Présidentielle 2022 : Sortir un livre, l'arme ultime du candidat en campagne ?

ELECTIONS De nombreux candidats à la présidentielle sortent un livre programme cette année

Jean-Loup Delmas
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Un livre en politique n'a pas besoin de style, de pages ou même d'idées : il n'a besoin que d'exister
Un livre en politique n'a pas besoin de style, de pages ou même d'idées : il n'a besoin que d'exister — PATRICK HERTZOG / AFP
  • C’est la mode avant chaque présidentielle : la publication de nombreux livres politiques de la part des (futurs) candidats.
  • Un tel ouvrage est vu comme une arme efficace et à moindres frais pour la course à l’Elysée.
  • Mais la méthode souffre de nombreuses limites.

Si vous êtes à la recherche d’un candidat à la présidentielle, deux endroits sont à privilégier pour espérer le trouver. La campagne, pour montrer son attachement à la France profonde et son humilité. Et la librairie du coin, où il aura probablement sorti un nouveau  livre présentant son programme pour 2022. Ce mercredi sort Une femme française *, d' Anne Hidalgo, quelques jours seulement après l’annonce de sa candidature à l’Elysée. Parmi les éventuels candidats, François Roussel, du Parti communiste, et Eric Zemmour ont également sorti des livres programmes.

Cet élan littéraire n’est évidemment pas dénué d’intérêt, car un livre reste une formidable arme en politique, a fortiori à l’approche des élections. Pourtant, le livre politique se vend très peu, et se lit encore moins hors du cercle militant, à quelques exceptions près. « Le succès d’un livre écrit par un politique dépend largement de la notoriété de son auteur, explique Axel Assouline, conseiller en communication et intervenant à la Sorbonne. Cela est donc extrêmement variable et va de 58 exemplaires, comme le livre de Christine Boutin, à près de 300.000 exemplaires pour les livres de Nicolas Sarkozy. Mais globalement, ils se vendent peu ».

Culture littéraire française

Voici donc le paradoxe du livre politique : il n’est pas vraiment fait pour être lu, et c’est même là que réside son secret. « Aucun électeur indécis ne va lire tous les livres de tous les candidats pour se décider », s’amuse Benjamin Morel, docteur en Sciences politiques à l’ENS. Le livre n’en reste pas moins une arme pour autant, ou plutôt une posture, a fortiori en France. Car notre pays compte une tradition de dirigeants lettrés et très cultivés, des Mémoires de De Gaulle aux écrits de Mitterrand ou Giscard d’Estaing, en remontant à ceux de Jaurès, Hugo et autres Clemenceau.

Du beau monde à imiter, mais pas si simple. « Ecrire un livre ne fait pas d’un homme politique un érudit ou un lettré. Je pense notamment à Gérard Larcher, Jean-François Copé, Nadine Morano… On ne devient pas lettré comme ça, cela nécessite une vraie histoire et culture personnelle », tranche Axel Assouline. Pour lui, peu de politiques peuvent d’ailleurs se targuer de cette étiquette : « François Bayrou, Alain Juppé ou Jean-Luc Mélenchon sont les héritiers de cette tradition politico-littéraire française », avance-t-il.

Confort médiatique

Mais qu’importent le style ou le degré de « lettritude », le livre peut être la preuve ultime que vous avez des choses à dire et des idées en tant que candidat(e). « Si vous avez écrit tout un livre, c’est que vous avez pensé la société et votre programme politique », appuie Benjamin Morel. Des idées qui, de fait, s’imposent lors des sollicitations médiatiques : « C’est le livre politique qui sert de prétexte pour les interviews. Ce sont donc les sujets du livre, choisis par le candidat, qui font les questions. Et ce dernier se retrouve dans une position confortable », poursuit le docteur.

Ce qui nous amène au troisième grand intérêt du livre politique : glaner des plateaux de télévisions supplémentaires ou des articles à peu de frais. Pas un hasard si la majorité des ministres sortent également des livres en ce moment. Axel Assouline : « Lors d’une traversée du désert ou un passage à vide, le livre politique fait office de "carte postale" : faire que ses sympathisants et le public ne l’oublient pas, tout en amorçant un retour ».

De là à penser que le livre d’Anne Hidalgo ne pourrait contenir que des pages blanches que ça ne changerait rien ? « C’est la fétichisation du livre qui compte », conclut Benjamin Morel. Idem pour son nombre de ventes, cela n’aura que peu d’importance. Anne Hidalgo vient de sortir un livre. Et la principale info à retenir de ces 250 pages, c’est qu’Anne Hidalgo est en campagne pour la présidentielle.

* « Une femme française », d’Anne Hidalgo, éd. de l’Observatoire, 18 euros.