Copé «assume» son ambition, et Hollande charge Daniel Bouton

POLITIQUE L'ancien premier secrétaire du PS et le patron des députés UMP ont débattu ce mercredi soir...

Emile Josselin

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 François Hollande et Jean-François Copé.
 François Hollande et Jean-François Copé. — Photos AFP

Après quelques mois de retrait à la suite du congrès de Reims, François Hollande se frotte à nouveau à la politique nationale. A l'initiative du think tank de gauche Terra Nova et du «Nouvel observateur», il a débattu mercredi soir avec le patron des députés UMP, Jean-François Copé, bien actif, lui, sur la scène nationale. Le thème: face à la crise, la politique du gouvernement est-elle à la hauteur? Loin d'un débat convenu, les deux hommes se sont offert 90 minutes de joute politique pointue sur la politique économique.

Copé est bien conscient de «jouer à l'extérieur» dans ce débat organisé par deux organes de la gauche. Alors il procède en contre avec l'ancien premier secrétaire du PS, qui reprochait à la majorité un plan de relance «trop modeste», qui «oublie l'investissement privé» et la consommation, en s'appuyant notamment sur l'exemple américain.

Selon Copé, «le vrai problème, c'est la question de l'emploi. Si vous faites un chèque de 500 euros à quelqu'un, comme le préconise le PS, il ne le dépensera pas s'il n'a pas un emploi stable». Il dénonce «un débat franchouillard», où «on tombe dans des comparaisons qui n'ont pas de sens».



«Qu'il parte celui-là»

Sur la rémunération des patrons, et le paquet fiscal, François Hollande pique une colère maîtrisée face à un Copé qui lui a objecté des contraintes de «compétitivité». «Dans quelle monde vivez-vous? Celui qui comme Daniel Bouton dit  qu'il ne veut pas perdre une miette de ses revenus, mais qu'il parte celui-là! Vous croyez qu'il va trouver un repreneur, s'il s'en va?» La salle applaudit.



Jean-François Copé, après avoir ironiquement salué «l'effet de manche», relativise la portée politique des récentes mesures d'Obama pour encadrer les salaires: «le plafonnement des salaires va être limité dans le temps et en valeur», estime-t-il, tout en convenant que «les modes de rémunération doivent être encadrés», et la distribution de stocks-options étendue à «tous les salariés». L'inverse de la position de Hollande, qui affirme que les députés PS - dont le président de groupe Jean-Marc Ayrault était dans la salle - vont déposer une proposition de loi pour «interdire les stocks options dans les entreprises de plus de cinq ans».

«Pour Copé envoyez mycope au 7102»

Le débat donne aussi à Jean-François Copé l’occasion de jouer sa partition «libre mais solidaire» vis-à-vis du chef de l'Etat: «j'entendais François Hollande citer Nicolas Sarkozy. Dois-je lui faire observer qu'il débat avec moi, ce qui veut dire qu'il y a de petites nuances», avance-t-il sous les gloussements amusés du public, qui l'a entendu parler d'une «ambition» qu'il «assume».



Le public était d'ailleurs invité à départager les candidats par SMS avant et après le débat en donnant son avis sur la politique du gouvernement face à la crise. «On peut voter plusieurs fois par SMS? On n'est pas au Parti socialiste ici», s'est amusé Copé en préambule. Finalement le résultat lui est plutôt favorable: si 58% des participants trouvaient mauvaise la politique du gouvernement avant le débat, c'est 50-50 à la fin. Alors, faillite sondagière de Hollande dans une salle plutôt de gauche? «J'ai voté 25 fois», se vantait un jeune membre du club de Jean-François Copé, Génération France, visiblement peu avare lorsqu'il s'agit de soutenir son patron.

 

Terra Nova
Cette association, classée à gauche, est présidée par Olivier Ferrand, ancien collaborateur de Dominique Strauss-Kahn.