Présidentielle 2022 : A la tête de la puissante fédération LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti part-il avec un avantage ?

CONGRES LR Le choix de désigner le candidat LR pour la présidentielle en congrès, où seuls les adhérents du parti pourront se prononcer, est « le meilleur scénario » pour le député, assurent ses proches

Fabien Binacchi
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Le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, le 9 septembre 2021 à Nîmes
Le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, le 9 septembre 2021 à Nîmes — J.M. HAEDRICH/SIPA
  • Le très droitier député des Alpes-Maritimes a repris à Christian Estrosi la tête de la puissante fédération LR des Alpes-Maritimes qui « compte, à date, autour de 9.000 adhérents ».
  • Les proches d’Eric Ciotti le créditent d’au moins 10 % des voix, obtenues localement.
  • Mais « une bonne part de nos militants, plus proches du centre, ne se reconnaissent pas dans la droite de Zemmour », tacle Pierre-Paul Leonelli, conseiller régional LR et adjoint au maire de Nice.

« C’est le meilleur scénario pour nous ». Dans l’entourage d’Eric Ciotti, on se frotte déjà les mains après le choix, samedi, de désigner le candidat  Les Républicains (LR) pour la présidentielle à l’occasion d’un congrès à deux tours, début décembre. Et où seuls les adhérents du parti pourront se prononcer. « Ça nous renforce énormément. Il va être au moins deuxième, voire premier », assure même un proche.

C’est que, depuis 2018, le très droitier député a repris à Christian Estrosi, qui lui avait laissé le champ libre dans une élection interne, la tête de la puissante fédération LR des Alpes-Maritimes. La plus puissante même, selon les chiffres qui circulent. Le département « compte, à date, autour de 9.000 adhérents », glisse-t-on localement, pour un total d’un peu moins de 80.000 personnes à jour de cotisation dans le pays.

« Les plus grosses circonscriptions sont avec nous »

Soit déjà 11,25 % des votants « qui vont se prononcer au moins à 90 % pour Eric Ciotti », pronostique-t-on dans le premier cercle du candidat déjà déclaré, comme Valérie Pécresse (ex-LR), Michel Barnier et Philippe Juvin. Xavier Bertrand, candidat certain à la présidentielle, avait dit son opposition à l’idée d’une primaire ouverte mais ne s’est pas encore exprimé sur le choix d’un congrès. D’autres noms pourront encore se rajouter d’ici au 13 octobre.

Selon son staff, le président de la fédération des Alpes-Maritimes obtiendrait le soutien massif des siens. « Nous comptons notamment sur les plus grosses circonscriptions, notamment celles de la députée Michèle Tabarot et du sénateur Henri Leroy », indique-t-on. Et cet appui local, « même plus largement en Paca, se complétera par le soutien d’une douzaine de parlementaires en France, au moins dans un premier temps ».

« Des militants ne se reconnaissent pas dans la droite de Zemmour »

Selon ces calculs, le candidat serait donc assuré d’obtenir, grâce à la Côte d’Azur, au moins 10 % des voix. Des chiffres que met en doute l’élu LR Pierre-Paul Leonelli, très proche de Christian Estrosi, qui a quitté, lui, le parti. « Déjà, sur le nombre d’adhérents de la fédération des Alpes-Maritimes, je n’ai aucune certitude. Après une augmentation en 2018, il y a eu beaucoup de défections, dit-il. Puis, quand je lis les déclarations de Jean Leonetti, je ne peux pas imaginer que toute la ligne LR soit derrière Eric Ciotti. »

Le maire LR d’Antibes, chargé par le parti de réfléchir au départage des candidats en vue de la présidentielle, a mis en garde contre le « repli sur soi » après le choix d’un congrès. « Une bonne part de nos militants, plus proches du centre, ne se reconnaissent pas dans la droite de Zemmour, raille Pierre-Paul Leonelli, conseiller régional et adjoint au maire de Nice. J’étais le directeur de campagne d’Eric Ciotti en 2007. Ses idées ont beaucoup changé. Il s’est radicalisé. Il est dans une sorte de surenchère. »

Le député azuréen entend incarner « une rupture », mettant volontiers les questions sécuritaires et migratoires parmi ses priorités. L’élu a notamment répété qu’il voulait supprimer « le droit du sol » pour revenir « au droit du sang ». Partisan d’une droite dure, Eric Ciotti s’en est pris à plusieurs à son ancien allié Christian Estrosi, à qui il reproche son rapprochement avec l’actuelle majorité présidentielle.

Des figures locales qui ne le soutiennent pas

Le député pourrait d’ailleurs pâtir localement de ne pas être soutenu par l’omniprésent maire de Nice, concentré sur son parti La France audacieuse. De plus en plus éloigné de LR, dont il a claqué la porte en mai 2021, Christian Estrosi se rapprocherait encore un peu plus de LREM. L’ancien premier Ministre, ex-LR lui aussi, Edouard Philippe, « soutien » d’Emmanuel Macron pour les présidentielles, pourrait intervenir ce mercredi soir à l’occasion de la rentrée politique de l’édile à la tête de la cinquième ville de France.

La sénatrice LR des Alpes-Maritimes Dominique Estrosi-Sassone ne soutiendra pas non plus Eric Ciotti. Désignée porte-parole de Xavier Bertrand, candidat de droite le mieux placé selon des sondages, cette figure locale a également choisi un autre camp. Camp qui travaille d’ailleurs à ce que le congrès soit un adoubement du président du conseil régional des Hauts-de-France plus qu’un « affrontement ». L’élue a expliqué à 20 Minutes qu’il allait « formaliser sa demande de soutien à sa famille politique par courrier ».

Mais si la bataille a bien lieu, Eric Ciotti « fera probablement un score très honorable qu’il monnaiera », avance encore Dominique Estrosi-Sassone auprès de L’Obs. Le député des Alpes-Maritimes serait alors en force pour peser ensuite dans la campagne du candidat désigné par les militants.