Mort de Paul Quilès, ancien ministre de François Mitterrand

DECES Député-maire dans le Tarn, Paul Quilès est mort à l’âge de 79 ans

20 Minutes avec AFP
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Paul Quilès, le 10 juillet 2014, à Paris.
Paul Quilès, le 10 juillet 2014, à Paris. — BERTRAND GUAY / AFP
  • Acteur incontournable de la Mitterrandie, l’ex-ministre socialiste Paul Quilès est mort ce vendredi à l’âge de 79 ans.
  • Les hommages se succèdent pour celui qui avait aussi été pendant vingt-cinq ans le maire de Cordes-sur-Ciel, dans le Tarn, sur les terres de Jaurès.
  • Il avait présidé la mission d’enquête parlementaire sur le Rwanda et militait contre l’armement nucléaire.

Plusieurs fois ministre socialiste dans les années 1980 et 1990, notamment de l’Intérieur et de la Défense, figure marquante de la mitterrandie au pouvoir, Paul Quilès est mort ce vendredi, à Paris, à l’âge de 79 ans. « Il s’est battu jusqu’au bout comme il l’avait toujours fait dans sa vie pour les autres », a souligné l’une de ses filles, Emmanuelle Quilès.

Yeux bleus perçants et sourire rare, ce polytechnicien à l’allure stricte avait été en 1981 au centre d’une vive polémique après des propos maladroits, exploités par la droite, sur la nécessité de « faire tomber des têtes », une fois la gauche arrivée au pouvoir. Maire de Cordes-sur-Ciel (Tarn) de 1995 à 2020, élu au premier tour lors de quatre mandats consécutifs, il a été député à plusieurs reprises, à Paris puis dans le Tarn, où naquit Jean Jaurès.

Fils d’un officier et d’une institutrice, Paul Quilès est né le 27 janvier 1942 à Saint-Denis-du-Sig, en Algérie française. Après Polytechnique, il est jusqu’en 1978 ingénieur dans le secteur énergétique auprès de la compagnie pétrolière Shell. Parallèlement, ce catholique de gauche, ancien de la jeunesse étudiante chrétienne (JEC), entre au PS en 1972 et milite dans le courant mitterrandiste.

« Robespaul »

Son ascension politique prend un véritable essor en 1981, quand il devient le directeur de la campagne présidentielle de François Mitterrand​ qui, en mai, accède à l’Elysée. En octobre, lors du congrès socialiste de Valence, il lance, évoquant la haute administration : « Il ne faut pas se contenter de dire de façon évasive, comme Robespierre […] en 1794 : « Des têtes vont tomber ». Il faut dire lesquelles et le dire rapidement ! ». La droite s’indigne contre celui qu’elle va surnommer dès lors « Robespaul », argument largement utilisé contre lui en 1983 quand il briguera, en vain, la mairie de Paris contre Jacques Chirac.

Paul Quilès, qui fut, toute sa vie, un responsable politique modéré, expliqua par la suite qu’il voulait en fait « éviter ce qui aurait pu ressembler à une chasse aux sorcières ». Mais il admit avoir commis « l’erreur » de prononcer un nom, Robespierre, à « forte charge négative ». Il a plus tard rendu publiques des lettres d’hommes politiques de droite, comme Gérard Longuet ou Patrick Devedjian, reconnaissant leur erreur d’interprétation.

Militant anti-armement nucléaire

Nommé ministre du Logement en 1983, Paul Quilès est promu à la tête d’un ministère élargi au Tourisme en 1984. De septembre 1985 à mars 1986, il succède au ministère de la Défense à Charles Hernu, contraint de démissionner à la suite de l’affaire du Rainbow Warrior, nom du navire de Greenpeace saboté par les services secrets français en Nouvelle-Zélande. On le retrouve plus tard ministre des Postes et de l’Espace dans le gouvernement Rocard (1988-1991). Il est ensuite à nouveau nommé au Logement (et aux Transports), avant d’obtenir le portefeuille de l’Intérieur, en 1992-1993.

En 1997, il est élu président de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale et, l’année suivante, il préside la mission d’information parlementaire sur le Rwanda. Ce père de trois enfants était le président de l’organisation « Initiatives pour le désarmement nucléaire », visant à « l’édification d’un monde plus sûr ». Il avait écrit, seul ou en collaboration, trois ouvrages sur la question, Nucléaire, un mensonge français, Arrêtez la bombe ! et L’illusion nucléaire.

Hommages de tous bords

La mort de Paul Quilès a provoqué nombre d’hommages politiques. Dont celui d’Emmanuel Macron. « Le Président de la République salue un ministre et un élu aux convictions chevillées au corps, qui servit la France à toutes les échelles de son organisme politique avec un égal dévouement et une ardeur inlassable », a affirmé l’Elysée dans un communiqué.

François Hollande a rendu hommage sur Twitter à « un homme engagé ».

Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale se souvient d’un « infatigable républicain, fidèle compagnon du Président Mitterrand ». L’ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve, parle avec émotion de son ami, « socialiste avec des convictions profondes et un tempérament ». « Nous avions travaillé ensemble sur le Rwanda, ajoute-t-il. Il demeurera un symbole de sincérité et de courage ». Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin estime de son prédécesseur à Beauvau aura « Toute sa vie (…) servi la République ».

En Occitanie, sur les terres d’adoption de Paul Quilès, Carole Delga (PS), la présidente de région décrit « un brillant homme d’Etat ». « Le Tarn et Cordes-sur-Ciel perdent un élu, un militant, pleinement engagé pour les territoires ruraux et la justice sociale », rappelle-t-elle.

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