Présidentielle 2022 : A Marseille, Emmanuel Macron pose les jalons de sa future campagne

ELECTION EN VUE Le président de la République est en déplacement dans la cité phocéenne pour trois jours à compter de ce mercredi

Tom Hollmann
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Emmanuel Macron sur le Vieux-Port de Marseille en septembre 2017
Emmanuel Macron sur le Vieux-Port de Marseille en septembre 2017 — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • Ecoles, sécurité, logement… Emmanuel Macron doit présenter un plan baptisé « Marseille en grand » lors d’un déplacement de trois jours. Il parlera aussi d’écologie en ouverture du Congrès mondial de la nature.
  • Le chef de l’Etat, qui n’a pas encore annoncé sa candidature pour la présidentielle, s’empare ainsi de thèmes jugés centraux pour la campagne à venir.
  • Difficile, pour l’opposition, de ne pas y voir, à huit mois du scrutin, un agenda politique.

Après la rentrée de la plupart des formations politiques françaises au cours des derniers jours, voici venu le tour du chef de l'Etat. Pour son retour sur la scène politique intérieure après une riche séquence internationale marquée par la crise en Afghanistan, Emmanuel Macron est en déplacement dans la cité phocéenne pour trois jours à partir de ce mercredi. Un séjour d’une durée inédite durant lequel il doit annoncer un plan d’ampleur pour la deuxième ville de France, en proie à l’insécurité et au délabrement. Le président de la République va enchaîner les annonces sonnantes et trébuchantes en matière d’éducation, de transports et de sécurité, avant de faire l’ouverture du congrès mondial de la nature de l’UICN.

L’occasion de s’emparer de sujets qui seront au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Mais attention, prévient l’Elysée, « il n’y a aucune volonté politique dans ce déplacement, si ce n’est celle de répondre aux besoins de la ville, confrontée à des urgences aussi bien économiques que sociales, éducatives et sécuritaires ». Vraiment ?

« Un déplacement de précampagne aux frais des Français »

« Marseille a besoin de moyens, c’est un fait, reconnaît Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement National. Mais je crains que ce ne soit qu’un déplacement de précampagne aux frais des Français. » Une suspicion partagée par Agnès Evren, porte-parole des Républicains, selon laquelle le format du déplacement d’Emmanuel Macron, à huit mois du premier tour de l’élection, ne laisse que peu de doutes quant à ses intentions. « Le président de la République n’a jamais été à l’aise avec le régalien – son truc, c’est l’économie. Il réalise que la droite a un boulevard devant elle dans ce domaine et tente de s’en saisir. Un plan à Marseille, très bien, mais pourquoi maintenant ? », s’interroge-t-elle.

« Des motivations politiciennes ? Allez dire cela aux mères de famille qui ont perdu un enfant ! », tonne Saïd Ahamada, député LREM des Bouches-du-Rhône, en référence aux nombreux règlements de compte qui ont tristement ponctué l’actualité marseillaise au cours de l’année. Depuis plusieurs années, l’élu milite pour un plan d’ampleur dans la deuxième ville de France. « C’est la pandémie de Covid-19 et les difficultés sanitaires qu’elle a entraînées qui ont retardé la mise en place de ce plan, pas l’agenda politique du président. Sans cela, il aurait pu voir le jour il y a un an et demi ! », assure l’élu. « L’enjeu, ici, est de répondre aux besoins urgents de Marseille, afin d’en faire la capitale de la Méditerranée, pas de préparer la campagne », abonde Prisca Thevenot, porte-parole de LREM, selon laquelle le « en même temps » macronien, « tant décrié par l’opposition », parvient à convaincre des élus marseillais de tous bords.

Renouer avec des classes populaires

Pour les oppositions, le choix de Marseille dénote également d’une communication de campagne. « L’insécurité, la déliquescence de l’Etat et la ghettoïsation de certains secteurs, ce n’est pas qu’à Marseille, pourquoi le président de la République ne fait-il pas pareil sur tout le territoire ? », ironise Agnès Evren (LR). Des plans de grande ampleur, le député La France Insoumise Alexis Corbière en a connu sur son territoire, le département de la Seine-Saint-Denis, « sans jamais qu’il ne se passe grand-chose ». Alors, ne pas croire à des motivations politiciennes derrière ce déplacement d’Emmanuel Macron serait « naïf », selon lui.

Du côté de LREM, on ne cache pas une certaine volonté du président de la République de renouer avec des classes populaires « qui se rendent bien compte que l’Etat a tenu l’économie à bout de bras », selon Saïd Ahamada. « L’abstentionnisme est évidemment un sujet de préoccupation pour 2022. Si ce plan peut remettre du lien entre les citoyens et la politique, et les inciter à aller voter, tant mieux », dit Prisca Thevenot.

Ultime preuve de l’ambiance de campagne qui flottera sur Marseille ces prochains jours, le déplacement surprise de Jean-Luc Mélenchon qui, selon les informations de 20 Minutes, foulera le sol de la cité phocéenne en même temps que le chef de l’Etat pour parler d’éducation. Le candidat LFI à la présidentielle et député des Bouches-du-Rhône rencontrera d’ailleurs Emmanuel Macron. Avant un affrontement dans huit mois ?