Présidentielle 2022 : La politique anti-voitures d’Anne Hidalgo, un obstacle sur sa route vers l’Elysée ?

STRATEGIE La maire de Paris enchaîne les mesures visant à limiter la place de l’automobile dans la capitale. Mais alors qu’elle se prépare à être candidate à la présidentielle, ce que le PS veut voir comme une force pourrait lui compliquer la tâche

Tom Hollmann
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Anne Hidalgo, à Nantes, le 9 septembre 2021 (Illustration)
Anne Hidalgo, à Nantes, le 9 septembre 2021 (Illustration) — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA
  • 30 km/h, fermeture des voies sur berge, stationnement payant pour les deux roues… Anne Hidalgo n’a de cesse de vouloir limiter la place des véhicules motorisés à Paris.
  • Des mesures globalement appréciées par les parisiens, qui s’avèrent cependant bien moins consensuelles à l’échelle nationale.
  • Alors qu’elle s’apprête à déclarer sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, c’est avant tout sur son image parisiano-centrée que va devoir travailler la maire de Paris.

Deux-roues motorisés, voitures… Elle les a tous mis au pas ! Depuis le lundi 30 août, Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris a fait limiter la vitesse maximale autorisée dans la capitale à 30 km/h. La suite d’une longue série de mesures visant à limiter la place de l’automobile dans la capitale, après la fermeture des voies sur berges, la mise en place du stationnement payant des deux roues, ou encore la hausse du prix du stationnement.

« Anti-bagnole » pour l’opposition, écologique et sécuritaire pour ses équipes, la politique d’Anne Hidalgo en matière de transports suscite en tout cas l’adhésion chez une majorité de parisiens : 61 % d’entre eux, selon un sondage Ifop*, sont ainsi favorables à la mesure des 30 km/h. Une dynamique commune à l’ensemble des grandes villes, selon un autre sondage** du même institut, d’après lequel près de deux tiers des habitants des 40 villes de plus de 100.000 habitants sont favorables à la réduction de la place de l’automobile.

« Anne Hidalgo accentue les fractures territoriales »

Sauf que l’Hôtel de Ville n’est plus la seule préoccupation d’Anne Hidalgo, qui doit officialiser sa candidature à l’élection présidentielle de 2022 dimanche, à Rouen. Et dans un pays, où 74 % des actifs (soit 18,4 millions de personnes) utilisent un véhicule motorisé pour se rendre au travail, de telles mesures, notamment chez les classes populaires, risquent de représenter un sacré frein dans la campagne présidentielle de la future candidate. « Il est vrai qu’en dehors des grandes villes, l’adhésion aux mesures de réduction de la place de l’automobile est bien moins consensuelle, selon nos études, 51 % des Français y sont toujours opposés. Anne Hidalgo ne doit pas oublier que 24 % de la population vit en communes rurales », analyse Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop.

Pour ses adversaires politiques, notamment au cœur de la région Île-de-France, présidé par la droite de Valérie Pécresse, la critique n’en est que plus facile. « Quand on voit comment Paris est géré, on peut avoir des inquiétudes légitimes sur ce qu’elle serait en mesure de faire une fois présidente », tacle Othman Nasrou (LR), deuxième vice-président de la région francilienne. Il déplore une collaboration compliquée entre la municipalité de la capitale et sa région : « Que Madame Hidalgo satisfasse son électorat, très bien. Qu’elle prenne des mesures écologiques, très bien. Mais ce que nous déplorons, c’est l’absence de concertation. En gérant Paris comme si cette dernière était coupée de sa région, elle accentue les fractures territoriales, or il me semble que c’est un des grands enjeux de cette présidentielle. »

Pour Othman Nasrou, la volonté d’Anne Hidalgo de supprimer une voie du périphérique parisien et d’y installer des feux rouges, est un exemple clé. « Ce que la maire de Paris oublie ici, c’est que la grande majorité des trajets effectués sur le périphérique le sont par des Franciliens. Il me semble pourtant qu’eux aussi, sont essentiels à l’économie de la capitale. Pourquoi les stigmatiser à tout prix ? », s’interroge-t-il.

« Il ne faut pas confondre le municipal et le national »

Au sein du Parti socialiste, on préfère y voir une force : « Anne Hidalgo fait preuve d’un volontarisme écologique remarquable, sa politique fait parfois des crispations, certes, mais en tant que maire de Paris, sa priorité reste les parisiens, elle n’a fait que tenir ses engagements », souligne Rémi Féraud, sénateur socialiste proche de la future candidate à la présidentielle. « Mais il ne faut pas confondre le municipal et le national, prévient-il. Si elle est élue présidente, les Français dans leur ensemble seront sa priorité, et la justice sociale sera une boussole. Emmanuel Macron a suscité la crise des Gilets Jaunes avec une politique fiscale trop dure à l’égard des classes défavorisées, cette erreur ne sera pas la nôtre ».

En devenant candidate à l’élection présidentielle, l’image d’elle-même que veut renvoyer Anne Hidalgo ne restera indéniablement pas la même. Sa volonté, décrite dans L’Obs, de monter une « équipe de France des maires », en est un exemple. « Ce sera l’occasion pour elle de se détacher de son parisianisme et de pallier son manque d’expérience dans les territoires. Elle mettra en exergue sa pugnacité, sa capacité de projection à moyen terme, mais également ses origines de fille d’immigrés. Faire un copier/coller de sa politique municipale n’aurait que très peu d’écho », se projette Frédéric Dabi.

Ce même parisianisme risque tout de même de lui coller à la peau. « Anne Hidalgo, contrairement à d’autres candidats qui ont eu la même fonction municipale, n’a exercé aucun autre poste à responsabilité. Jacques Chirac disposait par exemple de fortes attaches territoriales en Corrèze et avait déjà été ministre. C’est indéniablement une faiblesse et certains candidats, comme Arnaud Montebourg avec son discours » France d’en bas « commencent déjà à se construire en opposition à son image », observe le politologue Frédéric Sawicki. Si elle veut avoir une chance en 2022, espérons que « l’équipe de France des maires » d’Anne Hidalgo ne lui vienne pas à la rescousse en voiture…

* : Etude Ifop pour Mister Turbo, menée auprès d’un échantillon de 1.008 personnes, représentatif de la population de la commune de Paris âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par arrondissement. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 24 août 2021.

** : Étude Ifop pour Caroom, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 16 septembre 2020 auprès d’un échantillon de 1.017 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine, et d’un échantillon de 1.031 personnes, représentatif de la population vivant dans les villes de 100.000 habitants et plus.