Présidentielle 2022 : « Je viens apporter l'expérience de la victoire », dit Eric Piolle, candidat à la primaire écologiste

INTERVIEW Le maire écologiste de Grenoble a déclaré sa candidature à la présidentielle et à la primaire écologiste en septembre prochain

Propos recueillis par Laure Cometti et Thibaut Le Gal
Eric Piolle, candidat à la primaire écologiste en septembre.
Eric Piolle, candidat à la primaire écologiste en septembre. — Olivier Juszczak/20Minutes
  • Eric Piolle est candidat à la primaire écologiste organisée fin septembre, à sept mois de l’élection présidentielle.
  • Le maire EELV de Grenoble affrontera au moins deux autres candidats, l’économiste Sandrine Rousseau et l’eurodéputé Yannick Jadot.
  • Il répond aux questions de 20 Minutes sur son programme présidentiel et sa méthode pour fédérer un « arc humaniste » en vue de 2022.

Il a quitté les Alpes pour une tournée médiatique à Paris. Eric Piolle, maire Europe Ecologie-Les Verts de Grenoble depuis 2014, a annoncé mardi sa candidature à la primaire écologiste, veille de la sortie de son livre-programme présidentiel, De l’espoir !*. L’ancien cadre de multinationale met en avant son expérience d’élu local pour se distinguer de ses deux concurrents déclarés, Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, ainsI que ses mesures pour réformer la démocratie. Il a répondu aux questions de 20 Minutes ce jeudi à Paris.

C’est quoi, l’écologie selon Eric Piolle ?

Je ne suis pas sûr qu’il y ait des différences de fond majeures entre les candidats. Notre espace politique propose des solutions très homogènes sur les questions sociale, climatique et démocratique. Une candidature, c’est une vision, une méthode et une incarnation. En fait, c’est sur la méthode et l’incarnation que va se faire le choix.

En quoi votre méthode et votre incarnation sont-elles différentes ?

Mon écologie politique, c’est fédérer et exercer le pouvoir. Je ne suis pas un militant écolo de la première heure, et quand je me suis engagé, en 2010 [aux régionales], les écolos historiques étaient cantonnés aux fonctions de lanceurs d’alerte et de contre-pouvoirs. Aujourd’hui, je suis là pour fédérer un arc humaniste, comme à Grenoble en 2014 et en 2020. Je viens apporter cette expérience de la victoire, de l’exercice du pouvoir, validée par ma réélection en 2020. J’ai aussi ce rapport aux territoires, loin des sphères parisiennes, cet ancrage d’élu local.

Ce qui me caractérise, c’est le travail collectif, je suis un meneur d’équipe. C’est extrêmement important pour que la France sorte de ce pouvoir monarchique ou jupitérien, incarné par Emmanuel Macron. Je souhaite aussi incarner la constance dans ces temps troubles, quand certains se laissent embarquer par le climat ambiant.

Votre mesure phare ne concerne pas l’écologie mais les institutions, avec l’organisation d’un référendum constitutionnel. Pourquoi ?

Mon diagnostic, c’est qu’après les 30 Glorieuses, on a eu 40 années où les pouvoirs ont été impuissants à proposer un projet de progrès, sur le climat, le chômage, le rapport de la société au vivant. Il faut réhabiliter l’idée de progrès : nous pouvons vivre mieux à l’avenir, différemment, mais mieux.

Pour ça, sortons du pouvoir jupitérien. J’utiliserai l’article 11 de la Constitution pour organiser un référendum dès les législatives [en juin 2022] et créer un choc rapide pour déverrouiller la démocratie. Il portera sur l’introduction du climat dans l’article 1er de la Constitution [qui définit les principes fondamentaux de la République], la séparation de la justice et du pouvoir exécutif, la création du référendum d’initiative citoyenne (RIC), la limitation des pouvoirs du président, et la proportionnelle à l’Assemblée nationale.

C’est un passage à une VIe République, finalement ?

Sans avoir à attendre. La VIe République peut être une démarche intéressante, mais elle prendrait au moins deux ans.

Quelle serait votre première mesure écologique ?

Il faut contenir les puissances de l’argent, spéculatives, qui font exploser les inégalités sociales et sont dans la prédation face au climat et au vivant. J’instaurerai un ISF climatique pour taxer les plus riches, proposé par Greenpeace.

Allez-vous vous adresser aux sympathisants écologistes ou à tous les Français ?

Les deux discours ne sont pas déconnectés. Ce qui me frappe, dans l’histoire des écologistes, c’est que la surface politique est immensément plus grande et plus diverse que le socle des militants. Ce que j’ai fait à Grenoble, c’est réconcilier les deux, en traçant un chemin : l’exercice du pouvoir.

Yannick Jadot et ses équipes craignent une primaire trop « restreinte », qui n’attirerait que des militants. Avez-vous un objectif de participation ?

Non. La primaire ouverte, c’est le meilleur choix, car il n’y a pas de candidat naturel. Je chercherai à impliquer le maximum de gens de l’extérieur à venir voter pour moi.

Vous partez en tournée estivale auprès des Français, est-ce pour mieux vous faire connaître ? Vous êtes moins connu que Yannick Jadot…

La notoriété n’est pas un problème. Ce qui fonctionne, c’est la candidature écologiste, quelle qu’elle soit. Ce qui est testé dans les sondages, ce n’est pas tant un nom qu’une candidature écolo. Yannick Jadot a fait deux campagnes nationales, la présidentielle de 2017, même s’il n’a pas été au bout, et les européennes de 2019. Ca donne une autre surface médiatique, mais ce n’est pas ça qui crée le futur. D’ailleurs, d’après des sondages, les Français sont prêts à choisir quelqu’un de neuf, qui a l’expérience du privé. J’ai l’expérience du privé et d’élu local, la nouveauté, donc ça fonctionne.

