Présidentielle 2022 : A Villeurbanne, Anne Hidalgo accélère (lentement) vers une candidature

REPORTAGE La maire de Paris réunissait ses soutiens lundi à Villeurbanne, en banlieue de Lyon, pour installer sa candidature à l'Elysée

Thibaut Le Gal
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Anne Hidalgo à Villeurbanne avec ses soutiens.
Anne Hidalgo à Villeurbanne avec ses soutiens. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Anne Hidalgo a réuni ses soutiens lundi à Villeurbanne (Rhône).
  • La maire PS de Paris, qui refuse encore de se prononcer pour 2022, a posé les bases d’une candidature à la présidentielle.
  • L’édile parisienne accélère alors que les écologistes ont lancé lundi la bataille de leur primaire interne.

De notre journaliste à Villeurbanne,

Elle a usé de toutes les formules, parfois les plus éculées, pour esquiver les questions sur sa candidature à la présidentielle. « Il n’y a pas d’aventure individuelle », « le débat ne doit pas être capturé par des enjeux de personne », « la présidentielle n’est pas un concours de beauté »… Lundi, à Villeurbanne, tout ressemblait pourtant au lancement de l’opération Anne Hidalgo pour 2022. En rassemblant ses nombreux soutiens loin de la capitale, la maire de Paris entend bien accélérer pour tenter de décoller, enfin, dans la course à l’Elysée.

Un tour de France pour casser son image de Parisienne

Anne Hidalgo poursuit ici son tour de France entamé au début de l’année, et qui l’a conduite à Montpellier, au Havre, à Rouen, Bordeaux, Nancy ou encore Douai. « C’est la première pierre de l’édifice d’une pré-campagne présidentielle. C’est à partir des territoires que l’on trouvera des réponses concrètes au quotidien des Français », confie le maire PS d’Alfortville, Luc Carvounas, l’un des 200 élus ayant poussé pour une candidature de l’élue parisienne  dans une tribune publiée fin juin. Sur la scène, hier midi, l’intéressée met en avant les élus à ses côtés, comme la présidente de la région Occitanie Carole Delga, ou les maires de Nantes et Montpellier Johanna Rolland et Michaël Delafosse.

« Cette équipe de France travaille depuis des mois. Nous avons un message à porter sur l’écologie, les inégalités, et les valeurs républicaines, souligne Anne Hidalgo. Nous allons mettre en commun nos idées pour construire un projet qui fasse bouger notre pays. » En s’affichant aux côtés d’élus locaux, la presque candidate espère aussi casser son image de Parisienne dans l’opinion, à dix mois de la présidentielle. « Ce n’est pas un boulet d’être maire de Paris, bien au contraire. On ne va pas gâcher notre plaisir d’avoir une candidate crédible pour gouverner le pays. Et je vous rappelle qu’un maire de Neuilly-sur-Seine est devenu président de la République », sourit Luc Carvounas, évoquant Nicolas Sarkozy en 2007.

Anne Hidalgo avec ses soutiens.
Anne Hidalgo avec ses soutiens. - TLG/20Minutes

Damer le pion aux écolos

Si Anne Hidalgo accélère, c’est également pour ne pas laisser le champ libre aux écologistes, alors que la campagne pour la primaire organisée par EELV et ses alliés a officiellement débuté ce lundi. « Nous ne sommes pas en compétition avec les écolos. Mais Anne Hidalgo incarne une personnalité qu’on imagine à l’Elysée, au carrefour de cette offre de rassemblement sur le social et l’écologie », glisse David Assouline, sénateur socialiste de Paris. Depuis les régionales du mois de juin, écologistes et socialistes n’ont pourtant plus de mots assez durs pour se fustiger les uns les autres. Et la mise en scène d'une éventuelle candidature commune au mois d’avril dernier paraît aujourd’hui bien loin.

« Les écologistes sont une force émergente, mais quand il s’agit d’accorder un mandat, les régionales et les municipales ont montré que c’est aux socialistes qu’on le donne, c’est une question de crédibilité. A l’automne, nous aurons un projet, une candidature, et nous nous mettrons en mouvement », confirme Olivier Faure, le patron du PS.

Décoller dans les sondages

L’euphorie du jour ferait presque oublier les écueils qui attendent Anne Hidalgo ces prochaines semaines. D’abord, convaincre les grognards de François Hollande, Bernard Cazeneuve et Stéphane Le Foll en tête, tous deux absents ce lundi. Ce dernier, ex-ministre de l’Agriculture, ne cesse d’ailleurs d’appeler à une primaire PS auquel il se verrait bien participer. « Que je sache, le PS n’a pas décidé d’organiser une primaire et je le déconseille fortement », a balayé Anne Hidalgo dans la journée. La question sera réglée par un vote des militants en Congrès les 18 et 19 septembre prochains.

L’ancienne inspectrice du travail doit aussi décoller dans les sondages, alors que sa candidature stagne depuis des mois à 6 ou 8 %. « Les sondages, ça ne l’impressionne pas du tout, réplique David Assouline. Certains lui promettaient aussi la défaite aux municipales en 2020, mais quand elle est dans le vrai, elle fonce et ne se retourne plus. » A Villeurbanne ce lundi, même pressée par son camp, Anne Hidalgo a toutefois choisi de prendre son temps.