Gouvernement : Quel intérêt aurait un remaniement ministériel à un an de la présidentielle ?

REGIONALES Après la déroute de LREM aux Régionales, la question d’un remaniement se pose pour Emmanuel Macron

Jean-Loup Delmas
— 
Emmanuel Macron aurait quelques envies de changer des ministres après la débâcle aux Régionales
Emmanuel Macron aurait quelques envies de changer des ministres après la débâcle aux Régionales — Ludovic MARIN / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron pourrait être tenté de procéder à un remaniement ministériel après la séquence électorale des régionales.
  • Pour Stéphane Rozès, politologue et président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), cela aurait un double intérêt : « ouvrir une nouvelle séquence et accuser réception des urnes, sans non plus faire de repentance » tout d’abord.
  • Le président, qui va briguer un second mandat, a aussi besoin d’un gouvernement fort et solide, capable de se tenir sans lui, de plus en plus éloigné de l’Elysée et de l’exécutif et de plus en plus en campagne dans les mois à venir.
  • La manœuvre ne serait pas nouvelle, et n’a pas toujours été gage d’efficacité, prévient Bruno Cautrès, chercheur CNRS et enseignant à Sciences po.

Face à la débâcle de LREM au premier tour des régionales, et les nouveaux échecs prévus au second tour ce dimanche, Emmanuel Macron pourrait être tenté de remanier son gouvernement, selon nos collègues de France Info. D’après ce média, Emmanuel Macron prévoit d’annoncer les grands axes de sa dernière année de mandat en juillet, possiblement par un discours entre le 7 et le 14 du mois (le président s’est exprimé une seule fois le jour de la fête nationale, en 2020). L’occasion se présenterait alors de changer également quelques ministres, alors que de nombreux membres du gouvernement envoyé au front des régionales n’ont même pas passé le premier tour.

Un remaniement si près de la présidentielle a-t-il un intérêt ? Pour Stéphane Rozès, politologue et président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), cela en a même deux. Symboliquement d’abord, « cela permet d’ouvrir une nouvelle séquence et d’accuser réception des urnes, sans non plus faire de repentance ». Une image d’écoute du peuple d’autant plus importante pour un parti et un président souvent accusé d’être hors sol ou déconnecté de la population.

Autonomiser le gouvernement

Politiquement ensuite, « Emmanuel Macron devient de plus en plus un candidat qu’un président », note Stéphane Rozès. En conséquence, il lui faut un gouvernement fort et solide, capable de se tenir sans lui, de plus en plus éloigné de l’Elysée et de l’exécutif et de plus en plus en campagne dans les mois à venir. Or, actuellement, ce n’est pas vraiment le cas, dernière preuve en date ce mercredi avec la vive passe d’armes entre le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. Le premier a accusé le second de « trahison » pour avoir « félicité » Xavier Bertrand, candidat et président sortant (LR) en tête dans les Hauts-de-France après le premier tour. 

Une situation qui rend la tâche impossible pour Emmanuel Macron. Stéphane Rozès : « Les disputes actuelles montrent que le gouvernement n’est pas tenu. Il faut au candidat Macron un gouvernement qui sache s’autogérer. » D’où la nécessité d’un éventuel remaniement.

Une manœuvre pas forcément pertinente

La manœuvre n’est pas nouvelle, mais n’a pas toujours été gage d’efficacité. Bruno Cautrès, chercheur CNRS et enseignant à Sciences po, resitue : « Tous les gouvernements font du changement dans la dernière ligne droite de la présidentielle. C’est un cas qu’on connaît déjà pas mal, qui ne montre pas d’effet très important. » Les rares conséquences observées seraient même généralement négatives selon le chercheur : des nouveaux ministres qui n’ont même pas le temps de s’affirmer, un sentiment d’instabilité et une perte de repère pour l’électorat. Quant à l’idée d’envoyer des signaux à de potentiels votants, là non plus, les choses ne sont pas si simples : « Il ne suffit pas de mettre en poste un ministre venant du centre-gauche pour convaincre les électeurs du centre gauche. Pour cela, il faut mener des politiques de centre-gauche », tranche Bruno Cautrès. Un revirement politique impossible à mettre en place en quelques mois.

Le seul changement qui peut être impactant est celui de Premier ministre. Pour renforcer le gouvernement, comme dépeint par Stéphane Rozès, et pour envoyer un vrai message aux électeurs. Mais cette solution n’est pas sans risque : « Jean Castex a été nommé spécialement pour le coronavirus, rappelle Bruno Cautrès. S’en séparer alors que le variant Delta menace et qu’une quatrième vague est possible en septembre est très risqué. »

Que choisir ?

Idem pour certains ministres, certes totalement balayés lors des régionales, mais indispensable pour la stabilité politique. Bruno Cautrès prend l’exemple d’Eric Dupond-Moretti : « Il est connu et est engagé dans des sérieuses réformes de la justice. C’est dur d’envisager de le faire partir. En tout cas, ça pourrait être mal perçu. »

Et puis au fond, cette débâcle aux régionales a-t-elle vraiment de l’importance, dans une élection où deux tiers des Français n’ont pas voté ? « On ne peut pas dire que cette élection ne compte pas pour autant, et cette abstention est très politique. Bien sûr que ce n’est pas la même logique que la présidentielle, bien sûr que la candidature d’Emmanuel Macron n’est pas remise en question, mais il faut répondre à cette abstention », défend Stéphane Rozès. Agir, ne pas agir, l’équation est donc encore insoluble et l’efficacité de chaque levier incertaine. Un défi de plus pour l’auteur politique du « en même temps ».