Pass sanitaire : « Peine excessive», « contrôle permanent », « boycott »… Quelles sont les critiques des oppositions ?

CORONAVIRUS Le projet de loi instaurant de nouvelles mesures de restriction a été présenté ce lundi en Conseil des ministres, avant un examen au Parlement et une adoption définitive en fin de semaine

T.L.G.

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Jean-Luc Mélenchon.
Jean-Luc Mélenchon. — UGO AMEZ/SIPA
  • Le projet de loi instaurant de nouvelles mesures de restriction pour lutter contre la propagation du Covid-19, dont l'élargissement du pass sanitaire, a été présenté ce lundi en Conseil des ministres.
  • Très critiqué dans la rue ce week-end, le texte doit être examiné à l'Assemblée nationale mercredi et au Sénat jeudi, avant une adoption définitive en fin de semaine.
  • Les formations politiques s'opposent de manière très diverse aux annonces d'Emmanuel Macron.

Sur le pass sanitaire, le gouvernement veut aller vite. Le projet de loi instaurant de nouvelles mesures de restriction pour lutter contre le coronavirus a été présenté ce lundi en Conseil des ministres. Le texte sera examiné dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale mercredi, puis jeudi au Sénat, en vue d’une adoption définitive en fin de semaine. Pas une minute à perdre pour l’exécutif, alors que les opposants à la vaccination obligatoire ont défilé un peu partout en France samedi dernier. Dans le champ politique, les critiques se font entendre à différents degrés. 20 Minutes fait le tour d’horizon des oppositions.

  • Contre son champ d’action ou les amendes « excessives »

Plusieurs membres de l’opposition se sont dits favorables au pass sanitaire, comme Xavier Bertrand, qui a globalement salué les annonces d’Emmanuel Macron la semaine dernière. Mais le candidat à la présidentielledénoncé dans Le Figaro « l’impréparation dans la mise en œuvre, tant dans les hôpitaux que dans la restauration, la culture ou les commerces », regrettant un manque de « cadre clair, notamment s’agissant des contrôles des pass sanitaires ». Le patron du Parti socialiste Olivier Faure a, lui, demandé à revoir son « périmètre de contrainte » sur FranceInfo, estimant que son utilisation « pour les actes de la vie quotidienne, comme le fait d’accéder à un centre commercial, [posait] problème ».

Au centre droit, le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde a de son côté estimé « très excessive » la peine prévue, allant jusqu’à 45.000 euros d’amende et un an d’emprisonnement, pour les établissements qui n’effectueraient pas le contrôle du fameux sésame. Un argument repris ce lundi par… le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, qui a, lui aussi, jugé le montant de l’amende « excessif ». Un signe que le texte pourrait être amené à évoluer lors des débats parlementaires cette semaine.

  • Contre l’atteinte aux libertés publiques

La France insoumise a dressé une critique plus forte du dispositif, estimant qu’il mettait à mal les libertés publiques. « C’est un changement profond des relations sociales dans notre pays. C’est une forme de dressage au contrôle permanent qui est insupportable », a dénoncé Jean-Luc Mélenchon. Les députés insoumis, comme la droite sénatoriale, ont indiqué ce lundi qu'ils souhaitaient saisir le Conseil constitutionnel sur le projet de loi. Les sages seront saisis si la demande réunit 60 députés ou 60 sénateurs.

« Gouverner les Français, ce n’est pas les soumettre au chantage permanent, à l’infantilisation et à la menace », a tweeté Marine Le Pen. La présidente du RN a d'ailleurs relayé une tribune signée par l’eurodéputé Les Républicains François-Xavier Bellamy, qui voit dans le pass sanitaire « une remise en cause profonde et inédite de notre modèle de société ». « Quand on doit présenter dix fois par jour un document de santé et sa carte d’identité, pour acheter une baguette ou faire du sport, on n’a pas retrouvé la liberté », écrit l'ex-professeur de philosophie, alors que les commerces alimentaires ne seraient toutefois pas concernés par le dispositif.

  • Appels au boycott contre le « coup d’Etat » sanitaire

Plusieurs responsables politiques s’opposent de manière plus radicale au pass sanitaire, et ont participé à la manifestation de samedi à Paris. C’est notamment le cas de Florian Philippot, pourfendeur de longue date des restrictions sanitaires du gouvernement. « Le pass sanitaire est inutile, c’est une société horrible de discriminations et d’apartheids », s’est agacé le candidat du mouvement Les Patriotes à la présidentielle, ce lundi sur RMC, en appelant au boycott des établissements contrôlant l’attestation de vaccination.

Même tonalité pour Nicolas Dupont-Aignan, candidat Debout la France pour 2022, qui a accusé Emmanuel Macron de « coup d’Etat sanitaire ». La députée Martine Wonner a, elle, fait polémique après sa prise de parole samedi à la mobilisation. L’ex-macroniste a appelé les manifestants à « faire le siège des parlementaires » et à « envahir leur permanence pour dire que vous n’êtes pas d’accord ». Des propos dénoncés par la majorité comme par les membres de son propre groupe Libertés et Territoires, qui ont demandé son exclusion.