« France 2030 » : Emmanuel Macron accusé de faire campagne en distribuant les milliards

POLITIQUE Le chef de l’Etat a présenté un plan d’investissement de 30 milliards d’euros ce mardi pour « faire émerger les champions de demain »

Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — Ludovic Marin/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron a présenté ce mardi son plan « France 2030 », soit 30 milliards d’euros d’investissements.
  • Le président souhaite développer la compétitivité industrielle et les technologies d’avenir pour mieux réconcilier la start-up nation et l’industrie.
  • L’opposition dénonce des dépenses « électoralistes », à six mois de l’élection présidentielle.

Toute ressemblance avec un discours de campagne est purement fortuite. Emmanuel Macron a présenté ce mardi matin dans la salle des fêtes de l’Elysée son plan « France 2030 », qui vise à « faire émerger les champions de demain » pour relancer l’industrie française. « Si on ne réindustrialise pas le pays, on ne pourra redevenir une nation d’innovation et de recherche », a assuré le chef de l’Etat, en annonçant 30 milliards d’euros d’investissements.

Réconcilier start-up nation et industrie

Pendant près de deux heures, Emmanuel Macron a dessiné ses projets pour le pays d’ici une décennie devant le gouvernement, des députés de La République en marche, des chefs d’entreprise et des jeunes. « L’objectif de la France doit être cela : mieux produire, mieux vivre, mieux comprendre le monde », a déclaré le chef de l’Etat. « Il faut mettre le pays sur les bons rails pour répondre au défi de la transition écologique, se projeter vers une France décarbonée, industrielle et moderne », résume Roland Lescure, député LREM des Français d’Amérique du Nord. « Comme disait Churchill, il ne faut jamais gâcher une bonne crise. Le Covid-19 a permis de nous réinterroger, notamment sur la nécessité de réindustrialiser pour garder notre souveraineté, pouvoir produire de manière autonome des biens de santé par exemple », ajoute le porte-parole d’En Marche.

L’exécutif souhaite développer la compétitivité industrielle et les technologies d’avenir pour mieux réconcilier la « start-up nation », symbole de la campagne macroniste de 2017, et l’industrie française, à la peine depuis de longues années. « Il n’y a pas, d’un côté, les hauts fourneaux et, de l’autre, la Silicon Valley. Les deux vont de pair. On a de grands groupes, il faut s’en féliciter, mais ils auront besoin de l’innovation de start-up dans les années à venir », ajoute Roland Lescure. Quelque 8 milliards seront ainsi investis dans le secteur de l’énergie, 4 milliards pour les nouveaux moyens de transport, 2 milliards dans l’agriculture, 3 milliards dans la santé, et près de 6 milliards pour « doubler » la production électronique de la France d’ici neuf ans, a annoncé le chef de l’Etat.

« Macron sort le carnet de chèques à l’approche des élections »

Avec cette coquette somme de 30 milliards d’euros, le président entend se projeter dans le temps long, et donc vers un deuxième quinquennat. Ce qui ne manque pas de faire enrager l’opposition. « C’est le « quoi qu’il en coûte, je veux être réélu ! » », a raillé Marine Le Pen sur Twitter, estimant qu'« à quelques mois de la fin de son mandat, le président sortant engage l’argent des Français pour redorer son blason électoral avec des promesses qui n’engagent que son successeur ». D’autant cette enveloppe s’ajoute au plan de relance post-Covid de 100 milliards d’euros en 2020, et à d’autres dépenses ces derniers mois : investissements exceptionnels pour Marseille, Beauvau de la sécurité, assurances récoltes, revenus d'engagements, chèques énergie…

Le dernier budget de l’Etat est d’ailleurs fustigé par la droite et la gauche, alors que le projet de loi de finances 2022 arrive cette semaine à l’Assemblée. Seuls trois à quatre milliards du plan « France 2030 » devraient d'ailleurs être inscrits dans ce dernier budget du quinquennat. « Macron sort le carnet de chèques à l’approche des élections. Chaque semaine, ce sont des dépenses électoralistes supplémentaires, dénonce le maire du Touquet Daniel Fasquelle, trésorier de LR et soutien de Michel Barnier pour le congrès du parti. La crise sanitaire est un prétexte, la France est shootée à l’argent public, mais le réveil sera difficile car la dette publique explose. »

Dans « son premier discours de campagne pour 2022 », Emmanuel Macron a montré les « limites » de son engagement en matière d’écologie, a pour sa part réagi dans un communiqué le député Matthieu Orphelin, soutien de Yannick Jadot. Des critiques balayées par les macronistes. « On ne va pas s’arrêter de gouverner sous prétexte de la campagne. Le président a promis de réformer jusqu’au dernier quart d’heure », réplique Roland Lescure.

« La colonne vertébrale de la future campagne d’Emmanuel Macron, c’est la France capable de se retrousser les manches. Il faut arrêter avec les discours de désespérance : entre les écolos qui nous voient tous morts dans trente ans et ceux qui disent qu’on sera remplacés par des islamistes, ajoute le député LREM du Rhône Bruno Bonnell. Le président va trancher dans les mois à venir avec ce discours optimiste pour remettre la France en avance. » Déjà presque un slogan de campagne.