Présidentielle 2022 : La « radicalité » de Sandrine Rousseau peut-elle balayer Yannick Jadot à la primaire écologiste ?

CAMPAGNE Le positionnement de la candidate se distingue du pragmatisme de Yannick Jadot, son concurrent au second tour de la primaire écologiste

Thibaut Le Gal
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Yannick Jadot et Sandrine Rousseau.
Yannick Jadot et Sandrine Rousseau. — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • En obtenant 25,14 % des voix dimanche, Sandrine Rousseau s’est qualifiée pour le second tour de la primaire écologiste face à Yannick Jadot, en tête à 27,7 %.
  • L’économiste met en avant sa « radicalité » face au pragmatisme de son concurrent.
  • « Je conteste la conception qui est donnée de la radicalité », a répondu Yannick Jadot ce lundi, qui mise malgré tout sur son profil rassembleur pour l’emporter.

Pour certains, elle est la surprise de la primaire écologiste. Avec 25,14 % des voix, Sandrine Rousseau s’est qualifiée dimanche pour le second tour face à Yannick Jadot, arrivé légèrement en tête à 27,7 %. « Le temps des petits pas et de l’accompagnement n’est plus le moment », a lancé la candidate, revendiquant un clivage avec son concurrent. «  Yannick Jadot porte une écologie que je respecte mais qui n’est pas la mienne. Moi, je suis une écologiste de gauche, radicale, sociale », a-t-elle prévenu.

« Il y a un désir de radicalité dans la société »

Peu connue du grand public, en retrait de sa famille politique après l’affaire Baupin, Sandrine Rousseau a émergé dans cette primaire sur une ligne « écoféministe ». « Nous prenons, nous utilisons et nous jetons les corps des femmes, des plus précaires dans la société et des racisés. Nous ne voulons plus de ce système-là, c’est la révolution que je vous propose », dit-elle fin août aux Journées d’été à Poitiers, dans un discours très applaudi par les militants. L’économiste séduit en défendant une « écologie radicale », défendant le revenu d’insertion, une réforme de la fiscalité plus égalitaire, et la lutte contre les prédations.

« Il y a un désir de radicalité dans la société, car les gens sentent bien l’urgence climatique. Le temps des demi-mesures est révolu, et ce n’est pas avec la social-démocratie qu’on va changer les choses », défend son porte-parole Thomas Portes, ciblant en creux le positionnement de Yannick Jadot.

« La radicalité de Yannick, c’est de mettre l’écologie au pouvoir »

Mais l’eurodéputé refuse de se laisser enfermer dans la case « écolo-pragmatique ». « Je conteste la conception qui est donnée de la radicalité », s’est exclamé Yannick Jadot sur France Inter lundi. « La radicalité, ce ne sont pas des mots : ça fait 30 ans que je suis écolo, j’ai été avec les paysans pour lutter contre le libre-échange, j’ai été avec les femmes opprimées au Bangladesh, j’ai été espionné par EDF, j’ai arraché des OGM. »

En récoltant seulement un quart des voix, le grand favori du scrutin est toutefois loin d’avoir partie gagnée. Contrairement à ce qu’espérait son camp, la large participation (106.000 voix exprimées) n’a pas permis de tuer le match au premier tour. Et même s’il bénéficie d’une meilleure notoriété auprès du grand public, le candidat doit d’abord séduire les militants et sympathisants écologistes les plus politisés. Il ne peut donc se laisser enfermer dans l’aile droite d’EELV, notamment après les bons scores d’Eric Piolle et de Delphine Batho, à plus de 22 %.

« La radicalité de Yannick, c’est de mettre l’écologie au pouvoir, d’agir en actes et non en paroles. C’est tout ce que montre son parcours. Il n’a jamais rien cédé aux lobbys, de son passage à Greenpeace au combat contre la pêche électrique au Parlement européen », dit de lui Eva Sas, porte-parole d’EELV et soutien de Jadot.

La radicalité peut-elle rassembler le plus grand nombre ?

Ses proches louent aussi son profil consensuel, plus à même de rassembler une majorité de Français. « Les écologistes souhaitent passer un cap, ne plus être dans le témoignage. On l’a fait dans les villes de plus de 100.000 habitants [aux municipales de 2020], on veut le faire maintenant au niveau national », poursuit Eva Sas. « On sort d’un quinquennat de mise en tensions. Il faut rassembler autour d’un projet et – c’est peut-être la principale différence – Yannick souhaite le faire avec les forces syndicales, les ouvriers de l’industrie, les agriculteurs… »

Car si Sandrine Rousseau a séduit une partie des écologistes par son discours « cash », ses interventions tranchées se sont parfois accompagnées de controverses. Comme lorsqu’elle assure que « l'écologie, ce n'est pas des hommes blancs à vélo », ou qu’elle dit sa préférence pour « les femmes qui jettent des sorts aux ingénieurs qui construisent des EPR ». Ces sorties radicales pourraient-elles repousser une partie des électeurs ? « La radicalité est la seule manière de gagner, répond Thomas Portes. Sandrine Rousseau a fait revenir des gens dégoûtés de la politique, en se faisant le porte-voix des colères et des discriminations ».

Alain Coulombel, soutien d’Eric Piolle, résume le choix des prochains jours. « Il s’agit plus d’une question de communication que de fond, car le projet d’EELV est déjà radical. En réalité, quel est le meilleur moyen pour faire basculer une partie de l’opinion sur l’urgence climatique ? », interroge le porte-parole d’EELV. « Yannick Jadot mise plutôt sur l’apaisement pour ne pas effrayer l’opinion publique. Sandrine Rousseau incarne, elle, le thème de l’urgence de manière plus tranchée, en écho à la partie la plus politisée de l’opinion publique, notamment les jeunes, qui ont un désir de radicalité. »