Allocution d'Emmanuel Macron : Le coup de force vaccinal du chef de l'Etat est-il risqué politiquement ?

PRESIDENTIELLE Le président de la République a mis sous pression les personnes non-vaccinées, lundi soir, en imposant le pass sanitaire à l'entrée de la plupart des lieux publics d'ici le début du mois d'août

T.L.G.
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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron — Romain GAILLARD/POOL/SIPA
  • Emmanuel Macron a imposé lundi le pass sanitaire à l’entrée de la plupart des lieux publics d'ici le mois d'août, et rendu la vaccination obligatoire pour les soignants et les personnes au contact des plus fragiles.
  • Ces mesures, annoncées en période de vacances scolaires, ont été critiquées par une partie de l’opposition.
  • Mais avec ces nouvelles restrictions, le chef de l’Etat ne devrait pas prendre de grands risques dans son électorat.

« C’est une nouvelle course de vitesse qui est engagée. » Emmanuel Macron a mis la pression aux non-vaccinés lors de son allocution, lundi soir, en imposant le pass sanitaire à l’entrée de la plupart des lieux publics et en rendant la vaccination obligatoire pour les soignants et les personnes au contact des plus fragiles. « Plus nous vaccinerons, moins nous laisserons d’espace au virus », a justifié le chef de l’Etat, alors que le variant Delta du Covid-19 s’étend dans le pays. Mais ces mesures restrictives, annoncées en plein été, sont-elles risquées politiquement à dix mois de l’élection présidentielle ?

L’opposition dénonce un « recul grave des libertés individuelles »

« La quatrième vague a déjà commencé […]. Le vaccin, c’est notre carte maîtresse. C’est ce qui nous permet de vivre le plus normalement possible, nous ne pouvons nous en passer », a justifié Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, ce mardi. Un argument repris dans la majorité, à l’image de Bruno Bonnell. « Pour plein de raisons techniques, on ne peut rendre obligatoire la vaccination, mais on l’incite fortement car nous sommes en guerre contre le Covid. On est parti pour de longues années, avec peut-être d’autres variants. Emmanuel Macron a eu raison de passer à une stratégie offensive », soutient le député LREM du Rhône.

Ces mesures de restriction ont toutefois été critiquées par une partie de l’opposition. « Un pass sanitaire pour se rendre dans un centre commercial, c’est-à-dire un pass sanitaire pour manger ? Se rend-on bien compte de ce que cela signifie en matière de libertés publiques ? Mais dans quelle société M. Macron fait-il basculer la France ? », s’est indigné le porte-parole des Républicains, Gilles Platret.

Le député insoumis Eric Coquerel a, lui, dénoncé « une forme de généralisation progressive du pass sanitaire [et] une société du contrôle et de la discrimination généralisés », alors que Marine Le Pen a, de son côté, fustigé un « recul grave des libertés individuelles ».

Un revirement justifié pour la majorité

Une partie de l’opposition a également reproché à Emmanuel Macron d’avoir mis en place des mesures qu’il refusait quelques semaines plus tôt. Le 29 avril dernier, le président assurait ainsi, lors d'un entretien à la presse régionale, que « le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas », disait-il, limitant son usage aux stades, festivals, foires ou expositions.

Les annonces de lundi signent donc un revirement, mais un revirement justifié, selon Bruno Bonnell. « On ne navigue pas à vue, c’est de l’adaptation car la situation épidémique a évolué et, à l’époque, nous n’avions pas autant de vaccins. Emmanuel Macron a choisi un mélange d’autorité et de pragmatisme pour sauver l’économie. C’est la stratégie de la carotte et du bâton. Les privations s’appliqueront à ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner ». Mais pour quel impact dans l’opinion ?

Les Français soutiendraient les choix du président

Dans la foulée des annonces, 926.000 Français ont pris un rendez-vous de vaccination sur la plateforme Doctolib et plus de 3,4 millions de recherches ont été réalisées lundi sur le site spécialisé Vite Ma Dose. « Les Français attendaient peut-être ce petit coup de pression et les demandes de rendez-vous dans les jours qui viennent seront la démonstration que tout le monde a conscience que la solution, c’est le vaccin », a justifié ce mardi sur RTL, le président des marcheurs à l’Assemblée, Christophe Castaner.

En parallèle, de nombreuses critiques, parfois très vives, se sont élevées sur les réseaux sociaux. Mais d’un point de vue politique, le président ne semble pas prendre de grands risques. Selon un sondage Elabe publié ce mardi, 66 % des Français seraient favorables à l’extension du pass sanitaire pour les lieux de loisirs et cultures rassemblant plus de 50 personnes, et 58 % pour accéder aux cafés, restaurants, et centres commerciaux. Surtout, le président solidifie sa base, puisqu’il serait largement soutenu par l’électorat macroniste sur ces deux mesures (à 86 et 82 %), tout comme à droite (à 73 et 68 %).