« Pour LR, la primaire fermée peut rallier Xavier Bertrand, mais éloigner l’électorat centriste », estime Pascal Perrineau

INTERVIEW Les adhérents LR ont choisi samedi de ne pas recourir à une primaire ouverte pour désigner leur candidat à l’élection présidentielle

Propos recueillis par Anissa Boumediene
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Samedi, les adhérents LR ont fait le choix de ne pas miser sur une primaire ouverte pour désigner leur candidat à l'élection présidentielle.
Samedi, les adhérents LR ont fait le choix de ne pas miser sur une primaire ouverte pour désigner leur candidat à l'élection présidentielle. — Jacques Witt/SIPA
  • Le ou la candidate Les Républicains pour la présidentielle sera désigné lors d’un congrès lors d’un congrès à deux tours, rejetant la voie d’une primaire ouverte.
  • Pour Les Républicains, cette méthode de désignation pourrait être la solution pour rallier Xavier Bertrand, favori à droite. Mais l’électorat centriste, lui, pourrait se sentir exclu de ce scrutin.
  • Pour éviter le scénario catastrophe de l’affaire Fillon, le parti prévoit une modification de ses statuts afin d’exfiltrer son candidat si la situation venait à l’exiger.

Pas de primaire pour LR. Les Républicains désigneront leur candidat à la présidentielle par un vote de leurs seuls adhérents. Samedi, ce sont eux qui, par voie électronique, ont choisi à 58 % l’option d’un congrès à deux tours. Un vote où le taux de participation a atteint 50,28 % des voix, et qui portait concrètement sur une modification des statuts, qui depuis 2015 prévoyaient une primaire. « C’est une bonne nouvelle, ça permet le 4 décembre que le débat soit clos », et que la droite soit « rassemblée derrière un candidat d’union », s’est félicité le patron du parti Christian Jacob. Les candidats devront formuler leur volonté de se lancer par écrit, a-t-il précisé.

« J’en serai ! Que le ou la meilleure gagne ! », a aussitôt tweeté la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse. « Militant fidèle dans cette famille (…) je solliciterai en confiance son soutien », a aussi assuré Michel Barnier. Reste à savoir si cette méthode de désignation convaincra Xavier Bertrand, favori à droite, de porter les couleurs de LR pour la course à l’Elysée. Le président des Hauts-de-France attend de voir les conditions exactes pour se prononcer, précise-t-on dans son entourage. Mais « cette primaire fermée ne va pas ravir les électeurs du centre et du centre-droit », estime le politologue Pascal Perrineau, professeur émérite des universités à Sciences po et ancien Directeur du Cevipof, qui répond ce dimanche aux questions de 20 Minutes.

Un congrès plutôt qu’une primaire, est-ce le seul moyen pour rallier Xavier Bertrand ?

Oui, on peut logiquement le penser. Ces derniers mois, il a répété qu’il ne rentrerait pas dans une primaire ouverte, mais qu’il pourrait s’intégrer dans un choix du candidat LR par congrès. C’était au fond la seule éventualité pour l’inclure dans la liste des quatre à cinq candidats qui sont sur la ligne d’une primaire à droite. Le choix d’une primaire ouverte aurait été un casus belli avec Xavier Bertrand. Et il aurait été plus difficile ensuite de trouver un point d’accord entre le ou la candidate issue de la primaire ouverte et Xavier Bertrand.

En outre, toute une partie de la direction de LR considère – ce qui est assez contestable – que l’échec à la présidentielle de 2017 est largement dû à la primaire, alors qu’elle est tout simplement due à la débâcle du candidat Fillon. Peu à peu, s’est installée l’idée que la primaire ouverte était une machine à division qui affaiblit le candidat désigné. Et certains membres de la direction du parti, à commencer par Christian Jacob, croient à ce scénario. Eux-mêmes n’étaient pas favorables à une primaire ouverte et ils ont préféré jouer le jeu de la primaire fermée.

Les adhérents qui ont voté samedi ont avalisé ce choix. Ce qui est intéressant, c’est que 58 % des voix exprimées sont en faveur d’un congrès, ce qui constitue une majorité nette. Mais cela signifie tout de même que 40 % des votants étaient pour une primaire ouverte, ce qui montre bien que le choix n’est pas évident. L’avantage, c’est que Xavier Bertrand est inclus, et la division sera peut-être moins importante qu’en cas de primaire ouverte.

Avec un vote ouvert aux seuls adhérents du parti, cela permet-il de faire émerger un candidat assez fédérateur de la droite et du centre ?

C’est l’inconvénient de cette méthode, qui réserve la décision à un petit groupe : seuls les adhérents à jour de cotisation 15 jours avant le scrutin voteront. Or, samedi, ce sont 50 % des 82.000 adhérents du parti qui ont participé à ce vote, ce n’est pas beaucoup.

Et forcément, une primaire fermée n’offre pas de moyen d’inclure les électeurs du centre, ce qui est à la fois contestable et potentiellement problématique pour la suite. C’est ce qu’a soulevé le président du Sénat Gérard Larcher, qui plaidait pour une primaire ouverte aux sympathisants centristes. Ainsi que Jean Leonetti, qui avait remis un rapport sur la primaire à la direction du parti, et pour qui « on ne gagne jamais une présidentielle en se repliant sur soi ».

Il aurait peut-être fallu, à côté de la primaire fermée LR, imaginer une primaire qui permette d’inclure les adhérents du Nouveau Centre, de l’UDI et d’autres formations de la droite et du centre. Car la droite classique et le centre ont besoin de se rassembler : il y a une course entre Emmanuel Macron et LR pour contrôler cet électorat de la droite et du centre. Le parti devra aller chercher tous les électeurs dont certains hésitent aujourd’hui entre Macron et le candidat de la droite et du centre. Et vis-à-vis du centre et du centre-droit, cette décision n’envoie pas un message très positif.

Innovation intéressante, LR compte se doter d’une « procédure d’empêchement » pour pouvoir exfiltrer son candidat de la course si nécessaire. Après le scénario catastrophe de François Fillon en 2017, c’est un filet de sécurité nécessaire ?

C’est très important : Lors de la campagne de 2017, personne ne se doutait qu’il y aurait une affaire Fillon, et que le principal intéressé s’accrocherait à sa candidature. S’il y avait eu une procédure claire, Les Républicains n’auraient pas été pris par surprise et coincés comme ils l’ont été. Il aurait pourtant été tout à fait évident d’écarter le candidat Fillon et de lancer le numéro 2, Alain Juppé, dans la course. Mais là, c’était impossible puisque rien dans les statuts ne le prévoyait.

Cette fois-ci, il n’est pas question pour eux de risquer d’être de nouveau confrontés à un tel cas de figure. C’est pourquoi ils veulent avoir une procédure à l’issue de laquelle, si le ou la candidate était touchée par une affaire, il y ait une solution définie, un plan B solide. En cela, c’est un garde-fou tout à fait nécessaire.