Polynésie : Pourquoi la visite d’Emmanuel Macron aux îles Marquises est-elle bonne pour son image ?

OUTREMER Le déplacement d’Emmanuel Macron dans l’archipel polynésien était un « win-win » pour l’homme politique et le territoire

Marie De Fournas
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Emmanuel Macron fait un baise main à une danseuse lors d'une cérémonie de danses traditionnelles sur l'île Hiva Oa aux Marquises, en Polynésie française le dimanche 25 juillet 2021.
Emmanuel Macron fait un baise main à une danseuse lors d'une cérémonie de danses traditionnelles sur l'île Hiva Oa aux Marquises, en Polynésie française le dimanche 25 juillet 2021. — WITT/SIPA
  • En étant le premier Président français à se rendre aux Marquises, Emmanuel Macron a donné un incroyable coup de projecteur à ces îles qui tentent depuis longtemps d’entrer au patrimoine mondial de l’Unesco.
  • La visite a également donné de la visibilité à ces îles très isolées et dont la fréquentation touristique est encore assez confidentielle.
  • Pour Emmanuel Macron, accueilli en grande pompe pour toutes ces raisons, ce déplacement était sans grand risque et vecteur de belles images.

Arrivé samedi à Tahiti pour un déplacement de quelques jours en Polynésie française, le président Emmanuel Macron a fait une visite remarquée aux Marquises. Le dimanche, il s’est rendu à Hiva Oa, l’une des six îles habitées que comprend cet archipel situé au nord du territoire d’Outremer. Fait notable, c’est la première fois qu’un président Français se rendait aux îles Marquises. « C’est justement pour ça qu’il en a eu l’idée, souffle Michel Bussi, écrivain et géographe. Tous les présidents essaient de trouver une première fois, une originalité. »

Et côté originalité, le président a été servi car les Marquisiens possèdent une culture bien marquée et typique. « Ils ont une identité très forte avec leur propre langue (le marquisien) ou encore des danses marquisiennes bien spécifiques par rapport au reste de la Polynésie », détaille Caroline Blondy, maître de conférences en géographie, dont la thèse aborde les questions autour du tourisme en Polynésie. « Le côté très spectaculaire de l’accueil des Marquisiens avec une cérémonie qui rend hommage au chef et au leader, cela fait de très belles images pour Emmanuel Macron », souligne Michel Bussi.

Côté électoral, en revanche, pas de grosses attentes, ni de gros enjeux : pour le spécialiste en géographie électorale, le déplacement n’est pas forcément stratégique pour les élections de 2022, car les Marquises ne comptent que 10.000 habitants. « Ça n’aura pas vraiment d’influence. »

Une visite sans risque

Autre avantage, le Président risquait moins d’avoir un mauvais accueil en se rendant aux îles Marquises que dans la Drôme par exemple. « Quand on est Marquisien, le fait qu’un chef d’Etat vienne, que les médias s’y intéressent, c’est un événement historique qui ne se reproduira pas avant très longtemps, donc il y a quelque chose d’extraordinaire », explique Michel Bussi, rappelant que les enjeux ne sont pas les mêmes qu’en métropole. « Il n’y a pas les "gilets jaunes" aux Marquises, d’ailleurs il n’y a qu’un seul rond-point ! »

« De plus, les Marquisiens sont très attachés à la France car ils se sentent périphériques à Tahiti. Ils préfèrent dépendre de l’État que de Tahiti car ils ont plus d’avantages à en tirer. C’est assez classique chez les territoires isolés », poursuit l’expert.

Un incroyable coup de projecteur pour le territoire

En effet, la Polynésie française est un territoire vaste comme l’Europe, réparti en cinq archipels subdivisés qui rassemblent 118 îles. « La question de l’accessibilité et de la discontinuité territoriale est un vrai enjeu notamment en termes de développement touristique », rapporte Caroline Blondy. La seule entrée internationale se fait par l’île de Tahiti. Il faut ensuite reprendre un avion pour se rendre aux Marquises qui se trouvent tout au nord du territoire polynésien à près de 5-6 heures de vol. « Le billet coûte quasiment aussi cher que pour aller à Los Angeles », poursuit la géographe. De plus, toutes les îles n’ont pas d’aéroport et certaines sont uniquement accessibles par la mer.

En plus de son manque d’accessibilité, les Marquises sont assez peu connues du grand public. « C’est un territoire oublié, que les Français connaissent comme des îles lointaines, sans parfois savoir que cela appartient à la France », assure Michel Bussi. La venue du Président est donc un incroyable coup de projecteur pour un territoire « à la fréquentation touristique encore très confidentielle, puisqu’il reçoit pour l’instant en moyenne 5.000 touristes internationaux par an », analyse Caroline Blondy.

Un coup de pouce pour entrer au patrimoine mondial de l’Unesco

Une visibilité pour les touristes, mais peut-être aussi un coup de pouce pour entrer au patrimoine mondial de l’Unesco. La demande formulée depuis longtemps par les îles Marquises était aussi l’objet de la venue du président. Et le territoire n’a pas qu’un patrimoine culturel à mettre en avant. « Le patrimoine archéologique est assez fantastique, avec les marae, lieux de culte polynésien qui datent de la période précoloniale très bien conservés ou très bien restaurés, mais aussi des sites archéologiques de villages édifiés avant l’arrivée des Européens », décrit Caroline Blondy.

Enfin, le patrimoine naturel est d’une grande diversité en termes de paysage et de biodiversité. « On a Ua Pou avec ses impressionnants piliers ou Nuku Hiva et sa fantastique baie, commente la géographe. À Ua Huka, ce sont des paysages qui ressemblent un peu à l’île de Pâques, mais aussi ses chevaux semi-sauvages pour une île qui ne compte que quelques centaines d’habitants. »

Entrer au patrimoine mondial de l’Unesco permettrait la sauvegarde et la mise en valeur de ce patrimoine et aurait aussi des avantages en termes de fréquentation touristique. Un plus pour le secteur des îles qui, comme tous les territoires d’Outremer, a souffert de la crise du Covid-19.