Présidentielle 2022 : Le pass sanitaire, un enjeu pour Emmanuel Macron en vue de sa réélection ?

CAMPAGNE Si le dispositif devrait être prolongé prochainement, la majorité souhaite s'éviter un débat sur le pass sanitaire en pleine campagne 2022

Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron a évoqué, la semaine dernière, la possibilité « de lever le pass […] là où le virus ne circule quasiment plus ».
  • Le gouvernement devrait toutefois présenter en octobre un projet de loi afin de prolonger le dispositif au-delà du 15 novembre.
  • La majorité espère régler cette question clivante avant le début de la campagne présidentielle.

« Si on peut demain arrêter le pass sanitaire, je suis le plus heureux des hommes ». Face à l’amélioration de la situation épidémique, Emmanuel Macron a évoqué la semaine passée la possibilité de « revivre normalement » et « donc de lever le pass […] là où le virus ne circule quasiment plus », sans toutefois avancer de date précise. Quelques jours plus tard, on apprenait qu’un projet de loi pour proroger le dispositif au-delà du 15 novembre était « en cours d’élaboration » pour une présentation le 13 octobre en Conseil des ministres. L’exécutif semble souffler le chaud et le froid sur ce sujet clivant, que la majorité voudrait bien régler avant le début de la campagne présidentielle 2022.

Le pass sanitaire, bientôt dans le droit commun ?

Mercredi, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a affirmé que le pass sanitaire était maintenu, mais que l’exécutif allait « continuer à travailler sur une adaptation » prenant en compte les taux d’incidence et le pourcentage de population vaccinée dans chaque département. « A court terme, la situation sanitaire s’améliore, on va pouvoir alléger le dispositif, et l’on peut imaginer que l’approche territoriale est la bonne, comme pour le port du masque dans les écoles », assure Roland Lescure, député LREM des Français d’Amérique du Nord et porte-parole du parti présidentiel. « Pour autant, ce n’est pas parce que cette arme contre le Covid-19 devient moins utile qu’il ne faut pas la garder à la ceinture », ajoute-t-il.

C’est dans cet esprit que l’exécutif veut prolonger le cadre d’application du pass sanitaire, qui expire le 15 novembre prochain. « A partir de fin février, les députés ne seront plus en session et on rentrera en période électorale jusqu’à fin juin avec les législatives. Il faut donner au gouvernement des moyens d’agir en cas de pics épidémiques », abonde le député LREM de Paris Sylvain Maillard.

« Le pass sanitaire a été mis en place dans le cadre d’une loi d’urgence, et il a démontré son efficacité. Aujourd’hui, il pourrait rentrer dans le droit commun, comme le carnet de vaccination pour les enfants ou le permis de conduire, c’est-à-dire comme un outil qu’on doit avoir sous la main, et qu’on peut sortir en cas de besoin », plaide Anne Genetet, députée d’Asie-Océanie-Europe orientale et porte-parole du groupe LREM.

Un enjeu de campagne 2022 ?

La mobilisation contre le dispositif, en baisse semaine après semaine, reste toutefois importante, avec 199 rassemblements en France samedi dernier et 80.000 manifestants, selon le ministère de l’Intérieur. La prolongation de la mesure risque de crisper de nouveau les débats. « Au rythme où vont les choses, on sera depuis deux ans dans une période exorbitante du droit commun où les libertés ont pris quelques coups dans la figure », a mis en garde le député LR Philippe Gosselin à Franceinfo.

A l’approche de la présidentielle, ce sujet clivant pourrait devenir un handicap pour Emmanuel Macron, alors que Marine Le Pen a justement mis la défense « des libertés » au cœur de son début de campagne. « Ceux qui assimilent le pass sanitaire à un recul des libertés représentent une minorité. Ça ne prend pas dans l’opinion. Il y a, globalement, une adhésion à la gestion gouvernementale de la crise sanitaire », balaie-t-on dans l’entourage de Jean Castex.

La majorité espère en tout cas régler cette question avant le début de la campagne présidentielle. « Ce débat de prolongation est important, mais il ne faut pas l’avoir en pleine campagne électorale », confie Roland Lescure. D’autant que la lassitude des Français commence à poindre. Selon une enquête Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro publié jeudi, 51 % des Français restent toujours favorables à ce dispositif, mais c’est six points de moins qu’au début du mois de septembre.