Présidentielle 2022 : « Perte d’espoir », « Partis politiques menteurs »… Vous nous expliquez les raisons de votre (future) abstention

VOUS TEMOIGNEZ L’élection présidentielle d’avril 2022 interviendra après des municipales et des régionales marquées par un record d’abstention

Léa Ménard
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Illustration : refus de voter à une élection.
Illustration : refus de voter à une élection. — Daniel Herron/Unsplash
  • Longtemps épargnée avec une bonne participation électorale, la présidentielle, en 2022, ne pas échapper à l’envolée de l’abstention, craignent certains observateurs.
  • 20 Minutes a demandé à ses lecteurs abstentionnistes les raisons pour lesquelles ils refusent de voter et ce qui pourrait les faire changer d’avis lors du prochain scrutin.
  • Nombre d’entre vous demandent une prise en compte du vote blanc.

Tous les cinq ans, rebelote. Lorsque pointe la fin du quinquennat, le « premier parti de France » entre en campagne. Il est pourtant loin d’être structuré. Dans ses rangs : pas de carte d’adhérent, de ligne politique et encore moins de programme. A quelques mois de la présidentielle, la question de l’abstention préoccupe  les candidats et mobilise des élus pour tenter de trouver des solutions. Pourquoi certaines personnes refusent-elles de voter ? 20 Minutes a donné la parole à ses lecteurs et lectrices pour connaître les raisons qui les poussent à s’abstenir.

« Comme disait Coluche : "Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit", ose notre lecteur Christian. C’est l’élite qui vote et non le peuple, donc profitons de notre dimanche à la campagne », ironise-t-il. Marie-Andrée en a tout simplement marre « de voir les politiques ne pas respecter le programme sur lequel ils ont été élus ». Un sentiment partagé par Virginie : depuis les dernières élections – pour lesquelles elle a, pour la première fois, décidé de ne pas glisser son bulletin dans l’urne –, elle estime que « voter tous les cinq ans pour donner un blanc-seing ne suffit absolument plus ».

Des petits nouveaux chez les abstentionnistes

Julien admet également avoir perdu tout espoir dans le poids de son bulletin et la prochaine présidentielle sera, pour lui, une grande première en tant qu’abstentionniste. Il juge que les candidats ne s’intéressent aux Français qu’au moment des élections. « Le reste du temps, ils se foutent de nous. »

Un manque de confiance partagé par Sylvain, qui n’ira pas voter « pour la première fois depuis plus de vingt ans ». En cause ? Une offre politique qui ne lui convient pas. « Les candidats des "grands" partis politiques sont ordinairement menteurs et ne respectent jamais leurs engagements, sauf ceux qui nuisent à la liberté, la fraternité et l’égalité […]. L’irruption d’un Zemmour comme candidat devrait déclencher la sonnette d’alarme ! C’est invraisemblable, mais il n’en est rien… »

Ils boudent les urnes de longue date

« Pourquoi se déplacer pour des hommes ou femmes qui n’ont aucune idée de nos problèmes et de notre vie ? », s’interroge Anne. Cette lectrice, abstentionniste depuis une dizaine d’années, juge que les résultats électoraux « ne changent rien » à son quotidien. Même chose pour Bruno. D’ailleurs, cela fait 16 ans qu’il n’a pas pris le chemin des urnes. C’est le « non » au référendum sur la Constitution européenne de 2005 et l’adoption par la suite du traité par le Parlement qui l’a définitivement dégoûté et éloigné de la politique. « A mes yeux, la France n’est plus un pays démocratique », résume-t-il, catégorique.

Qu’ils soient abstentionnistes depuis longtemps ou bien qu’ils comptent franchir le pas pour la première fois en 2022, nos internautes partagent une profonde défiance à l’égard de leurs représentants politiques. Virginie, par exemple, nous confie être « très déçue » face au manque de candidats « sincères et impliqués dans la vraie vie des Français ». Elle pourrait se résoudre à voter si l’un des prétendants à l’Elysée « parle des vrais problèmes et surtout nous propose de vraies solutions », notamment sur « l’hôpital, l’école publique, la police et le pouvoir d’achat ». Même son de cloche du côté de Thomas : « Ce qui me ferait changer d’avis, c’est une personnalité qui ait du courage, de l’autorité et surtout qui sorte de la logique sectaire des partis en s’occupant des besoins des Français. »

Ce qui pourrait les faire changer d’avis

Comme elle, certains électeurs n’excluent pas de voter à l’avenir dans certaines conditions. C’est le cas de Pierre, pour qui aujourd’hui « l’offre politique n’a plus aucun sens. Nous sommes à l’opposé de ce qu’une démocratie devrait être ». Qu’est-ce qui pourrait le faire changer d’avis ? « Un candidat à la présidentielle qui propose d’inscrire le référendum d’initiative citoyenne (RIC) pour modifier la Constitution […]. Ça permettrait de donner un souffle nouveau à la démocratie ! » Il n’est pas le seul, parmi les très nombreux témoignages reçus par 20 Minutes, à avoir fait référence à la  revendication phare du mouvement des « gilets jaunes ».

La facilitation des modalités de l’élection, avec par exemple la possibilité de voter par Internet ou par correspondance, fait également partie des solutions qui pourraient convaincre certains de nos lecteurs de s’exprimer en 2022. Vous avez été aussi nombreuses et nombreux à indiquer qu’une meilleure prise en compte du vote blanc pourrait vous faire regagner les bureaux de vote. Guillaume nous explique pour sa part qu’il retournera voter « le jour où l’abstention sera reconnue et comptabilisée ». Dans ce cas de figure, suggéré par notre internaute, il faudrait alors organiser un nouveau scrutin. Certains témoignages plaident en faveur d’un scrutin à la proportionnelle ou encore de la mise en place du vote obligatoire. Autant de mesures qui nécessitent une loi et qui ne pourront pas être mises en œuvre d’ici le premier tour de la présidentielle.