Horizons : Avec son nouveau parti, Edouard Philippe joue-t-il déjà pour sa pomme ?

REPORTAGE L'ancien Premier ministre, qui a lancé son nouveau parti ce samedi, cultive ses différences avec la macronie

Thibaut Le Gal
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Edouard Philippe au Havre.
Edouard Philippe au Havre. — ROBIN LETELLIER/SIPA
  • Edouard Philippe réunissait ses soutiens ce samedi dans son fief du Havre.
  • L’ancien Premier ministre a annoncé la création de son propre mouvement, Horizons.
  • Le maire du Havre dit souhaiter la réélection d’Emmanuel Macron en 2022 mais reste ambigu sur ses intensions pour la suite.

De notre journaliste au Havre,

Le lancement d’un parti politique n’est jamais anodin. A six mois d’une élection présidentielle, il peut provoquer d’intenses secousses. Quinze mois après son départ de Matignon, le maire du Havre Edouard Philippe réunit ses soutiens ce samedi dans son fief pour lancer son mouvement. A l’extérieur du Carré des docks, les mouettes chipent ce qu’elles peuvent des poubelles de la veille. A l’intérieur, la salle pleine à craquer s’impatiente. On annonce 3.000 personnes, 600 élus locaux, 160 maires, 60 parlementaires.

« Nous sommes sur le quai et nous allons embarquer dans cette fabuleuse aventure politique », chauffe le maire d’Angers Christophe Béchu. Avant midi, l’ancien Premier ministre monte sur scène, sous les vivats. « Je veux, avec vous, construire un parti, participer à la construction d’une nouvelle offre politique pour que le pays que nous aimons puisse aller loin. C’est un combat que nous engageons, un combat démocratique, un combat sur le long terme. »

« Nous manquons collectivement d’une stratégie à l’horizon 2050 »

Le maire du Havre fait monter la pression depuis plusieurs semaines, offrant avant Noël, un joli mal de tête à la majorité présidentielle. Un nouveau parti, mais pour quoi faire ? Aider Emmanuel Macron ou lancer son propre destin ? Dans une interview à Challenges fin septembre, l’ancien locataire de Matignon avait brouillé les pistes en se démarquant du chef de l’Etat. Son plaidoyer pour un report de la retraite jusqu'à 67 ans et son « alerte » sur la dette publique en avaient agacé plus d’un. Alors, au premier rang, ce samedi, les trois mousquetaires de la macronie surveillent. Même si en arrivant, les patrons des groupes de la majorité à l’Assemblée, Patrick Mignola (MoDem), Olivier Becht (Agir), et Christophe Castaner (LREM), ont tenté de faire baisser la tension. « C’est dans le collectif que nous allons continuer à travailler », dit ce dernier.

Les mousquetaires de la majorité présidentielle déminent avant le meeting d'Edouard Philippe.
Les mousquetaires de la majorité présidentielle déminent avant le meeting d'Edouard Philippe. - TLG/20minutes

Sur scène, Edouard Philippe maintient finement l’ambiguïté sur ses intentions, évoque les « quatre vertiges » qui touchent le pays : la démographie, l’environnement, l’éveil de la Chine et la technologie. « Nous manquons collectivement d’une stratégie à l’horizon 2050, ce que je voudrais faire, avec vous, c’est construire cette stratégie », expose-t-il. Très à l’aise, le juppéiste multiplie les bons mots, sur un ton parfois professoral.

Il revient, aussi, sur ses sorties ayant crispé les marcheurs. La dette, auquel il ajoute la sécurité. Soit les principaux angles d’attaque des adversaires à la droite d’Emmanuel Macron. « Quand je dis qu’il faut remettre de l’ordre dans nos comptes et dans nos rues je ne suis pas en train de critiquer le président », dit-il toutefois. Même jeu subtil lorsqu’il évoque les retraites. « Ce qui me paraîtrait inouï, c’est qu’on n’aborde pas cette question à la présidentielle. »

Une lutte d’influence pour les législatives 2022 ?

« Une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on fait ? On fait un parti », lance-t-il enfin, après une bonne heure. Les assoupis dressent l’oreille. Le nom du mouvement se dévoile sur l’écran derrière lui : Horizons. « Mon objectif est de faire en sorte qu’en 2022, Emmanuel Macron soit réélu. » Les marcheurs soufflent. « Cette réélection est loin d’être gagnée d’avance, poursuit-il, et passera par un élargissement de sa base électorale. » C’est l’autre crainte de LREM et ses alliés : l’émergence d’un nouveau parti au centre fait craindre un morcellement de la macronie et une lutte d’influence à venir, notamment pour les législatives.

« Edouard Philippe est utile pour élargir notre camp à ceux qui n’étaient pas derrière nous en 2017 », balaie la députée LREM Aurore Bergé à l’issue du meeting. « En politique, on fait toujours le procès de l’opportunisme et des trajectoires personnelles. Mais Edouard Philippe a rappelé sa loyauté au président, il a encore beaucoup de choses à apporter », ajoute sa collègue du Loiret, Caroline Janvier.

Difficile aujourd’hui de connaître les intensions de l’homme politique le plus populaire de France. Christophe Béchu, désigné secrétaire général d’Horizons, assume : « La création d’une formation politique n’a pas pour objectif unique la présidentielle 2022. On peut être utile pour la réélection d’Emmanuel Macron à court terme, mais aussi sur le long terme, pour répondre aux défis posés au pays d’ici 2050 ». Etre un soutien du président et un concurrent de la majorité. La loyauté, mais en préparant déjà l’après. Une autre définition du « en même temps » cher aux macronistes.