Présidentielle 2022 : Derrière le « rassemblement », le bras de fer entre Jadot et Rousseau

CAMPAGNE Les partisans du vainqueur de la primaire écologiste et ceux de son ancienne concurrente se livrent à une guerre d’influence

Léa Ménard
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Débat entre Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, le 23 septembre 2021, sur LCI.
Débat entre Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, le 23 septembre 2021, sur LCI. — RETMEN/SIPA
  • Après sa victoire à la primaire écologiste, Yannick Jadot doit dorénavant rassembler élus et militants autour de son programme.
  • Sandrine Rousseau, sa rivale au second tour, va présider le conseil politique du candidat d’EELV.
  • Le camp de l’économiste tente de faire peser ses idées dans le futur programme de Yannick Jadot. Sans la certitude d’avoir le dernier mot.

Une primaire, et ensuite ?  Une semaine après la désignation de Yannick Jadot comme candidat à la présidentielle, beaucoup reste à construire en vue de la campagne du candidat écologiste. Si Sandrine Rousseau a, après quelques jours de flottement, assuré qu’elle se mettrait « complètement à son service », les partisans de la candidate malheureuse et ceux du vainqueur continuent de se regarder en chien de faïence.

Car derrière le soutien réaffirmé à Jadot, le camp Rousseau continue de faire pression pour voir les thèmes de « l’écologie sociale » portés par l’économiste en bonne place dans le programme du candidat. « Il faut prendre en compte ce qu’elle a apporté dans la campagne », insiste Thomas Portes, porte-parole de l’écoféministe. « Si l’écologie veut gagner, elle doit être de gauche », poursuit-il, soulignant que les électeurs de Sandrine Rousseau ne glisseront un bulletin Jadot dans l’urne que s’ils retrouvent « ce qui les a séduits dans ce qu’elle a porté ».

Une façon de faire peser la responsabilité sur Yannick Jadot en cas de rupture. « On commence à basculer vers la construction programmatique », poursuit Thomas Portes. Selon lui, tout est « entre les mains de Yannick Jadot. »

Du côté de Jadot, on surjoue le rassemblement

Dans le camp Jadot, justement, on surjoue la volonté de « rassemblement » autour du candidat, qui a proposé à Sandrine Rousseau de piloter son conseil politique – proposition que l’économiste a acceptée. « Une vraie belle proposition qui lui permettra d’être au cœur de la campagne », souligne le député Matthieu Orphelin, soutien de Yannick Jadot. Une manière, ici aussi, de faire pression sur l’ex-candidate pour qu’elle respecte son engagement de soutenir le vainqueur de la primaire. « C’est au travers de ce rôle qu’elle portera ses idées, tempère Thomas Portes. Après, on verra si elles sont respectées et si elles sont prises en compte. »

Sa présence autour de la table du conseil politique « ne changera rien », prédit Daniel Boy, politologue spécialiste de l’écologie politique. Stratégiquement, avoir Sandrine Rousseau dans son équipe, c’est plutôt un bon coup pour Jadot. « Elle est coincée, poursuit le politologue. Elle pourra intervenir de temps en temps. Je lui fais confiance pour passer des gueulantes, mais je ne pense pas que ça aura beaucoup d’effets. » Même si le candidat écolo devrait se montrer à son écoute, à la fin « il fera ce qu’il voudra », pronostique Daniel Boy. « Et s’il y a des dissensions, je suis persuadé que Julien Bayou |patron d’EELV] fera tout pour les planquer. Il n’a absolument pas intérêt à ce qu’apparaisse une division au sein des Verts, alors qu’ils sont – en dehors de LFI – le seul parti qui a un peu d’unité. »

En coulisses, à EELV, certaines voix se montrent plus méfiantes à l’égard de Sandrine Rousseau. L’ex-candidate doit « rentrer dans le rang », sinon « elle se place elle-même en dehors du jeu collectif » et va « finir dehors », menace une élue écologiste. Après avoir lui aussi taclé Sandrine Rousseau dans un premier temps, la qualifiant de « mauvaise perdante » au lendemain de la primaire, Julien Bayou a changé de ton ces derniers jours. « On a besoin de radicalité dans une écologie de gouvernement. Sandrine Rousseau a évidemment toute sa place dans la campagne », a assuré dimanche le patron d'EELV sur Franceinfo.