« Debout les femmes ! » raconte aussi la complicité improbable entre les députés François Ruffin et Bruno Bonnell

DOCUMENTAIRE Comment le député LFI, François Ruffin, a sympathisé avec son homologue LREM, Bruno Bonnell, lors du tournage du film « Debout les femmes ! », qui sort mercredi

Gilles Durand
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Les députés Bruno Bonnell (de face) et François Ruffin, dans le film « Debout, les femmes!».
Les députés Bruno Bonnell (de face) et François Ruffin, dans le film « Debout, les femmes!». — Gilles Perret
  • Le film Debout les femmes ! qui sort mercredi en salle, évoque la situation sociale de ces femmes indispensables et pourtant invisibles qui aident, soignent, nettoient…
  • Il raconte aussi, en toile de fond, le lien qui a uni les deux députés de la Somme François Ruffin (LFI) et du Rhône François Bonnell (LREM) lors de leur mission parlementaire sur les « métiers du lien ».
  • « J’avais envie de mettre en scène un tandem burlesque à la Laurel et Hardy ou à la Terence Hill et Bud Spencer », raconte le réalisateur insoumis.

C’est une histoire de femmes, mais aussi d’un duo surprenant. Le film Debout les femmes !, qui sort mercredi en salle de cinéma, évoque la situation sociale de ces femmes indispensables et pourtant invisibles qui aident, soignent, nettoient… Il raconte aussi, en toile de fond, la naissance d’une complicité qui transcende les clivages politiques.

Qui aurait misé un kopeck sur un attelage parlementaire entre François Ruffin, député Insoumis de la Somme et son homologue macroniste du Rhône, Bruno Bonnell ? Entre le journaliste nourri à la lutte des classes et l’entrepreneur rompu au capitalisme débridé, pas grand-chose en commun. Si ce n’est la réputation de « grandes gueules » et les a priori mutuels de « tête de con ».

« Le courant est vite passé »

Pourtant, au moment de partager une mission parlementaire sur les « métiers du lien », les deux élus de l’Assemblée nationale vont rapidement faire cause commune. « Le courant est vite passé, raconte François Ruffin. Nous nous sommes vus cinq minutes à la buvette de l’Assemblée pour partager notre expérience de vie sur le sujet. J’avais un rapport plus social, lui plus personnel. »

Un an de tournage et une centaine d’heures de rush plus tard, Bruno Bonnell se souvient aussi de cette première prise de contact. « Mes collègues m’avaient dit “Tu vas pouvoir te faire Ruffin”, avoue-t-il. En fait, même si notre vision de la vie nous oppose, on s’est retrouvés sur les mêmes valeurs et le match de boxe s’est transformé en road movie parlementaire. »

Ce tandem qui pilote le film, François Ruffin l’a imaginé après ce rendez-vous. « Il m’a appelé douze heures après notre première rencontre, raconte Bruno Bonnell. Il m’a dit vouloir faire un film et j’ai tout de suite accepté. »

Un tandem burlesque à la Laurel et Hardy

« J’avais envie de mettre en scène un tandem burlesque à la Laurel et Hardy ou à la Terence Hill et Bud Spencer », ironise François Ruffin, pour qui Bruno Bonnell est un « véritable personnage de cinéma parce qu’on ne sait pas s’il est gentil ou pas, si on doit l’aimer ou pas ».

Tous deux iront jusqu’au bout de la mission, essayant d’instaurer un statut officiel et un parcours de formation pour ces femmes victimes de la précarité. Mais sans grand succès. Le projet de loi n’a pas été adopté. « Il s’est fracassé sur l’idéologie et les a priori, aux détriments de ces femmes. On a raté un virage », regrette Bruno Bonnell. « Je ne suis jamais fait d’illusion sur l’issue parlementaire, assure de son côté, François Ruffin. Mais le film met la pression sur l’opinion publique. Ça doit devenir un thème de campagne électorale pour une véritable reconnaissance du travail de ces femmes. »

« On est comme des camarades »

Reste aujourd’hui une complicité entre les deux hommes. « Quand les gens entrent dans l’hémicycle de l’Assemblée, ce sont des hommes de parti, avec une frontière affichée. Or, l’homme est plein de facettes. Je distingue l’homme du politique », note François Ruffin.

« Lui comme moi n’avons pas l’amitié facile, mais on se respecte et avoir partagé ce film nous donne un point de dialogue. On est comme des camarades », insiste Bruno Bonnell, pour qui « Ruffin est un prophète en politique, avec du bon et du moins bon », mais qui « montre ce que les autres ne voient pas ».

« Faire bouger les lignes idéologiques »

Malgré les critiques d’autres députés de la majorité, le macroniste se dit « très fier » d’avoir participé à ce film pour « faire bouger les lignes idéologiques ». « On partage cette chose avec François Ruffin, qui est de savoir laisser la parole à celles et ceux qui vivent le quotidien. Si on le faisait plus souvent, ça permettrait de trouver des pistes intéressantes. »

Mais l’union a ses limites. Quand Bruno Bonnell tente, malgré tout, de défendre le coup de pouce du gouvernement pour ces « métiers du lien » en insistant sur « les 400 millions mis sur la table », en face, François Ruffin dénonce « l’amnésie » du pouvoir face à ces femmes. « Au moment où tout s’est effondré, le gouvernement et le président Macron se sont raccrochés à elles, promettant même qu’elles auraient un statut ». Le clivage démocratique est intact.