Coronavirus : L'obligation vaccinale pour les soignants, un pari risqué pour l'exécutif ?

DEBAT Le Premier ministre doit recevoir à partir de ce lundi les chefs de file du Parlement et les élus locaux pour évoquer la mise en place d’une obligation vaccinale pour les soignants

Hélène Sergent

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Le gouvernement envisage désormais de rendre obligatoire la vaccination pour les personnels soignants à l'hôpital et dans les Ehpad.
Le gouvernement envisage désormais de rendre obligatoire la vaccination pour les personnels soignants à l'hôpital et dans les Ehpad. — UGO AMEZ/SIPA
  • Dans un courrier envoyé le 28 juin aux directeurs d’hôpitaux et de maison de retraite, Olivier Véran a indiqué que si « au moins 80 % » des personnels ne sont pas vaccinés d’ici septembre, le gouvernement ouvrirait la voie à l’obligation vaccinale.
  • À défaut de convaincre, l’idée de contraindre les personnels soignants de se faire vacciner pour limiter la propagation de l’épidémie de Covid-19 a fait son chemin au sein de la classe politique.
  • Soutenue également par une large partie de l’opinion publique selon plusieurs sondages, cette mesure reste pourtant politiquement risquée.

Les soignants seront-ils obligés de se faire vacciner contre le Covid-19 ? Si le calendrier n’est pas encore gravé dans le marbre, cette éventualité semble de plus en plus probable. Et le gouvernement veut aller vite. « S’il y a une loi, je souhaite qu’elle soit examinée et adoptée par le Parlement le plus tôt possible, pourquoi pas dès le mois de juillet », indiquait la semaine dernière le ministre de la Santé. Soutenu par l’opinion publique – majoritairement favorable à la vaccination obligatoire pour les soignants - et par plusieurs autorités médicales, l’exécutif espère trouver le consensus.

Pour y parvenir, le Premier ministre Jean Castex doit recevoir dès ce lundi les chefs de groupes de l’Assemblée nationale et du Sénat. Une « concertation » qui doit être menée également auprès des représentants d’élus locaux. Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), 57 % des personnels soignants sont aujourd’hui vaccinés dans les Ehpad et 64 % à l’hôpital. Malgré une progression notable ces derniers jours, ces taux restent insuffisants pour le gouvernement. Mais la mise en œuvre d’une telle mesure est-elle sans risque pour l’exécutif ?

Risque de défiance et de divisions

« Sur des sujets aussi importants que l’obligation vaccinale, il y a toujours un risque politique. Il faut le mesurer et l’intégrer. Mais une majorité de Français y est favorable et qu’on le veuille ou non, le variant Delta est là », balaie le chef de file des sénateurs La République en marche (LREM), François Patriat. Selon un sondage Odoxa publié le 1er juillet, 72 % des Français seraient en effet en faveur d’une vaccination obligatoire pour les personnels hospitaliers et ceux des Ehpad. Mise en place en Italie depuis avril, cette obligation semble avoir porté ses fruits. Au 2 juillet, selon les données du gouvernement italien, 89 % des professionnels de santé étaient complètement vaccinés.

Pour le député LFI, Eric Coquerel, contraindre les soignants à la vaccination pourrait toutefois avoir pour effet d'« accroître les divisions » au sein de la population. « Si cette mesure ne change rien à la situation sanitaire, on prend le risque de renforcer la défiance à l’égard des autorités. Et personnellement, je ne comprends pas du tout cette logique de culpabilisation de professionnels de santé qui ont déjà beaucoup donné depuis le début de la crise ».

L’élu de Seine-Saint-Denis plaide pour une clarification des discours autour du vaccin : « Il faut faire un effort pédagogique supplémentaire pour convaincre. Et même si le vaccin me semble indispensable, on ne peut pas se contenter de faire reposer toute notre stratégie sur ce seul outil ».

A la recherche d’un consensus

Soucieux de « convaincre » avant de contraindre, Olivier Véran estime qu’un « consensus politique » est « possible » : « L’idée n’est pas de brutaliser qui que ce soit. Mais si les groupes parlementaires décident de bloquer l’examen du texte, et si dans deux mois l’épidémie repart fortement avec le variant Delta, nous ne disposerons pas des outils indispensables pour éviter de refermer le pays. Je ne suis pas certain que les oppositions politiques soient prêtes à assumer de replonger dans le confinement, donc je reste confiant », a-t-il déclaré au Journal du Dimanche.

Un argument que refuse d’entendre le député Eric Coquerel : « Je ne veux pas que l’obligation vaccinale des soignants, en cas d’absence de consensus, devienne un prétexte pour ne pas proposer d’alternatives au confinement en cas de 4e vague. Depuis un an par exemple, on demande un plan d’urgence pour l’hôpital pour augmenter les lits et éviter que les services soient submergés pendant les regains de l’épidémie ».

Pas d’obligation vaccinale pour la population générale

Enfin, derrière l’obligation vaccinale pour les soignants, certains responsables politiques brandissent le spectre de la vaccination obligatoire pour l’ensemble de la population. « L’obligation vaccinale contre la Covid (…) même sur des professions ciblées – ce qui serait un précédent ouvrant à une globalisation de l’obligation - serait une décision d’ordre totalitaire », tweetait ce dimanche Jean-Frédéric Poisson, ex-participant à la primaire de la droite en 2016 et président du parti « La voix du peuple ».

Mais l’exécutif – Emmanuel Macron en tête - s’est toujours opposé à cette mesure. « Aujourd’hui, notre cadre de travail ce sont les soignants, pas au-delà des soignants », a répété ce dimanche le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, soulignant que « la question de la vaccination obligatoire pour l’ensemble de la population à ce stade ne se pose pas ».

Pour le professeur en communication politique au Celsa, Mathieu Slama, une certitude se dessine toutefois : « L’obligation vaccinale pour les soignants va très probablement renforcer le discours de celles et ceux qui dénoncent, depuis le début de la crise, une gestion coercitive de l’épidémie et une politique "liberticide" du chef de l’Etat. Le véritable enjeu pour lui, c’est de ne pas se retrouver englué dans ce sujet pendant toute la campagne présidentielle ».