Pouvoir d’achat : Sous pression face à l’envolée des prix de l’essence, l’exécutif envisage un « chèque carburant »

ENERGIE Alors que les prix à la pompe s’envolent, le gouvernement est attaqué par les candidats à la présidentielle, qui réclament une baisse des taxes

Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron et Jean Castex.
Emmanuel Macron et Jean Castex. — STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA
  • Les prix à la pompe continuent de s’envoler, les litres de gazole et d’essence ont atteint de nouveaux records la semaine passée.
  • Face à cette hausse des prix, le gouvernement se retrouve sous pression, alors que des candidats à la présidentielle réclament une baisse des taxes sur les carburants.
  • Après avoir évoqué plusieurs pistes, le gouvernement devrait privilégier la mise en place d’un « chèque carburant ».

Les prix à la pompe poursuivent leur envol. La semaine dernière, les carburants vendus en France ont encore augmenté de 2 centimes. Le litre de gazole a atteint un niveau historique (à 1,5583 euro le litre en moyenne) tandis que l’essence affichait son prix le plus haut depuis près de dix ans (1,6567 euro le litre de sans-plomb 95). Des sommets qui dépassent ceux atteints à l’automne 2018, lors de la crise des « gilets jaunes ». A six mois de la présidentielle, l’exécutif cherche la parade pour enrayer cette envolée, qui met à mal le pouvoir d’achat des Français.

L’exécutif sous pression de l’opposition

Lors d’un déplacement en Seine-Saint-Denis, jeudi dernier, Emmanuel Macron a tenté de déminer. « Il y aura une action de court terme d’accompagnement des ménages. Le gouvernement y travaille et aura dans les prochains jours à compléter sa réponse en fonction de l’évolution pour ne laisser personne dans le désarroi », a dit le chef de l’Etat. Dans un contexte de pré-campagne électorale, le sujet est explosif. D’autant que l’exécutif est également confronté à une crise énergétique, liée à la hausse des prix de l’électricité et du gaz. Fin septembre, le gouvernement avait été contraint de réagir, en annonçant le blocage des tarifs réglementés du gaz et un nouveau chèque énergie.

Cette fois encore, l’exécutif s’est retrouvé sous la pression des candidats à la présidentielle, de droite comme de gauche, qui se sont emparés de la hausse des prix pour avancer leurs propositions. Marine Le Pen (RN), Anne Hidalgo (PS) ou Arnaud Montebourg (ex-PS) ont ainsi défendu une baisse de la TVA, tandis que l’écologiste Yannick Jadot et le communiste Fabien Roussel ont plaidé pour une fiscalité « flottante », qui s’adapte en fonction des cours du brut.

Le chèque carburant, piste privilégiée

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait indiqué la semaine passée que plusieurs pistes étaient à l’étude pour alléger la facture des Français, dont la baisse des taxes ou une aide spécifique. Mais la solution fiscale semble aujourd’hui écartée. « L’option d’une baisse de la fiscalité n’est pas raisonnable économiquement et pas sage environnementalement », a plaidé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire ce lundi sur Europe 1, disant lui préférer le chèque carburant.

Dans les Hauts-de-France, la région du candidat à la présidentielle Xavier Bertrand, un dispositif similaire existe depuis 2016, concentré sur les foyers aux revenus modestes qui utilisent beaucoup leur véhicule pour travailler. Peut-on imaginer une telle mesure élargie à l’ensemble du pays? « On privilégie plutôt le principe d’un chèque carburant, sur le modèle du chèque énergie, car cela permet de cibler les ménages qui en ont le plus besoin le plus rapidement », confirme une source gouvernementale.

Mais la mise en place de cette aide pourrait prendre un temps précieux. « On n’a pas de base de données comme pour le chèque énergie [qui sera versé à 5,8 millions de ménages en décembre]. Il faut donc distinguer celui qui fait le plein d’essence pour son SUV de loisir de celui qui le fait pour son travail. Il faut encore faire ce travail de ciblage. Cela sera fait dans les jours ou semaines qui viennent », ajoute cette source.

La crainte d’une contestation sociale

Le temps presse pour l’exécutif, alors que la question du pouvoir d’achat devient un des thèmes majeurs de la campagne. Le gouvernement souhaite aussi s’éviter tout début de contestation sociale, au moment où quelques ronds points ont de nouveau été occupés dans plusieurs départements ce samedi.

« On est vigilants bien entendu. Mais la première crise des "gilets jaunes" était liée à des décisions politiques sur l’augmentation d’une taxe écologique. Cette fois, la hausse est indépendante de la décision politique et se retrouve d’ailleurs dans tous les pays européens », assure Jean-Charles Colas-Roy, député LREM de l’Isère et référent pour la transition écologique. « Evitons de faire du populisme et de la démagogie sur le dos d’une crise difficile à juguler. Il faut des mesures sociales à court terme, mais nous continuons aussi d’investir dans la conversion du parc automobile sur le long terme, ce qui permet automatiquement d’être moins dépendant de la fluctuation des prix des carburants », ajoute-t-il.

La contestation sociale et politique n’est peut-être qu’à ses débuts. Ce lundi, le candidat PCF Fabien Roussel a appelé les Français à se mobiliser devant les préfectures, et à Paris lors d’une manifestation le 21 novembre pour défendre leur pouvoir d’achat.