Eric Piolle propose ses réformes pour la démocratie.
Eric Piolle propose ses réformes pour la démocratie. - Olivier Juszczak/20Minutes

Est-ce qu’un candidat écologiste à la présidentielle doit, comme le dit Yannick Jadot à L’Obs, aller parfois dans des « situations inconfortables », comme la manifestation des policiers il y a quelques semaines à Paris ?

Je discute avec les policiers et en tant qu’élu local, je suis à leur contact tous les jours. Mais j’ai décidé de ne pas aller à cette manifestation, car il faut faire attention avec qui on manifeste, et pour quelles revendications. Là, elles étaient corporatistes, et en présence de Gérald Darmanin. C’est scandaleux de voir le ministre de l’Intérieur manifester contre le ministère de la justice. Il faut être vigilant là-dessus. Dans les temps où ça bouge, il faut garder son sang-froid et ne pas se laisser balloter.

Est-ce que l’écologie, pour gagner, doit passer par l’union de la gauche ?

C’est pas un prérequis, parce que l’union pour l’union, la gauche en a soupé, ces quarante dernières années. Gagner comme en 2012, et après ? Pour faire quoi ? Si je m’implique en politique, c’est pour changer la vie. Il faut fédérer derrière un projet.

Avec qui ?

Regardez les gens qui m’ont soutenu aux municipales, ça allait de Matthieu Orphelin à François Ruffin et Clémentine Autain, avec des syndicalistes, des ONG. Ce projet doit être porté aussi par les marches pour le climat, #MeToo, les « gilets jaunes », les membres de la Convention Citoyenne pour le climat. Sinon ça ne marchera ni pour la campagne ni pour l’exercice du mandat. Quand nous aurons gagné, les réactions des lobbies seront encore plus violentes que celles contre les socialistes en 1981. Si nous ne sommes pas solidement ancrés avec la société civile et le monde syndical, nous serons vite balayés.

Clémentine Autain, François Ruffin, ça va être dur de les convaincre alors que Jean-Luc Mélenchon est déjà candidat, non ?

On verra… [Il sourit]

Une tribune de soutien a été publiée ce jeudi pour une candidature d’Anne Hidalgo. Pourriez-vous la soutenir si elle est mieux placée que vous ?

Il suffit de regarder la liste de ses soutiens. Ce sont les socialistes qui soutiennent les socialistes, comme on l’a vu aux dernières régionales. Là où ils sont sortants, ils s’auto-soutiennent, et n’arrivent pas à faire l’union. Or il n’y a pas d’aspiration socialiste en France, je ne l’ai pas sentie dans le pays.

Vous avez dit en 2020 être « partenaire » du Medef Isère. Votre écologie est-elle compatible avec l’économie libérale ?

L’économie doit être au service de trois objectifs : garantir des sécurités (alimentaires, de logement, physique), chérir les biens communs et le vivant, et nourrir notre désir de sens, car on tire aussi de notre activité économique un sentiment d’utilité. Les partis de gauche et de droite ont eu tendance à se mettre à genoux devant l’économie, par fascination, car beaucoup sont des professionnels de la politique, ils n’ont pas mon vécu. J’étais cadre dirigeant dans l’industrie [chez Hewlett Packard]. C’est normal d’être au contact du monde économique et de parler avec le Medef, c’est mon monde.

C’est un atout, par rapport à d’autres écologistes ?

Par rapport à l’ensemble de la classe politique. Les politiques ayant exercé des fonctions de responsabilités dans le privé, il y en a peu.

Vos adversaires vous décrivent parfois comme un Khmer vert, anticonsumériste, anti-5G. Comment ne pas être le candidat d’une écologie Amish, comme l’a décrite Emmanuel Macron ?

Je ne vais pas me définir par rapport à la caricature qu’on fait de moi. Ces gens-là nous traitaient avant de baba-cools, beatniks, adolescents turbulents. Amish, c’est quand on a commencé à prendre le pouvoir. On m’appelle « Piolle-pot » , « ayatollah », « Khmer vert »… J’ai toute la collection. Un monde panique car le modèle néolibéral fait de moins en moins de vainqueurs.

Dans une interview à Elle parue ce jeudi, Emmanuel Macron…

Ah oui, c’est incroyable, j’ai vu qu’il est revenu sur les « crop tops ». C’est quoi, cette morale à deux balles ? J’ai quatre enfants, trois filles, elles s’habillent comme elles veulent. Le président veut quoi, remettre les uniformes à l’école ? Et décider ce qui est bon à porter pour une femme et un homme ?

On allait vous demander ce que vous partagiez les craintes du président sur la société qui « se racialise progressivement »…

La France est menacée par le choix qu’il a fait de fracturer le pays, avec notamment la loi « séparatisme ». Cette nouveauté politique est en fait un brouillage total avec les valeurs du Rassemblement national.

La présidentielle se jouera-t-elle sur la question écologique ou la question identitaire ?

Je me battrai pour que ce ne soit pas sur la question identitaire. Il y a trois projets de société, le projet néolibéral d’Emmanuel Macron : adapter la France à la marche du monde, à cette loi de la jungle. Le projet identitaire, de l’extrême droite et la droite réactionnaire, que LR semble avoir choisi. Et le projet humaniste. « Plus de liens moins de biens », comme le dit Ruffin. Je me battrai pour que ce projet gagne.

* De l’espoir ! Pour une République écologique, Les liens qui libèrent, 30 juin 2021.