Présidentielle 2022 : Michel Barnier, le « Joe Biden français » devenu favori pour le congrès LR

CAMPAGNE L'ancien négociateur européen du Brexit mise sur sa fidélité au parti pour l'emporter lors du congrès qui aura lieu début décembre

Thibaut Le Gal
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Michel Barnier, candidat (et favori) au Congrès LR
Michel Barnier, candidat (et favori) au Congrès LR — J.M. HAEDRICH/SIPA
  • Les militants du parti Les Républicains désigneront le champion de la droite lors d’un vote en congrès, début décembre.
  • Michel Barnier est l’un des six candidats pour représenter la droite à la présidentielle de 2022.
  • Face au duel longtemps annoncé entre Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, l’ancien négociateur du Brexit est en passe de devenir le favori.

« C’est une première victoire. » Dans le camp de Michel Barnier, la participation de Xavier Bertand au congrès des Républicains, annoncée mardi, est un soulagement. « Sa stratégie de candidature solitaire a échoué, grince Brigitte Kuster, députée LR de Paris. Il était difficile de demander le soutien de sa famille politique, et accessoirement ses financements, sans accepter les règles. Ça a le mérite de clarifier la situation. »

Six noms seront donc soumis aux adhérents de LR du 2 au 6 décembre pour désigner leur champion à la présidentielle de 2022. Et face au duel longtemps annoncé entre Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, l’ancien négociateur du Brexit est en passe de devenir le favori.

« Il a le droit d’espérer que la fidélité soit mise à son crédit… »

Il y a encore quelques mois, pourtant, peu de monde aurait misé un kopeck sur l’ex-commissaire européen pour relever le drapeau de la droite. Sa candidature à la fin du mois d’août n’a d’ailleurs pas fait grand bruit. « Il a tracé un sillon, pas à pas. Au parc Floral de Paris, début septembre, l’engouement des jeunes en a surpris plus d’un, poursuit Brigitte Kuster. L’autre tournant s’est fait deux semaines plus tard, aux journées parlementaires. Ceux qui ne le connaissaient pas bien ou l’avaient un peu oublié l’ont redécouvert. Ces signes en interne sont importants. Et ensuite, les réseaux se sont mis en place. »

Avec une cinquantaine de soutiens de parlementaires dans la besace, Michel Barnier a multiplié les déplacements sur le territoire, encore en fin semaine dans les Bouches-du-Rhône et le Var. « Il est parti plus tard mais il est sur le terrain, va voir le plus de fédérations possible. Il ne se considère pas comme favori, mais il a le droit d’espérer que la fidélité soit mise à son crédit… », vante Olivier Marleix, député LR d’Eure-et-Loire et soutien.

C’est le principal atout de Michel Barnier dans ce scrutin interne : des trois favoris, il est le seul à n’avoir jamais quitté la boutique. Et la rancune des adhérents semble tenace, notamment envers Xavier Bertrand, qui avait claqué la porte avec fracas fin 2017, au lendemain de l’élection de Laurent Wauquiez à la tête du mouvement.

Aimé des militants, mais plombé par les sondages ?

En septembre, dans une consultation interne lancée par le député Julien Aubert sur une base d’environ 8.000 adhérents – loin des 87.000 appelés à voter en décembre –, Michel Barnier est d’ailleurs arrivé en tête. La consultation, sans valeur scientifique, a eu son petit effet au sein des Républicains. D’autant que l’ancien ministre est aussi le premier choix des 101 présidents de fédération, selon une consultation lancée jeudi par France 2. « Barnier a marqué des points. Mais les militants, dans une grosse proportion, ne savent pas encore pour qui voter. Ils attendent de rencontrer les candidats, d’échanger sur leur programme. Et ils seront très pragmatiques car ils veulent avant tout gagner en 2022 », relativise Arnaud Julien, patron de la fédération LR de l’Hérault.

C’est peut-être ici que le bât blesse pour Michel Barnier. L’ancien commissaire européen stagne dans les sondages, sous les 10 %. Loin de Xavier Bertrand – autour de 15 % –, et encore plus d’une qualification pour le second tour. Un handicap pour le congrès ? « Barnier, c’est le candidat du cœur. Il faut qu’il devienne aussi le choix de la raison en augmentant sa notoriété auprès des Français car les militants veulent avant tout sortir Macron de l’Elysée », reconnaît Daniel Fasquelle, maire LR du Touquet et conseiller politique.

« C’est le Joe Biden français »

Pour dynamiser sa campagne, Michel Barnier étrille le président de la République et joue la carte de l’apaisement. « Je veux être le président de la réconciliation des Français », dit-il. Son camp loue l’expérience internationale et gouvernementale de l’ex-élu savoyard de 70 ans, plusieurs fois ministres. « Après cinq ans, Emmanuel Macron laisse une société fracturée. Barnier, c’est le Joe Biden français. Comme dans l’Amérique post-Trump, il y a un besoin de rassemblement », assure Daniel Fasquelle. Ses soutiens le peignent en anti-Macron, ses adversaires dénoncent ses revirements idéologiques, sur l’immigration ou sur la remise en cause de la justice européenne.

« Il souhaite apparaître comme celui qui lave plus blanc que blanc à droite, mais il y aurait beaucoup à dire sur ses accointances avec Macron. Les militants n’ont pas à désigner leur chef de parti, mais le meilleur candidat pour la droite. Et aujourd’hui, tous les sondages le disent, c’est Xavier Bertrand », réplique un député proche du président des Hauts-de-France.

Dans la course finale, Michel Barnier pourrait bénéficier d’un atout non négligeable : le soutien implicite de Laurent Wauquiez, chouchou des militants LR. Daniel Fasquelle en sourit : « Wauquiez a une affection particulière pour Michel Barnier. Qu’il voie d’un œil favorable sa candidature, je ne peux pas lui en faire le reproche. »