont souvent suivi pendant des années à la télévision.
  • Les responsables du mouvement reconnaissent un attrait des jeunes LR pour le polémiste mais jugent marginal ceux qui ont rejoint sa campagne.

A droite, il vampirise la campagne. Eric Zemmour, candidat toujours pas déclaré à la  présidentielle de 2022, est la surprise de ces dernières semaines dans les sondages. L’ex-chroniqueur de CNews réalise une forte percée (environ 17 %) en séduisant une partie de l’électorat de droite. De jeunes militants Les Républicains s’activent d’ailleurs déjà pour faire vivre la campagne du polémiste, alors que le parti doit désigner son propre candidat lors d’un vote en congrès, début décembre.

« On assiste comme une messe à ses passages médiatiques »

« Je l’ai découvert il y a plus de dix ans, chez Laurent Ruquier sur France 2. Puis je l’ai pas mal regardé pendant le confinement sur CNews. Je me retrouve dans son discours, il apporte un souffle nouveau à une droite devenue conformiste. Malgré les attaques médiatiques et politiques, lui reste droit dans sa pensée », assure Rudy, 34 ans, militant LR du 5e arrondissement parisien.

Eric Zemmour se fait connaître du grand public comme chroniqueur dans On n’est pas couché sur France 2, de 2006 à 2011. Il rebondit ensuite sur Paris Première, et surtout dans Face à l’Info, sur Cnews, à partir d’octobre 2019, où ses passages quotidiens font un carton d’audience. « On assiste comme une messe à ses passages médiatiques. On a grandi avec ces phrases cultes, jusqu’à les connaître par cœur. On a même fait récemment un bingo de ses punchlines. C’est ce qu’on aime chez lui, son parler vrai, qu’on ne retrouve pas chez les autres politiques », ajoute David Attia, 28 ans, candidat aux municipales 2020 sur la liste LR dans le 9e arrondissement de Paris.

Son discours tranché, ses références historiques et littéraires, ses provocations séduisent une partie de cette jeunesse de droite en mal de leader depuis le départ de Nicolas Sarkozy, et ce malgré certaines approximations et sa  condamnation judiciaire définitive. « Aujourd’hui, on est dépourvu d’hommes politiques de haut niveau. Comme le dit Sarkozy, Eric Zemmour est le symptôme de ce vide, et il le comble. Tous les jeunes de droite l’ont lu, écouté, appuie Baptiste Laroche, militant LR parisien de 24 ans, qui travaille dans l’équipe organisationnelle du quasi-candidat. Certains peuvent être gênés par ses excès, ses provocations, d’accord, mais de manière générale, les jeunes de droite partagent ses idées. C’est l’intellectuel de notre génération. »

Des jeunes soutiennent la campagne d'Eric Zemmour.
Des jeunes soutiennent la campagne d'Eric Zemmour. - FRANCOIS GREUEZ/SIPA

« Les jeunes LR sont plus à droite, c’est comme ça »

Fin août, cent militants et sympathisants LR signent une tribune pour le soutenir, estimant qu’il est « le candidat naturel de la droite ». Mais à la direction du parti, ça ne passe pas. Certains signataires sont remerciés de leurs responsabilités locales, tandis que le mouvement écarte le polémiste de la primaire interne. « Il y a beaucoup d’hypocrisie. Beaucoup de cadres appréciaient Zemmour avant, mais il y a aujourd’hui une forme de peur face à sa dynamique. Depuis le départ de Laurent Wauquiez, l’écart s’est creusé entre la base des militants et la direction de centre-droit », souffle Matthieu Louves, 26 ans, ex-responsable des Jeunes LR de la Gironde, écarté début septembre.

Au sein des Républicains, on est gêné face à l’émergence d’Eric Zemmour, qu’on repousse « à l'extrême droite », mais certains reconnaissent l’attrait du polémiste. « Il parle aux jeunes, c’est un vrai sujet », souffle un ténor du parti. « Il est radical, ça plaît. Mais les jeunes LR sont toujours plus à droite [que le reste du parti], c’est comme ça », balaie un élu proche de Xavier Bertrand.

« Une trentaine de soutiens, c’est résiduel sur 11.000 Jeunes Républicains »

Guilhem Carayon, le président des Jeunes Républicains, reconnaissait mardi sur LCI « qu’au moins 6 à 7.000 » membres de son mouvement – sur 11.000 – avaient « de la sympathie pour Eric Zemmour ». « Beaucoup ont commencé à suivre la politique avec lui et il a eu le mérite d’exprimer des convictions courageuses sur l’identité ou l’immigration dans les médias face aux idéologues bien-pensants de gauche », dit-il à 20 Minutes, tout en relativisant son poids dans la campagne à venir.

« Un bon polémiste ne fait pas forcément un bon politique. Ce n’est pas en réhabilitant Pétain ou en tenant des propos outranciers sur les musulmans qu’on peut réconcilier les Français. Dans la tribune de la fin août, il n’y avait en réalité que 30 adhérents. Et même si demain, ils font un coup avec 100 ou 200 jeunes militants, cela restera résiduel sur les 11.000 jeunes républicains », ajoute le responsable de 22 ans.

Chez les soutiens d’Eric Zemmour, on espère qu’après le congrès LR, un mouvement d’ampleur se concrétise. « Beaucoup de jeunes ne sont pas enthousiasmés par le profil Macron-compatible des candidats LR. Quand on saura qui est le candidat désigné par le congrès, on verra pour qui les jeunes se bougeront pour faire campagne », avance Baptiste Laroche. Au niveau national, Eric Zemmour peine encore à séduire l’électorat jeune. Dans le dernier sondage Harris Interactive, publié mercredi, seuls 7 % des 18-24 ans et 12 % des 25-34 ans se disent prêts à voter pour lui. Loin des 21 % recueillis chez les plus de 65 ans.