Présidentielle 2022 : Avec ses « niches parlementaires », l'opposition pousse la majorité dans ses retranchements en vue de l'élection

CAMPAGNE Jeudi, les oppositions ont unanimement défendu la réforme de l'allocation adultes handicapés, mais la majorité LREM a rejeté le texte

Léa Ménard
— 
Une manifestation contre la prise en compte des revenus du conjoint dans le calcul de l'allocation aux adultes handicapé, à Dijon le 16 septembre 2021.
Une manifestation contre la prise en compte des revenus du conjoint dans le calcul de l'allocation aux adultes handicapé, à Dijon le 16 septembre 2021. — KONRAD K./SIPA
  • Les discussions autour de la « déconjugalisation » de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ont été tendues à l’Assemblée jeudi. Le texte était porté par le groupe LR dans le cadre d’une « niche parlementaire », journée réservée à l’opposition.
  • Les groupes politiques mettent à l’ordre des textes destinés à coincer les députés de la majorité. « Le but, c’est de nous obliger à prendre une position négative d’un point de vue de l’opinion », explique l’élu LREM Eric Poulliat.
  • Avec sept autres journées prévues d’ici la présidentielle, les « niches parlementaires » s’annoncent très politiques.

« Monstre politique, bêtise arrogante, mauvais remake, comportement indigne… » Les discussions ont été houleuses, jeudi, entre la majorité et les élus des oppositions. A l’ordre du jour de l’Assemblée, la « déconjugalisation » de l’allocation aux adultes handicapés (AAH), c’est-à-dire la réforme de cette aide afin de ne pas tenir compte des revenus du conjoint, contrairement à ce qui est fait aujourd’hui.

C’est le député Aurélien Pradié qui est revenu à la charge avec cette proposition de loi, inscrite à l’ordre du jour par Les Républicains dans le cadre d’une « niche parlementaire », journée réservée à l’opposition. Face aux députés LREM, le rapporteur a beau jeu d’accabler une majorité « entêtée » et « sectaire ». « Notre boulot, c’est de mettre la pression là où c’est nécessaire. Notre mission ce n’est pas de faire des cadeaux au gouvernement, ce n’est pas de leur obéir », affirme sans concession le député LR du Lot à 20 Minutes.

Faire passer les députés de la majorité pour des méchants

L’opération est réussie : face à un gouvernement défavorable à une remise en cause de « l’ensemble du système de protection sociale français fondé sur la solidarité sociale et familiale », tous les groupes politiques – à gauche comme à droite – défendaient cette mesure. « Une attitude de la majorité incompréhensible, juge le communiste Stéphane Peu. A défaut de vouloir satisfaire des oppositions parlementaires, c’est surtout qu’il y a une unanimité des personnes concernées qui y sont favorables. » L’approche des marcheurs concernant « certains sujets sociaux, les rendent méprisants aux yeux des Français », fustige Aurélien Pradié.

Les niches parlementaires permettent aux élus d’opposition de « proposer des textes piégeux politiquement », analyse auprès de 20 Minutes le député macroniste Eric Poulliat. « Quelque part, on est le dindon de la farce. » Il y a quelques jours, le patron des députés LREM Christophe Castaner a qualifié, selon L'Opinion, les niches parlementaires de « pièges à cons ». Pour Eric Poulliat, les textes inscrits à l’ordre du jour par les oppositions « souvent ne riment à rien » et visent à faire passer les députés de la majorité pour les méchants.

Coût contre coup

« Le but, c’est de nous obliger à prendre une position négative d’un point de vue de l’opinion », poursuit le député. Une manière de dire : « Regardez, ils n’aiment pas les personnes handicapées. Les groupes d’oppositions espèrent qu’il y aura un coût électoral pour nous. Et eux, espèrent faire un coup. » Avec sept niches prévues d’ici à la présidentielle, les pièges vont à nouveau se présenter pour les marcheurs.

« Ce n’est pas nous qui mettons le gouvernement en difficulté, c’est lui qui se met en difficulté tout seul ! », balaie Stéphane Peu, qui dénonce la « mauvaise foi » du gouvernement à propos de l’allocation aux adultes handicapés. « Même en termes de méthode politique, ce qu’ils ont fait est idiot », vitupère Aurélien Pradié. L’opposition n’en a pas fini de chahuter l’exécutif avec l’AAH : le dossier fera d’ailleurs son retour au Sénat dès le 12 octobre, avant d’être discuté à nouveau début décembre à l’Assemblée à l’occasion de la niche parlementaire des communistes. Avec pour perspective un nouveau concours de punchlines ?