Présidentielle 2022 : « Emmanuel Macron a tout intérêt à officialiser sa candidature le plus tard possible », explique Stéphane Rozès

INTERVIEW Pour le politologue Stéphane Rozès, Emmanuel Macron a raison de temporiser sur une campagne officieuse au lieu de se déclarer déjà pour 2022

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas
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Emmanuel Macron, président-candidat en campagne discrète
Emmanuel Macron, président-candidat en campagne discrète — Ian LANGSDON / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron continue sa campagne officieuse pour 2022 dans les territoires, ce vendredi
  • Alors que sa candidature est une évidence, le président ne se déclare toujours pas.
  • Pour le politologue Stéphane Rozès, Emmanuel Macron a raison de capitaliser sur cette stratégie de non-officialisation.

A sept mois de la présidentielle 2022, Emmanuel Macron part en campagne. Littéralement, puisqu’il a rendez-vous ce vendredi dans les Alpes de Haute-Provence pour assister à la « plus grande fête agricole en plein d’air d’Europe ». L’occasion rêvée de lancer une opération séduction du monde agricole, dont le vote est traditionnellement porté chez les Républicains ou le Rassemblement national.

Pour le moment, malgré le genre de manœuvre visible comme le nez au milieu de la figure, le président ne se déclare pas officiellement candidat. Pour le politologue Stéphane Rozès, président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), Emmanuel Macron a tout intérêt à repousser au maximum l’évidence.

Le président est-il en campagne ?

Le président ne s’est pas lancé officiellement dans la campagne, mais en réalité, il l’est. Cette campagne présidentielle ne ressemble à aucune autre, et l’état de sidération du pays lié à la crise lui est bénéfique : plus les Français sont sous le choc de l’épidémie, plus Emmanuel Macron apparaît comme l’homme qui tient le pays et qui l’a tenu dans cette épreuve. En conséquence, il n’a pas intérêt à se lancer trop tôt officiellement dans la campagne, la stature de président sortant le pays des vagues de coronavirus lui est bénéfique.

Mais selon moi, son début de campagne officieuse s’est fait lors de son interview dans Zadig, où il commence à construire une cohérence entre son analyse de sa présidence, de la période, de la fonction présidentielle, et de commencer à dessiner des idées.

Ne risque-t-il pas d’être critiqué s’il fait campagne alors que le pays n’est pas certain d’en avoir fini avec la crise du coronavirus ?

Il est dans une posture où il doit être prêt pour la présidentielle mais où il ne faut pas qu’il échappe à son rôle de président. Non seulement, ce rôle de président lui permet de se servir de l’atout de cette fonction pour saturer l’espace politique de sa présence, mais il y a une presque noblesse à faire croire qu’il est plus concentré sur le pays que sur son ambition personnelle. En plus, il n’a pas besoin de raconter ce qu’il va faire pour les cinq prochaines années : la population le connaît déjà en tant que président. Et on préfère un malheur connu à une promesse de bonheur.

De plus, lors de cette rentrée, son bilan paraît loin d’être désastreux. Les Français étaient inquiets de deux choses : le covid avec la mort qui rôde et qui pouvait frapper n’importe qui – mais maintenant elle ne frappe quasiment plus que les non-vaccinés –, et la peur d’un effondrement économique, mais pour l’heure, les réponses semblent bonnes. Ce serait donc un très mauvais timing de délaisser son costume de président qui réussit pour être candidat.

Ne pas se déclarer, c’est laisser aussi les autres candidats le faire. Alors que des programmes et des ambitions électorales se dévoilent dans tous les camps politiques, trop attendre peut-il être fatal à Emmanuel Macron ?

Pour l’instant, il n’y a pas tant que ça de candidats officiellement déclarés. Et au contraire, le fait de temporiser est là aussi à son avantage. Déjà, comme nous l’avons dit, il n’a pas besoin de présenter son programme – on l’a vécu pendant cinq ans, ni évidemment de se faire connaître. Cela l’épargne également contre certaines critiques, non seulement il n’est pas encore officiellement candidat donc le viser, lui, est étrange, et le fait d’être toujours plus président que candidat modère les critiques, car attaquer trop durement un président, donc un poste qu’on vise nous-même, reviendrait à un affaiblissement dans la fonction publique qu’on convoite.

Du coup, le bon timing pour se déclarer, c’est quoi ?

Cela est avant tout une question de timing et de contenu, il a intérêt à monter en puissance dans sa campagne officieuse, et d’annoncer comme une évidence sa candidature le plus tard possible, afin que les autres candidats ne puissent se positionner face à lui de façon nette que très tardivement, et une campagne très courte se présente sous les meilleurs auspices pour lui. Il ne laisse pas de marge de manœuvre aux autres.