A Aix-en-Provence, la mairie est plus que jamais une affaire de famille

EN FAMILLE Démissionnaire, Maryse Joissains, réélue maire d’Aix-en-Provence l’an passé, cède le poste de maire à sa fille, Sophie, seule candidate dans la séance du conseil municipal prévue

Alexandre Vella
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Maryse (au c.), Sophie (second rang) et Alain (à d.) Joissains lors des élections municipales de 2014 à Aix-en-Provence
Maryse (au c.), Sophie (second rang) et Alain (à d.) Joissains lors des élections municipales de 2014 à Aix-en-Provence — Rigaud / Sipa
  • Maryse Joissains, a démissionné de son poste de maire d’Aix-en-Provence le 1er septembre dernier pour des raisons de santé.
  • Elle est par ailleurs dans l’attente d’une condamnation à trois ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts.
  • Sa fille, Sophie, seule candidate, devrait lui succéder et occuper ainsi le siège détenu par son père, puis sa mère.
  • Impuissante, l’opposition ne peut que symboliquement contester cette transmission de pouvoir.

Dans la famille Joissains, je voudrais la fille, Sophie. Prévu ce vendredi, le conseil municipal d'Aix-en-Provence devrait voir à sa tête la fille, Sophie Joissains (UDI), succéder à sa mère, Maryse Joissains (LR), réélue en juin dernier. Elle-même avait été élue maire en 2001, deux décennies après son mari, Alain, qui occupa cette fonction de 1978 à 1983, avant d’être condamné à deux ans de prison avec sursis pour « recel d’abus de biens sociaux ».

A 79 ans, gagnée par la maladie, Maryse Joissains a démissioné début septembre pour des raisons de santé, alors que l’attend très vraisemblablement une peine d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts, dans une procédure débutée en 2014. Une condamnation prononcée en appel en 2019, puis renouvelée en décembre 2020 après une annulation sur la forme, et pour laquelle elle a épuisé tous les recours juridiques possibles alors que la Cour de cassation devrait rendre son jugement définitif dans les semaines à venir.

L’opposition dénonce « une mascarade »

Forcément, face à cette passation de pouvoir, Sophie Joissains étant seule candidate, l’opposition grince des dents, à commencer par Anne-Laurence Petel, présidente du groupe d’opposition Aix au cœur, et par ailleurs députée LREM. « Ce qu’il va se passer vendredi est une mascarade », dénonce Anne-Laurence Petel. « Maryse connaissait l’épée de Damoclès judiciaire qui pendait au-dessus de sa tête, elle voulait donner le fauteuil de maire à sa fille », estime-t-elle. « Sinon, c’est Sophie qui aurait été présentée en 2020 », ajoute-t-elle.
 

Autrement dit, une succession savamment préparée. Analyse à laquelle souscrit Cyril Di Méo, élu d’opposition PS du groupe Aix en partage. « Ils sont très forts. Ça fait 20 ans que j’essaye de les décaniller », concède le conseiller municipal, déjà élu d’opposition entre 2001-2008, avant de revenir en 2020. Marc Pena, président du groupe Aix en partage pousse un peu plus loin. « En invoquant son état de santé, qui s’est incontestablement dégradé, Maryse Joissains déconnecte sa démission de la décision de justice et offre une virginité politique à sa fille ».

« C’est juste précipité, j’avais prévu de me présenter en 2026 »

Sophie Joissains n’est pas pour autant une nouvelle venue en politique. Entre autres, sénatrice de 2008 à 2020, élue conseillère régionale sur la liste de Renaud Muselier en juin dernier, élue sur la liste de sa mère dès 2008, l’opposition lui reproche essentiellement de n’avoir jamais « mis sa tête sur le billot électoral » et « gagné une élection sur son prénom ». Elle, conteste toute « succession ». « Ça c’est juste précipité, j’avais prévu de me présenter en 2026 », exprime Sophie Joissains qui n’envisage pas de reconvoquer des élections. Une éventualité qui n’aurait pas déplu à Anne-Laurence Petel. LREM, qui a remporté les deux cantons aixois aux élections départementales de juin dernier, dispose visiblement d’une assise électorale certaine sur Aix et avait perdu les municipales, devancée de 10 points par la liste de Maryse Joissains dans une triangulaire.

Un fol espoir

Celle-ci cherche même à le provoquer, mettant dans la balance la démission des neuf élus de son groupe. Mais même si les six élus de l’opposition de gauche faisaient de même, ce à quoi ils ne sont pas encore prêts sans défection dans la majorité, il manquerait encore quatre démissionnaires pour provoquer la dissolution du conseil et contraindre à de nouvelles élections. Et trouver quatre frondeurs dans la majorité est hautement improbable. « Tous ceux qui se sont opposés dans la majorité aux Joissains ont été mis au ban », observe Anne-Laurence Petel. Stéphane Salord en 2009, François-Xavier De Perreti, en 2014, deux anciens adjoints de Maryse Joissains, ont tenté l’aventure respectivement en 2009 et 2014. « Leurs têtes gisent dans le caniveau politique », juge Cyril Di Méo.

« Il y a bien des familles de boulangers ou de médecins »

Vendredi, l’opposition devrait, à défaut de voir des têtes tomber, ne pas prendre part lors du conseil municipal au vote, voire, pour certains de ses membres, quitter la séance. Pas de quoi faire sourciller Sophie Joissains, élevée à bonne école. « L’opposition, s’oppose, c’est son rôle. Cela me semble tout à fait démocratique » lance celle qui, sauf improbable coup de théâtre, devrait occuper dès vendredi le fauteuil qui fut un temps celui de son père et de sa mère. « Il y a bien des familles de boulangers ou de médecins, il n’est pas rare que des familles, même en politique, suivent le même milieu professionnel », conclut-elle.