Présidentielle 2022 : Yannick Jadot part-il vraiment avec un train d’avance dans la primaire écologiste ?

CAMPAGNE A une dizaine de jours du début du premier tour de la primaire, les sondages semblent plutôt favorables au député européen Yannick Jadot, mais le scenario n’est pas écrit pour autant…

Delphine Bancaud
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Yannick Jadot, députe européen et candidat à la primaire EELV pour la présidentielle 2022.
Yannick Jadot, députe européen et candidat à la primaire EELV pour la présidentielle 2022. — Jean Michel Nossant/SIPA
  • Le premier tour du scrutin, ouvert à l’ensemble des sympathisants écologistes, aura lieu du 16 au 19 septembre.
  • Yannick Jadot doit convaincre sa famille politique, mais encore beaucoup d’incertitudes pèsent sur la suite des évènements…

Va-t-il obtenir un ticket vert pour la présidentielle ? L’eurodéputé Yannick Jadot fait partie des cinq candidats à l’investiture écologiste pour l’élection présidentielle. Le premier tour de la primaire, ouverte à l’ensemble des sympathisants écologistes, aura lieu du 16 au 19 septembre. Ce dimanche, il s’est déjà confronté à ses concurrents lors du premier débat, organisé par France Inter et France info. « Il s’est un peu détaché des autres par son ton posé, très professionnel », commente Daniel Boy, directeur de recherche émérite au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et spécialiste de l’écologie politique en France.

Une sérénité affichée sans doute en lien avec le signal positif reçu ce samedi : un sondage Ipsos-Sopra Steria pour France Info et Le Parisien indiquait que 69 % des sympathisants EELV estimaient qu’il serait le meilleur candidat écologiste en vue de l’élection présidentielle de 2022. « Ce résultat est très fortement corrélé au degré de notoriété de Yannick Jadot. Alors que les quatre autres candidats sont pour l’instant moins bien connus », analyse Simon Persico, professeur en science politique à Sciences Po Grenoble. Le même jour, le député écologiste (ex-LREM et proche de Nicolas Hulot) Matthieu Orphelin lui a apporté son soutien, déclarant que Yannick Jadot était « celui qui aujourd’hui incarne le mieux une écologie ouverte, une écologie qui parle au plus grand nombre, une écologie qui rassemble ».

Les résultats des primaires déjouent souvent les pronostics

L’eurodéputé possède des atouts qui pourraient le faire apparaître comme le candidat naturel de sa famille politique. Il a été le vainqueur de la dernière primaire en 2016, il a été tête de liste d’Europe-Écologie-Les-Verts aux élections européennes de 2019. « Jadot apparaît comme le candidat le plus consensuel. Et selon un sondage Ipsos-Sopra Steria pour franceinfo et Le Parisien publié vendredi, s’il était désigné candidat à l’issue de la primaire écologiste, Yannick Jadot arriverait 4e au premier tour de la présidentielle avec 10 à 11 % d’intentions de vote. Ce qui assurerait au parti d’être remboursé des frais de campagne », analyse Daniel Boy.

Sauf que l’histoire politique est peuplée de leaders qui ont fini outsiders. Et que les primaires recèlent de surprises : « En 2011, Nicolas Hulot avait été battu par Eva Joly, considérée pourtant comme moins légitime par le grand public et les médias. Idem en 2016, où Cécile Duflot a été éliminée au premier tour. C’est souvent le candidat le plus connu qui perd la primaire. Je me garderai de la moindre prédiction », souffle Simon Persico. Autre raison de l’incertitude qui plane sur les résultats de la primaire, selon Daniel Boy : « Les 35.000 à 40.000 personnes qui s’y sont inscrits ne sont pas tous des sympathisants EELV [il y aura aussi des adhérents de Générations, du Mouvement des progressistes, de Génération écologie et de l’Alliance écologiste indépendante]. Du coup, les participants auront des positionnements politiques différents et il est difficile de savoir vers qui ils pencheront. Par ailleurs, les votants peuvent refuser de se faire imposer un vainqueur par les médias ».

Certains Verts lui ont même reproché d’être trop « Macron compatible »

Difficile aussi de dire si certains des concurrents de Yannick Jadot ne vont pas tirer leur épingle du jeu. Concernant les programmes de chacun, les lignes ne différent pas fondamentalement, hormis Jean-Marc Governatori. « Il n’y a pas de marqueur très distinctif sur le plan idéologique entre Batho, Piolle, Rousseau et Jadot », observe Simon Persico. Yannick Jadot plaide pour un investissement massif dans la rénovation thermique des logements, un impôt sur le patrimoine, une TVA réduite pour les produits bio ou recyclés, l’interdiction de l’importation de produits contribuant à la destruction de la biodiversité, la sortie de l’élevage industriel… Des idées partagées par ses principaux concurrents.

Mais c’est surtout sur le positionnement politique que les candidats se démarquent. « Jadot représente d’une certaine manière la droite des Verts, ce qui se perçoit dans ses stratégies d’alliance et de communication. Certains militants écolos lui reprochent d’avoir participé à la manifestation des policiers en mai à Paris. Et il n’est pas prêt à défendre une alliance avec LFI, son regard porte plus vers le PS. Alors que Sandrine Rousseau est davantage positionnée à gauche et Eric Piolle représente le barycentre. Quant à Delphine Batho et Jean-Marc Governatori, ils représentent plutôt les environnementalistes », relève Simon Persico. Certains Verts lui ont même reproché d’être trop libéral ou trop « Macron compatible », ce qui le hérisse.

Ne pas faire de vague dans les prochains jours

A dix jours du premier tour de la primaire, certains candidats pourraient s’appuyer sur leurs points forts pour gagner du terrain. « Eric Piolle a remporté deux fois l’élection municipale à Grenoble, en 2014 et en 2020. Il a des réseaux solides à l’intérieur du parti. Et à l’extérieur, il est soutenu par des acteurs à gauche et à droite des Verts, comme le député ex-LREM, Aurélien Taché. », estime Simon Persico. Même Sandrine Rousseau qui faisait figure d’outsider, pourrait étonner : « Elle s’est aussi assuré une assez forte visibilité dans la campagne avec des convictions fortes. Elle sait susciter l’attention, ce qui peut lui permettre de mobiliser des électeurs sensibles aux thèmes qu’elle met en avant », poursuit-il.

Pour consolider ses chances avant la primaire, l’euro député « adoptera sans doute la stratégie de la moindre prise de risque », anticipe Simon Persico. Car il sait très bien que le train ne passera peut-être pas deux fois : « Nous avons l’occasion historique de gagner l’élection présidentielle », avait-il d’ailleurs déclaré le 31 août sur TF1…

**Enquête Ipsos-Sopra Steria pour France Info et Le Parisien réalisée auprès d’un échantillon de 925 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées par Internet les 2 et 3 septembre (méthode des quotas).

**Sondage Ipsos-Sopra Steria pour franceinfo et Le Parisien, réalisé sur le terrain les 2 et 3 septembre 2021 auprès d'un échantillon de 925 personnes inscrites sur les listes électorales et représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.