Présidentielle 2022 : Pourquoi l’immigration s’impose comme le sujet de ce début de campagne

ELECTION Cette thématique est très présente dans le débat public ces dernières semaines, notamment chez les candidats à droite, alors qu'elle n'est pas la préoccupation principale des Français pour 2022

T.L.G.
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Eric Zemmour lors d'un meeting.
Eric Zemmour lors d'un meeting. — BUFKENS CEDRIC/SIPA
  • L’immigration est l’un des sujets prédominants de ce début de campagne.
  • Concurrencés par Eric Zemmour, la droite et le Rassemblement national multiplient les propositions sur le sujet.
  • La gauche peine à mettre ses thématiques en avant, alors que le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des Français pour l’élection présidentielle 2022.

C’est l’un des thèmes majeurs de ce début de campagne. Depuis plusieurs semaines, l'immigration s’impose dans le débat politico-médiatique. A droite et au Rassemblement national, notamment, les candidats rivalisent de propositions pour réguler, voire stopper, les mouvements de population vers le territoire français. Mais pourquoi ce sujet s’impose-t-il autant dans les débats ? Eléments de réponse.

  • L’une des préoccupations des Français

Tous les sondages le montrent, c’est le pouvoir d’achat qui trône en tête des préoccupations des Français pour le scrutin d’avril prochain. Mais l’immigration est régulièrement en haut du panier. Dans un sondage OpinionWay pour Les Echos publié fin septembre, le sujet arrive ainsi en quatrième position (37 % des sondés en font un enjeu important), derrière le pouvoir d’achat (48 %), la sécurité (46 %), la protection sociale (43 %) mais devant l’environnement (36 %). Dans un autre sondage Elabe pour BFMTV publié en septembre, l’immigration arrive en deuxième position (13 %) des personnes inscrites sur les listes électorales, derrière le pouvoir d’achat (18 %).

Plus globalement, plusieurs enquêtes publiées ces dernières années montrent qu’une majorité de Français souhaite réguler davantage les flux d’arrivants. « L’immigration n’est pas une chance pour la France », estiment ainsi 63% des personnes interrogées par l'Ifop en janvier 2020. L’actualité internationale, la crise afghane ou les récentes tensions avec l'Algérie, ont également remis la question au cœur du débat.

  • Parce que Zemmour vampirise la campagne

L’irruption d'Eric Zemmour dans la campagne a mis cette thématique au centre du débat. Le quasi-candidat multiplie les sorties radicales sur le sujet, en reprenant la thèse du « grand remplacement ». « Depuis qu’il y a une rumeur de ma candidature, tout le monde se met à parler comme moi », a récemment ironisé l'intéressé. Car le polémiste semble bien entraîner derrière lui les candidats de droite, qui multiplient les propositions. Eric Ciotti souhaite notamment revenir sur le droit du sol quand Michel Barnier défend un « moratoire » sur l’immigration. Valérie Pécresse a, elle, exposé mardi son projet de loi constitutionnelle pour lutter « stopper l’immigration incontrôlée ». Tous, à droite, souhaitent un référendum sur le sujet.

Au-delà des promesses, le discours s’est également durci vis-à-vis de l’immigration. « C’est ridicule, car on ne sera jamais aussi radical que Zemmour », soupire un député Les Républicains, alors que le presque candidat est donné pour la première fois ce mercredi au second tour dans un sondage. Pour tenter de contrer l’offensive du polémiste, Marine Le Pen a, pour sa part, été contrainte d'avancer sa séquence médiatique la semaine passée, rappelant que l’immigration était un sujet de prédilection du Rassemblement national.

  • La gauche (et le social) dans les choux

Face à cette omniprésence, la gauche est à la peine. Anne Hidalgo s’est dit ce mercredi « dégoûtée jusqu’à la nausée » d’Eric Zemmour et de ses thématiques. « On n’a pas compris les enjeux de l’élection présidentielle », à l’heure où les Français vivent « une situation très dure sur la question notamment du pouvoir d’achat », a regretté sur France 2 la maire socialiste de Paris. Mais, à la traîne dans les sondages, les candidats de gauche peinent à imposer leurs thématiques.

« Nous ne voulons pas accepter l’agenda d’Eric Zemmour, ses mots d’ordre. Nous souhaitons parler de l’urgence climatique et de l’urgence sociale, des 10 millions de pauvres dans le pays », assure Manuel Bompard, le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Le patron d’EELV, Julien Bayou, abonde : « C’est tout l’enjeu de la présidentielle, sur quoi vont porter les débats. Réussir à mettre nos sujets à l’agenda médiatique, sur le prix du logement, l’énergie, les retraites, et bien sûr l’environnement. C’est la condition de notre succès. »