Présidentielle 2022 : D’Asselineau à Zemmour en passant par LR, l'élan eurosceptique

BYE BYE EUROPE De nombreux candidats à l'Elysée affichent une forme de souverainisme ou d'euroscepticisme

Léa Ménard
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François Asselineau lors de l'émission La Grande Confrontation sur LCI , le 20 mai 2019.
François Asselineau lors de l'émission La Grande Confrontation sur LCI , le 20 mai 2019. — RETMEN/SIPA
  • François Asselineau, président de l’UPR et partisan du Frexit, a confirmé ce matin sa candidature à la présidentielle.
  • A droite et à l’extrême droite, plusieurs candidats ont toutefois pris leur distance avec l’idée d’une sortie de l'UE, à l’instar de Marine Le Pen ou de Nicolas Dupont-Aignan. Mais de nombreux prétendants font campagne sur la « souveraineté» de la France, à l'image d'Eric Zemmour ou de Michel Barnier.
  • Un positionnement « stratégique », estime le politologue Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS et spécialiste de l’extrême droite.

Et de deux. L’eurosceptique François Asselineau a lancé ce mardi sa campagne pour l’élection présidentielle de 2022. Décidé à aller jusqu’au bout, le candidat surprise de 2017, fondateur de l’Union populaire républicaine (UPR), veut porter un discours souverainiste et pro-Frexit. « L’idée de sortir de l’Union européenne, qui paraissait farfelue en 2007 ou même à côté de la plaque en 2017, est maintenant dans tous les esprits ! », a défendu celui qui a été  mis en examen pour harcèlement et agressions sexuelles en début d'année.

Car depuis sa dernière tentative d’accéder à l’Elysée (0,92 % des voix), le Brexit est passé par là. Une lueur d’espoir pour François Asselineau, mais qui reste très marginale chez les politiques, observe le politologue Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS et spécialiste de l’extrême droite. Parmi les candidats qui, peut-être, parviendront à réunir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, seul Florian Philippot adhère également à cette idée. « Si l’UE rentre dans la campagne présidentielle en France, ça ne sera pas – y compris chez Marine Le Pen – sur les thèmes de la sortie de l’euro, de l’espace Schengen et, au final, de l’UE », pronostique le chercheur au  Cevipof.

« En France, le débat sur le Frexit est interdit ! », se désole d’ailleurs François-Xavier Grison, conseiller d’Asselineau. « Tout le monde critique l’UE sur tous les sujets, à juste titre d’ailleurs, en expliquant que ça ne fonctionne pas. Et la conclusion de ce raisonnement, c’est… qu’il faut y rester ! Tous les autres candidats font face à un problème logique », s’exaspère-t-il.

La tentation souverainiste

Le candidat de l’UPR est effectivement loin d’être le seul à faire campagne sur la critique de l’Union européenne et, au final, sur la question du souverainisme. Michel Barnier, candidat à l'investiture LR, n’a-t-il pas proposé de restaurer la « souveraineté juridique » de la France au sujet l’immigration, alors que Marine Le Pen veut soustraire la France aux traités européens et internationaux en réaffirmant la « supériorité » de la Constitution  ?

Nicolas Dupont-Aignan rêve de remplacer l’UE par une « Communauté des Etats européens » et ambitionne de  « renégocier tous les traités » s’il est élu. Quant à Eric Zemmour, le quasi-candidat souhaite,  entre autres propositions eurosceptiques, une sortie de la Cour européenne des droits de l'homme.

Des promesses floues et difficilement réalisables, mais terriblement « stratégiques », analyse Gilles Ivaldi. « C’est ce que j’appelle le modèle Polonais. C’est l’idée – notamment chez les populistes de droite – qu’au fond, on pourrait rester dans l’Union européenne mais s’affranchir de certaines règles qui ne nous conviennent pas. »

Surfer sur « les sentiments eurosceptiques »

Pour le chercheur, il s’agit d’une posture qui permet aux candidats de surfer sur l’euroscepticisme de certains Français, tout en restant rassurants en excluant un Frexit. « Ça leur permet, au fond, de travailler quand même sur les sentiments eurosceptiques, qui continuent d’exister en France, de les mobiliser et de les instrumentaliser. Les Français veulent rester dans l’UE mais, en même temps, ils sont encore assez critiques à son encontre », développe Gilles Ivaldi. « On ne peut pas vouloir être président de la République en expliquant qu’en fait, on va commencer par violer la Constitution française qui fait que chef de l’Etat est le garant du respect des traités internationaux », tacle François-Xavier Grison.

François Asselineau, Eric Zemmour, Marine Le Pen, Xavier Bertrand, Michel Barnier… « Tous, au fond, suggèrent d’abandonner l’UE », ose même Gilles Ivaldi. « Ils ne le disent pas explicitement, mais, ce qu’ils proposent revient au final d’une certaine manière à quitter l’UE ou en tout cas, à créer des crises à répétition avec Bruxelles. »

Détail qui ne trompe pas, Emmanuel Macron a pris part au débat ce lundi, prenant soin de rappeler son attachement à l’UE. Le chef de l’Etat – qui n’a pas encore confirmé sa candidature pour un deuxième mandat – a condamné les remises en cause du droit européen par certains candidats à la présidentielle, fustigeant une « vieille maladie française ». Une manière de réinstaller, comme il aime à le faire, l’opposition entre le camp des « nationalistes » et celui des « progressistes » en vue de 2022.