Présidentielle 2022 : La jeunesse va-t-elle pour une fois massivement voter ?

ELECTIONS Selon un récent sondage, 87 % des jeunes de moins de 30 ans ont l'intention d'aller voter à l’élection présidentielle

Jean-Loup Delmas
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Quelque 530.000 électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche pour le premier tour des élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes.
Quelque 530.000 électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche pour le premier tour des élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes. — Romain Doucelin - Sipa
  • Population historiquement la plus abstentionniste, la jeunesse va-t-elle se ruer sur les urnes en 2022 ?
  • C’est le scénario que dessine éventuellement un sondage Ipsos paru ce dimanche, où 87 % des jeunes disent avoir de « grandes chances » ou être « certains » d’aller voter à l’élection présidentielle.
  • S’il faut faire attention à ce genre de prévisions, certains éléments laissent penser à une présidentielle plus intéressante que les autres pour la jeunesse.

Selon un récent sondage Ipsos en exclusivité pour France Inter*, 87 % des jeunes entre 18 et 30 ans estiment avoir « de grandes chances » (28 %) ou être « certains » (59 %) d’aller voter à la présidentielle de 2022. Un potentiel raz de marée électoral qui, s’il se concrétisait dans les urnes, trancherait avec le premier tour de 2017, où 28 % des 18-30 ans s’étaient abstenus.

Evidemment, le chiffre est à prendre avec des pincettes, pour plusieurs raisons. La plus évidente, nous sommes à des mois de l’élection, et les tendances sont difficiles à dessiner. Deuxièmement, le passé invite à la modestie en ce qui concerne ce genre de sondage :  l’abstention a toujours eu du mal à être estimée avant une élection, étant parfois bien pire ou moindre que prévu.

Prestige social du vote

Cela s’explique en partie par un phénomène bien connu, la pression de la valorisation sociale. Daniel Boy, directeur de recherche Sciences-Po, explique : « Les gens favorisent dans les sondages les réponses les plus valorisées socialement, malgré l’anonymat. Il faut donc se méfier des surintentions de vote dans les sondages, qui se traduisent mal dans les faits. » Plus frontal encore, le chercheur affirme qu’il est impossible que 87 % des jeunes votent à la présidentielle de 2022.

Au-delà de ces intentions de vote, 64 % des sondés affirment avoir des attentes fortes vis-à-vis de l’élection présidentielle de l’an prochain. « C’est tout de même un tiers qui disent ne pas avoir d’attentes importantes sur l’élection phare de la politique française, cela montre bien que les jeunes restent une population plus décrochée que les autres de la politique », temporise Daniel Boy.

L’enjeu écologique

Côté verre à moitié plein, la présidentielle intéresse la majorité de la jeunesse. Et cette élection a toujours été suivie d’un vote et d’un intérêt plus massifs que les autres, étant le scrutin enregistrant le moins d’abstention. « La présidentielle est la seule élection qui peut encore massivement rassembler la jeunesse, car la population se sent concernée par le verdict, et estime qu’il aura un impact sur sa vie », appuie Anne Muxel, sociologue au Cevipof et spécialiste des jeunes et de la politique. Aux régionales 2021, 87 % des 18-24 ans et 83 % des 25-34 ans n’avaient pas voté.

L’élection 2022 pourrait donc afficher la plus grande participation des jeunes de ces dernières années, mais pourra-t-elle encore plus les attirer que les précédentes présidentielles ? L’hypothèse est fortement plausible, selon la sociologue, car le scrutin sera porté par certains grands thèmes chers à la jeunesse : « L’écologie et les questions climatiques ont encore pris de l’importance en cinq ans, et sont une source d’anxiété reconnue chez la jeunesse notamment ». Une étude publiée en septembre dans The Lancet Planetary Health affirmait que 45 % des jeunes sondés dans dix pays voyaient leur vie quotidienne affectée par l’écoanxiété. Dans ce sondage Ipsos, la protection de l’environnement arrive en seconde position dans les principales préoccupations des jeunes.

La crise économique dans toutes les craintes

Ce sont les difficultés en termes de pouvoir d’achat qui arrivent tête. « Par rapport à 2012 ou 2017, les crises sanitaire et surtout économique et sociale traversées par la France peuvent pousser les jeunes à voter plus massivement », estime Anne Muxel.

Les files d’attente dans les queues alimentaires, un marché du travail ravagé pour les premiers emplois et la sensation de s’être confinés pour les autres peuvent nourrir chez les plus jeunes électeurs le sentiment d’être une « génération sacrifiée » face Covid-19. Pour 55 % des sondés, les jeunes qui commençaient à chercher un travail ou qui commençaient leur vie professionnelle ont ainsi été oubliés lors de la crise sanitaire. C’est la première catégorie citée, devant les étudiants (40 %). « Il peut y avoir le sentiment que la politique ne s’est pas suffisamment préoccupée de la jeunesse, et qu’il faudrait voter plus massivement pour changer cette donne », conclut la sociologue. Reste à voir si, dans quelques mois, ces intentions de faire entendre leur voix se traduiront dans les urnes.

*étude réalisée du 24 au 28 septembre 2021 auprès d’un échantillon national de 500 personnes représentatif de la population française âgée de 18 à 29 ans (méthode des quotas)