Primaire écologiste : Yannick Jadot désigné candidat, la revanche du pragmatique

CAMPAGNE En l'emportant face à Sandrine Rousseau, l'eurodéputé EELV sera bien le candidat écologiste à l'élection présidentielle de 2022

Thibaut Le Gal
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Yannick Jadot et Sandrine Rousseau.
Yannick Jadot et Sandrine Rousseau. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Yannick Jadot a remporté ce mardi la primaire écologiste en obtenant au second tour 51,03 % face à Sandrine Rousseau.
  • L’eurodéputé de 54 ans représentera les couleurs de l’écologie à la présidentielle 2022.
  • Le candidat s’est imposé sur une ligne « pragmatique », en opposition à une partie de la base la plus militante d’EELV.

Une victoire étriquée. En remportant la primaire d'une courte tête ce mardi (51,03 %), Yannick Jadot devient le candidat écologiste à la présidentielle 2022. Il avait longtemps hésité à participer au scrutin, où les écolos ont pris l’habitude de dézinguer leurs champions, mais l’eurodéputé de 54 ans a réussi son pari. En portant une ligne « pragmatique », l’ancien de Greenpeace a su déjouer les pièges et convaincre une courte majorité de militants. « Je serai le président du climat », a promis l’intéressé devant les militants ce mardi, avant d’appeler « au rassemblement des écologistes, au dépassement du pôle écologiste, pour que nous allions ensemble jusqu’à l’Elysée ».

« Yannick Jadot n’a pas fait l’erreur que nous avions faite avec Hulot »

« On a évité l’empaillage. Certains voulaient l’enfermer dans l'image d’un manque de radicalité, mais cela n’a pas marqué. Il a su éviter la posture défensive », salue le député non-inscrit et soutien Matthieu Orphelin. « Yannick n’a pas fait l’erreur que nous avions faite avec Hulot [ éliminé à la primaire 2011], de faire tout de suite une campagne de premier tour de la présidentielle. Il a su trouver un équilibre, parler aux militants écolos comme aux Français, c’est ça la clé », ajoute l’élu.

Régulièrement critiqué en interne pour son positionnement à contre-courant du parti, Jadot est resté sur sa ligne : des mesures fortes, tout en défendant une écologie « de rassemblement » et « de gouvernement ». En clair, tenter de plaire au plus grand nombre, quitte à crisper une partie de son camp, comme lorsqu’il participe, au printemps dernier, à la manifestation des policiers devant l'Assemblée nationale. « La primaire, ce n’est qu’une étape. Il aurait été malhonnête de parler aux militants écolos pour ce scrutin et ensuite parler aux Français. C’était une difficulté supplémentaire, mais il n’y a pas plusieurs Jadot, il n’y en a qu’un. Et, depuis un an, son objectif, c’est d’accéder à l’Elysée », plaide son entourage.

Prendre sa revanche après le retrait de 2017

Car cette fois, le candidat compte bien aller au bout de l’aventure. Et mieux effacer le souvenir de 2017. Déjà désigné par les siens, Yannick Jadot s’était finalement retiré de la course pour soutenir la candidature de Benoît Hamon contre un accord programmatique.  « Des militants lui avaient alors fait des reproches infondés, et il ne l’avait pas bien vécu. C’est tout le parti qui lui avait demandé de renoncer, car tout le monde avait fait le constat qu’il n’y avait pas d’espace politique. Ce qui est certain, c’est que l’on ne l’y reprendra plus », souffle Eva Sas, sa porte-parole.

Après ce retrait, l’eurodéputé rebondit en menant la liste Europe Ecologie – Les Verts aux élections européennes de 2019. « Il a assumé une ligne d’écologie indépendante, ce qui n’était pas évident à l’époque », rappelle l’ex-macroniste Matthieu Orphelin. Le candidat secoue encore les siens en défendant une écologie « ni de droite ni de gauche » et en saluant « la libre entreprise et l’économie de marché ». Avec une jolie troisième place  et 13,48% des voix exprimées, Yannick Jadot impose sa ligne. Et son visage comme chef de file de l’écologie dans le paysage médiatique.

« Le vrai déclic, c’est que les écolos soient passés devant les socialistes. Ce résultat historique se fait sur cette ligne d’écologie radicale mais ouverte. Les municipales valident ensuite cet enracinement de l’écologie tandis que le PS s’affaisse. Yannick Jadot incarne cet avènement de l’écologie par sa capacité à rassembler », complète son entourage. L’intéressé aura pour première mission d’unir son propre camp, que les résultats de ce mardi montrent scindé en deux, avant de tenter de l’élargir. Et pourquoi pas, cette fois, encourager les socialistes à le soutenir ? Julien Bayou en sourit : « Anne Hidalgo semble vouloir mettre l’accent de sa campagne sur l’écologie. Par cohérence, ça devrait l’amener à soutenir notre candidat. »