Lyon : Quel premier bilan pour Grégory Doucet, un an après son élection à la mairie ?

ANNIVERSAIRE L’élu écologiste n’a pas hésité à afficher ses positions (souvent controversées), quitte à rompre avec la tradition et les pratiques de ses prédécesseurs

Caroline Girardon
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Grégory Doucet s'est installé à la mairie de Lyon le 4 juillet 2020.
Grégory Doucet s'est installé à la mairie de Lyon le 4 juillet 2020. — Bony/SIPA
  • Le 4 juillet 2020, l’écologiste Grégory Doucet s’installait à la mairie de Lyon, mettant ainsi fin à 19 ans de règne Gérard Collomb.
  • A l’heure d’un premier bilan provisoire, les critiques fusent dans les rangs de l’opposition.
  • 20 Minutes a demandé l’avis de deux politologues afin de savoir si le maire de Lyon avait déjà commencé à marquer la ville de son empreinte.
     

Une élection historique. Il y a un an, le 4 juillet 2020, Grégory Doucet s’emparait de la mairie de Lyon, éjectant ainsi le baron Collomb de son fauteuil. Depuis son accession à l’Hôtel de ville, l’écologiste impose un style et des idées tranchant singulièrement avec son prédécesseur. L’homme, régulièrement taxé de « khmer vert », divise. Profondément. Mais il assume ses positions, ayant même multiplié les déclarations polémiques en début de mandat.

A l’heure de dresser le bilan de cette première année à la mairie, les remarques hostiles fusent. « Mesures idéologiques », « pratiques démocratiques illusoires », entend-on dans les rangs de l’opposition. Alors qu’il partage le pouvoir à Lyon avec Bruno Bernard, le président de la métropole, Grégory Doucet reste le seul à essuyer les critiques, à encaisser les coups. « Son but, c’est de ne pas être comme tout le monde », taclait le sénateur LR Etienne Blanc lors d’une conférence de presse.

« Il y a eu à Lyon l’empereur Claude, puis Grégory Doucet »

« Au bout de trois semaines, il avait déjà la grosse tête, plus que Gérard Collomb », relève dans les colonnes du magazine Marianne, Alexandre Vincent, le maire de Rillieux-la-Pape et président du groupe LR dans le Rhône. « Il est très sûr de lui, il n’aime pas la critique. A l’entendre, il y a eu à Lyon l’empereur Claude, puis Grégory Doucet », ajoute à son tour David Kimelfeld, ancien président LREM de la métropole de Lyon.

« Lyon a connu une véritable rupture avec son histoire politique paisible et modérée », appuie Etienne Blanc faisant ainsi référence aux premières prises de position de l’élu, comme son opposition aux passages du Tour de France et de la patrouille de France à Lyon. Ou son refus d’assister le 8 septembre à la cérémonie religieuse du vœu des échevins, une tradition datant de 1643. L’adoption du budget genré et de l’écriture inclusive a également suscité bien des interrogations. Sans parler de la (fausse ?) polémique sur les menus sans viande dans les cantines lyonnaises.

« Grégory Doucet a surjoué sur les symboles à défaut de pouvoir réellement mettre en place sa politique, analyse Romain Meltz, politologue, chercheur et enseignant en sciences politiques à l’université Lyon 2. La réalité est qu’il s’est surtout attaché à gérer la crise du Covid et à régler les questions sanitaires lors de cette première année de mandat. Ce qui a retardé la mise en place qu’il souhaite pour la ville de Lyon. » « Grégory Doucet a pris les rênes en pleine crise sanitaire, ce qui ne lui a pas simplifié la tâche, abonde le politologue Daniel Navrot. Il lui a été difficile de lancer une politique visible par tous. »

« Il applique méthodiquement son programme : réduire drastiquement la présence de la voiture en centre-ville »

« Je pense que le choc pour lui a été de découvrir l’échelon municipal et ses contraintes, avance Romain Meltz. Alors qu’il a toujours pensé l’écologie dans sa dimension planétaire, il lui a fallu d’abord se frotter à la réalité d’une ville, répondre à l’attente des agents administratifs par exemple, régler la dette patrimoniale en réparant des gymnases qui prennent l’eau ou prévoir des écoles qui manquaient. Tout cela éloigne sa capacité à marquer rapidement la ville de son empreinte. »

Les mesures prises jusque-là ne se révèlent pas « assez fortes », estime le politologue. « On le voit sur les week-ends de piétonnisation durant lesquels, quelques secteurs, uniquement, sont concernés. On est assez loin d’une piétonnisation massive. Dans son camp, les gens considèrent qu’il n’y a pas assez de rupture », argumente le politologue. Et de poursuivre : « La démocratie participative, par ailleurs, a du mal à fonctionner. Quant à la végétalisation, les mesures prises visent à protéger les habitants des effets torrides de la canicule. Mais, ce n’est pas en plantant des arbres dans les écoles que l’on pourra inverser le changement climatique à l’échelle de la planète. Gérer une ville n’est pas la même chose que de penser une action à l’échelle mondiale pour empêcher l’effondrement de la biodiversité. »

Pourtant, selon Daniel Navrot, le maire de Lyon a bel et bien commencé à « appliquer méthodiquement son programme » malgré l’importance des dossiers à gérer et l’urgence de la situation sanitaire. « L’un des éléments centraux est la place de la voiture en ville. On voit bien qu’au cours de ces derniers mois, les décisions prises dans tous les domaines, y compris la sécurité, visent à réduire drastiquement la présence de voitures en ville. C’est incontestable, appuie-t-il. Le dernier exemple ? Le quartier de la Guillotière. ​Les solutions proposées pour ramener un peu de tranquillité sont d’élargir les trottoirs et de piétonniser une partie de la rue de Marseille, d’agrandir la place Gambetta. Ce sont autant de places en moins pour les véhicules… »