Hausse des prix : Pourquoi c’est un enjeu capital pour le gouvernement, à 200 jours des élections ?

FACTURES Jean Castex monte au front ce soir au « 20 heures » de TF1 pour montrer que le gouvernement agit sur le pouvoir d’achat des Françaises et des Français

Rachel Garrat-Valcarcel
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Une facture d'électricité avec une ampoule. (illustration)
Une facture d'électricité avec une ampoule. (illustration) — DENIS CHARLET / AFP
  • Les annonces de flambées des prix de l’énergie (gaz, électricité…) s’enchaînent et le gouvernement veut éviter un choc pour le portefeuille des Français et des Françaises à quelques mois de la présidentielle.
  • Jean Castex va annoncer de nouvelles mesures ce jeudi soir, qui s’ajoutent à d’autres déjà annoncées pour soutenir le pouvoir d’achat.
  • La question du pouvoir d’achat est toujours compliquée pour un gouvernement sortant, surtout après la pandémie, mais il a quelques atouts en main.

Carburants, gaz, électricité : les prix chauffent et, à 192 jours du premier tour de la présidentielle, le gouvernement aussi. Il faut dire que les annonces d’une augmentation autour de 12 % de la facture de gaz et d’électricité ont de quoi inquiéter les ménages qui font face, depuis déjà quelques mois, à des prix des carburants eux aussi très élevés. Le gouvernement avait déjà pris les devants, mi-septembre, en annonçant un chèque énergie exceptionnel de 100 euros pour environ 6 millions de ménages modestes, mais cela ne sera pas suffisant pour amortir le choc.

C’est pourquoi Jean Castex va faire de nouvelles annonces, dans le 20 heures de TF1. C’est dire l’importance du sujet, à la veille de la saison froide. « Le gouvernement ne peut pas se rater là-dessus !, prévient la politologue et sociologue à Kedge Business School, Virginie Martin, interrogée par 20 Minutes. Le gouvernement a encore en tête le précédent des ''Gilets jaunes''. Le mouvement était parti d’une augmentation des prix de l’essence. » Et c’est vrai que le contexte ressemble un peu à celui de l’automne 2018. « Il y a une pression sur les prix des biens incompressibles, les dépenses contraintes des ménages », constate auprès de 20 Minutes l’économiste Stéphanie Villers.

Les possibilités du gouvernement

En clair, ce type d’augmentation des prix se ressent beaucoup plus sur le portefeuille des ménages, parce que cela signifie qu’une fois les factures payées il reste moins d’argent à la fin du mois (quand il en reste). Sans aller jusqu’à imaginer forcément une réédition des « gilets jaunes », le gouvernement veut quand même éviter de susciter ce type de mécontentement chez les Français et les Françaises à un peu plus de six mois de l’élection présidentielle. Mais que peut-il faire ?

Stéphanie Villers voit deux principaux moyens d’action : « Soit le gouvernement gonfle les aides du chèque énergie, en élargissant l’assiette des bénéficiaires ou en augmentant le chèque… Ou les deux. Soit il décide, comme en Espagne, d’une baisse des taxes sur les carburants. » Le risque, dans ce dernier cas, c’est de laisser libre cours à une augmentation des marges des producteurs et distributeurs d’énergie, en l’occurrence de carburant. L’économiste interrogée par 20 Minutes irait donc plus vers une option donne directement de l’argent aux ménages. « C’est possible puisque avec l’augmentation des prix, les rentrées de TVA augmentent aussi. »

La question très complexe du pouvoir d’achat

Plus largement, aux côtés des questions identitaires ou sécuritaires, le dossier de pouvoir d’achat des Français et des Françaises s’est fait une petite place dans l’agenda politique. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un gouvernement sortant. « Voir ce sujet revenir, ça veut dire qu’au bout de cinq ans, la situation ne s’est pas forcément améliorée », note Stéphanie Villers. Et puis la volonté politique ne suffit pas toujours à régler la question : « Le pouvoir d’achat, c’est très complexe dans un pays avec autant de disparités économiques, analyse Virginie Martin. Vivre avec le salaire d’un prof en début de carrière à Paris n’a rien à voir avec vivre avec le salaire d’un prof en début de carrière en banlieue de Clermont-Ferrand. Augmenter le Smic par exemple, c’est très important, mais ça ne sera pas ressenti de la même façon partout. »

D’après un récent sondage OpinionWay, 56 % des Françaises et Français sondés estiment que leur pouvoir d’achat a plutôt diminué depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Un signal d’alarme incontestable pour le gouvernement déjà en campagne, qui a contre-attaqué : « Depuis 2017, les Français ont gagné entre 800 et 4.600 euros par an et par ménage », avait déclaré Jean-Baptiste Djebbari il y a quelques jours sur RMC et BFMTV. Seulement, comme quand l’Insee explique que le pouvoir d’achat actuellement augmente, c’est une moyenne. Et même si la taxe d’habitation a été supprimée pour une bonne partie de la population, les impôts ont proportionnellement plus baissé pour les plus riches.

Le terrain glissant de la sortie de pandémie

« Tout dépend à qui le gouvernement s’adresse en disant ça, juge Stéphanie Villers. Car globalement, il reste quand même 8 % de chômage soit 3 millions de personnes sans travail. Il y a aussi 600.000 personnes toujours au chômage partiel et qui n’ont aucune assurance de retrouver leur boulot à l’issue. » La question du pouvoir d’achat, glissante pour un gouvernement sortant on l’a compris, l’est donc peut-être encore plus en cette sortie (en tout cas, on croise les doigts) de pandémie.

« Même si le gouvernement a joué le rôle d’airbag en termes de pouvoir d’achat pendant la période de la pandémie, il y a quand même un sentiment d’y avoir perdu financièrement, croit Virginie Martin. Que ce soit réel, que ça ait été amorti par le ''quoi qu’il en coûte'' ou que ce soit juste un sentiment. Même ceux qui n’ont pas souffert ont le sentiment d’une précarisation potentielle. » A cela, les statistiques assenées n’y feront rien, mais le gouvernement a tout de même une carte maîtresse dans sa manche : des marges de manœuvre offertes par l’Union européenne.

« Le pacte de stabilité a été suspendu jusqu’à fin 2022. Bruxelles ne viendra donc pas regarder dans le projet de budget pour 2022, et ça, c’est du pain bénit pour un gouvernement en campagne électorale », estime Stéphanie Villers. Le chèque énergie exceptionnel annoncé le 16 septembre, entre autres, vient de là. Mais toutes ces mesures ne seront pas suffisantes si la flambée des prix de l’énergie est plus durable que prévu et, surtout, elles auront une fin. La question est de savoir quand : avant ou après l'élection?