Présidentielle 2022 : Comment expliquer une telle chute de Marine Le Pen dans les sondages ?

CHASSE-CROISE Malgré son électorat jugé solide, Marine Le Pen souffre énormément de l’émergence sondagière d’Eric Zemmour

Rachel Garrat-Valcarcel
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Marine Le Pen dans un trou noir.
Marine Le Pen dans un trou noir. — AMEZ UGO/SIPA
  • Marine Le Pen semble s’effondrer aussi rapidement dans les sondages qu’Eric Zemmour progresse.
  • Le polémiste ne fait pas que prendre des voix à la candidate RN, il révèle aussi toutes ses faiblesses.
  • Crédibilité défaillante, image dégradée, usure sur la scène médiatique… Les raisons de la chute de Marine Le Pen sont nombreuses.

Si la dynamique sondagière d’Eric Zemmour est tout à fait inédite par son envergure, il en va de même pour la baisse de Marine Le Pen. La candidate du Rassemblement national a perdu une dizaine de points depuis la rentrée dans les intentions de vote. Tant et si bien que celle qui était, sans discontinuer, qualifiée pour le second tour dans tous les sondages présidentiels depuis 2013 n’y serait plus, dans la dernière livrée d’Harris Interactive. Ce n’est qu’un sondage parmi d’autres pour le moment, et nous ne sommes que début octobre, à six mois du premier tour. Mais tout de même, comment expliquer que l’avance de Marine Le Pen ait fondu si rapidement ?

Cette avance paraissait pourtant solide : tous les sondages expliquaient que les électeurs et électrices de Marine Le Pen étaient les plus certaines de leur choix. Mathieu Gallard, directeur d’études à l’institut de sondage Ipsos, ne renie d’ailleurs pas cette caractéristique auprès de 20 Minutes « mais on a la preuve que même un électorat solide peut changer. Ça ne prémunit pas de tout, ça dépend de la campagne, des polémiques… » Et des candidatures surprises, visiblement.

Les points faibles de Marine Le Pen exposés par Eric Zemmour

Niveau thématiques de campagne, on ne peut pas dire que Marine Le Pen est désavantagée. L’immigration et la sécurité, thèmes chers à la candidate RN, n’ont pas disparu. Au contraire, ils prennent une importance prépondérante dans les médias, même si, comme le dit Mathieu Gallard, « ce ne sont pas les toutes premières préoccupations des Français » : le pouvoir d’achat, la protection sociale et l’environnement devancent les thèmes chers à l’extrême droite et à son électorat.

Sauf qu’auprès de celui-ci, Eric Zemmour paraît mieux armé sur ces sujets. « Le FN puis le RN ont marqué des points grâce à leur radicalité, rappelle le chercheur au Cevipof interrogé par 20 Minutes, Gilles Ivaldi. Mais, depuis 2017, Marine Le Pen est dans une logique d’élargissement de sa base électorale et cherche de la crédibilité. » Sans succès pour le moment, et c’est sur ce point faible que vient appuyer Zemmour. Lui passe pour « à la fois radical et plus mainstream, puisqu’il vient de la droite classique, du Figaro », analyse le chercheur. La députée du Pas-de-Calais « paie encore le débat de l’entre-deux-tours de 2017 ».

Une image toujours mauvaise dans l’opinion

Eric Zemmour rassure la bourgeoisie traditionnelle de droite, la part de l’électorat LR « qui pouvait être d’accord avec Marine Le Pen sur l’immigration ou la sécurité mais la trouve, elle et son parti, pas capable d’exercer le pouvoir », décrit Mathieu Gallard, et trop « à gauche » sur les questions économiques. C’est donc l’image de la candidate qui est en cause. C’est une évidence de le dire, mais Marine Le Pen reste une Le Pen, ce qui reste un blocage, même à la droite de la droite. Niveau popularité « elle fait l’unanimité auprès des sympathisants du RN, mais sorti de ça, le rejet est très fort, même chez les sympathisants LR », constate le sondeur.

Et puis, Marine Le Pen, ce n’est pas ce qu’il y a de plus neuf sur le marché électoral. Comme Jean-Luc Mélenchon, elle entame tout de même sa troisième campagne électorale présidentielle. Elle fait désormais partie de la classe politique qu’elle stigmatise. « Il y a une forme d’usure. Or, aujourd’hui, en France, il y a une aspiration à de la nouveauté, à de nouvelles incarnations politiques », juge Gilles Ivaldi. Un peu comme si les dégagistes étaient toujours dégagés par plus dégageurs.

La belle vie sans Zemmour ?

Alors Marine Le Pen va peut-être devoir revenir sur sa stratégie de moindre présence dans les médias, imaginée pour se donner une image plus « au-dessus de la mêlée », plus « présidentielle » : « Face au bulldozer médiatique qu’est Eric Zemmour, la campagne de terrain de Marine Le Pen ne va pas tenir longtemps », analyse Gilles Ivaldi. Sortie du confort de la candidate presque automatiquement qualifiée pour le second tour, la question qui pourrait se poser rapidement, d’après le chercheur, est de savoir si Marine Le Pen aura la ressource et l’envie de revenir dans la mêlée : « Là-dessus, il y a une inquiétude au RN », croit-il savoir.

Son espoir, sans doute : voir Eric Zemmour renoncer à sa candidature. On a bien sûr du mal à l’imaginer aujourd’hui, mais cela reste une hypothèse. Dans celle-ci, Marine Le Pen est extrêmement stable dans les sondages d’intention de vote et bataille avec Emmanuel Macron loin devant tout le monde. « Sans Zemmour il n’y aura personne pour reprendre son positionnement, elle sera sans concurrence à l’extrême droite », pronostique Gilles Ivaldi. Reste à savoir si la tempête sera passée sans trop de dommages graves pour la candidate.