Présidentielle 2022 : Eviter les débats comme Xavier Bertrand, est-ce une stratégie tenable politiquement ?

ELECTIONS Xavier Bertrand a refusé un débat télévisé avec les autres candidats à droite

Jean-Loup Delmas
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Xavier Bertrand va-t-il finir par prendre un part à un débat ?
Xavier Bertrand va-t-il finir par prendre un part à un débat ? — Thomas SAMSON / AFP
  • Xavier Bertrand temporise sur une participation ou non au Congrès des Républicains, et n’a pas voulu participer à un débat télévisé avec les candidats.
  • Depuis l’annonce de sa candidature, le président des Hauts de France semble esquiver les débats et les conflits.
  • Une posture réellement tenable lorsqu’on prétend à l’Elysée ?

Si en 2018, on a consacré l’expression « casser la démarche comme Samuel Umtiti », en 2021 on pourrait parler d’esquiver les débats comme Xavier Bertrand. Le candidat à la présidentielle a refusé de participer à un débat télévisé que souhaitait organiser LCI avec les principaux candidats de la droite, selon des informations de Challenges, confirmées par Libération. Une feinte de plus après son refus de dire s’il participait – ou non – au Congrès des Républicains pour désigner un candidat du parti pour 2022.

Un refus de se confronter qui interroge sur la stratégie menée par l’ancien ministre : est-elle tenable sur le long terme, et ne risque-t-elle pas de le faire passer pour un lâche fuyant le combat, pas vraiment l’image la plus glamour pour être président de la République ?

Etre au-dessus de la mêlée

Le risque est grand, a fortiori à notre époque où la politique française s’est prise d’un virilisme exacerbé et d’un amour du clash et des attaques personnelles ? « La vie politique s’est énormément endurcie rien que sous le quinquennat d’ Emmanuel Macron, et la violence des débats a explosé », appuie Alexandre Eyries*, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Bourgogne. A tel point que pour l’expert, il est important de montrer au plus tôt dans la course à la présidentielle « qu’on a le cuir solide, les épaules larges et qu’on sait aller au conflit ».

L’approche de Xavier Bertrand est tout autre. Le politicien se rêverait dans une posture gaullienne, peu concerné par les affaires des partis, mais allant à la rencontre du peuple, selon Axel Assouline, conseiller en communication et intervenant à la Sorbonne. Une stature qui a ses avantages, surtout au vu des échecs que furent les primaires de gauche et de droite en 2017. Alexandre Eyries théorise : « On peut penser que les débats internes écornent les vainqueurs et épuisent les Français à la longue. Selon cette idée, Xavier Bertrand serait non pas trop lâche, mais au contraire assez mature pour éviter ces querelles intestines et trônerait finalement au-dessus de la mêlée ». Surtout que l’évitement d’une lutte LR interne permet de se présenter comme le candidat de toute la droite, voire du centre, au lieu d’avoir l’étiquette d’un parti.

Une posture impossible au XXIe siècle

Ça ne vous rappelle rien ? En 2017, Emmanuel Macron avait esquivé la primaire de gauche et avait largement profité de ne pas être identifié clairement dans un camp pour siphonner d’autres voix et se faire élire. Un précédent qu’a forcément en tête Xavier Bertrand, mais est-ce vraiment reproductible pour lui ?

« Je ne sais pas si la posture gaullienne et l’évitement du débat peuvent se reproduire au XXIe siècle. On a vu la posture jupitérienne de Macron d’inspiration gaullienne n’a pas pu tenir longtemps », tranche Axel Assouline. Le chercheur le rappelle, cette posture d’évitement le prive également d’une publicité et d’une audience facile à avoir – il suffit de voir les audiences du débat Zemmour-Mélenchon. Or, pendant que Xavier Bertrand esquive, d’autres candidats s’affrontent, sous le feu des critiques certes, mais aussi et surtout des projecteurs.

Le Grand débat

Il est pourtant un débat que le président des Hauts de France appâte depuis des semaines, celui face à Emmanuel Macron. Lors de leur dernière rencontre, Xavier Bertrand a confronté le chef de l’Etat, indiquant qu’un débat entre eux « aurait lieu ». Et si c’était ça sa vraie stratégie, feinter les petits débats pour marquer un grand coup lors d’une confrontation face au président sortant ?

Une manœuvre qui ne semble pas idéale là non plus. Déjà, parce que les candidats débattent d’abord les uns contre les autres au premier tour. Mais même en cas d’improbable débat seul face à Emmanuel Macron, Axel Assouline se montre sceptique : « Je ne crois pas que cela puisse le servir : quasiment plus personne ne se laisse convaincre par le débat de second tour. Et moins de débats, c’est une moindre exposition et je ne pense pas que cela le serve ».

De son côté, Alexandre Eyries rappelle aussi que ne pas s’imposer face à des adversaires internes rendra forcément Xavier Bertrand attaquable par ses opposants politiques : « C’est un angle facile et simple pour des Mélenchon, Zemmour ou Macron : comment un homme incapable d’unir son parti peut prétendre à l’Elysée ? Etre sans parti n’est pas nécessairement une force, Macron étant plus une exception qu’autre chose. » Quelle que soit la stratégie de Xavier Bertrand, on lui conseille donc d’en changer et de s’exposer à des débats.

* Alexandre Eyries est l’auteur de La communication politique 3.0 (Ed. Universitaires de Dijon) et de Anthropolitweet (Ed. ISTE de Londres).