Afghanistan : Pourquoi Emmanuel Macron est-il déjà sous pression sur la question migratoire ?

DIPLOMATIE Les propos du chef de l'Etat sur les « flux migratoires irréguliers » en provenance d’Afghanistan ont suscité mardi un tollé à gauche, tandis que droite et RN appellent à la fermeté

Thibaut Le Gal
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Le président de la République, Emmanuel Macron.
Le président de la République, Emmanuel Macron. — ERIC GAILLARD/POOL/SIPA
  • Les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan après une conquête éclair dans le pays. 
  • Emmanuel Macron a mis en garde lundi soir « contre les flux migratoires irréguliers importants » qui pourraient découler de cette victoire des talibans. 
  • Critiqué par l'opposition, le président de la République est sur une ligne de crête sur cette question migratoire à quelques mois de la présidentielle.

Après leur conquête éclair, les talibans sont désormais maîtres de l’Afghanistan. Quel impact cette prise de pouvoir aura-t-elle sur les sociétés européennes ? Emmanuel Macron a évoqué d’éventuelles conséquences migratoires lors de son allocution télévisée lundi soir. « Nous devons anticiper et nous protéger contre les flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent et nourriraient les trafics de toute nature », a-t-il assuré. Cette phrase a suscité un tollé chez les responsables de gauche, tandis que droite et RN appelaient à la fermeté sur les frontières. Avec la crise afghane, le chef de l’Etat se retrouve sous pression sur ce sujet sensible, à sept mois de l’élection présidentielle.

Une réponse « sordide » pour la gauche

Emmanuel Macron a assuré que la priorité du gouvernement était d’évacuer ses derniers ressortissants d’Afghanistan. Le chef de l’Etat a également précisé que la France avait le « devoir », aussi, « de protéger » les Afghans qui ont aidé la France et se retrouvent aujourd’hui menacés par les talibans. Cette décision a été saluée par la classe politique, qui s’est toutefois divisée sur la question des « flux migratoires irréguliers importants » évoqués par le chef de l’Etat.

A gauche, les insoumis ont dénoncé une réponse « sordide » d’Emmanuel Macron, l’accusant de « rabougrir la France ». Le candidat à la primaire écologiste Yannick Jadot s’est, lui, dit « sidéré » d’entendre « que les femmes, les hommes et les enfants qui fuient l’enfer des Talibans sont d’abord une menace ». Il faut « protéger toutes celles et tous ceux qui relèvent désormais du droit d’asile », a pour sa part affirmé le patron du PS, Olivier Faure.

« Il faut tirer les leçons de ce qui s’est passé en Syrie en 2015 »

Chose peu conventionnelle, Emmanuel Macron a pris soin de faire lui-même le service après-vente de son allocution. « Ce que j’ai dit ce soir sur l’Afghanistan et que certains veulent détourner : la France fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés », a tweeté le président peu avant minuit.

« Il faut donner le droit d’asile à tous ceux qui remplissent les critères, et particulièrement à ceux qui ont travaillé pour notre armée ou avec des ONG françaises, qui sont aujourd’hui en danger », confirme Sylvain Maillard, député de Paris et porte-parole du groupe LREM. « Nous n’avons pas du tout à rougir car nous sommes l’un des pays qui accueillent le plus d’Afghans et qui leur donnent le plus de protection », a souligné l’Elysée ce mardi, alors que depuis 2018, la France a accordé l’asile à environ 90 % des quelque 10.000 demandes d’asile d’Afghans.

« Mais l’Europe va aussi potentiellement faire face à des réfugiés de manière massive, poursuit Sylvain Maillard. Il faut tirer les leçons de ce qui s’est passé en Syrie en 2015, la désorganisation européenne entre ceux qui accueillent à bras ouverts et ceux qui ferment la porte, pour trouver une politique commune ».

Un sujet délicat à l’approche de la présidentielle

Emmanuel Macron et sa majorité entendent aussi montrer leur fermeté sur la question migratoire. Alors que la campagne présidentielle est déjà lancée, le sujet est régulièrement un angle d’attaque pour la droite et le Rassemblement national, qui ont déjà mis la pression sur l’exécutif. « L’Europe, mais aussi la France devront faire preuve d’une fermeté qui leur a souvent manqué pour éviter une vague migratoire déstabilisatrice », a ainsi réagi le patron des sénateurs Les Républicains, Bruno Retailleau. « Nul doute que cette situation entraînera, pour nos pays, un risque accru d’attentats et la perspective de nouvelles vagues d’immigration », a tancé Marine Le Pen.

Entre le drame humanitaire et la pression migratoire, les macronistes sont sur une ligne de crête. « Il faut être généreux mais responsable. Nous ne sommes ni dans l’angélisme de la gauche ni dans l’immigration zéro de l’extrême droite. Il faudra accueillir ce que nous pouvons accueillir, c’est-à-dire dans de bonnes conditions, en prenant en compte les processus d’intégration et en faisant attention aux éventuels risques terroristes d’une vague migratoire », indique Sylvain Maillard, qui espère « une coordination européenne ». Mais depuis plusieurs années, les 27 membres de l’UE se déchirent sur la question migratoire, sans pouvoir élaborer de politique commune de l’asile.