Des « attaques » affaiblissant le vote électronique aux Etats-Unis ? Christophe Castaner reprend un argument démenti par les autorités américaines

FAKE OFF Pour lutter contre l’abstention, le chef de file des députés LREM a prôné le déploiement du vote électronique, tout en mettant en garde sur la sécurité d’un tel dispositif

Mathilde Cousin

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Christophe Castaner sur le plateau de LCI, le 20 juin.
Christophe Castaner sur le plateau de LCI, le 20 juin. — RETMEN/SIPA
  • Comment lutter contre l’abstention aux élections ? Christophe Castaner a évoqué lundi le vote électronique comme une des pistes.
  • L’ancien ministre de l’Intérieur a toutefois averti sur « l’enjeu de sécurité » posé par ce type de vote, évoquant un « risque d’attaque » et « d’ingérence étrangère ». « Certains pays – on l’a vu aux Etats-Unis – ont pu en souffrir », a-t-il détaillé.
  • Pourtant, le renseignement américain souligne « ne pas avoir d’indications » qu’un « acteur étranger ait tenté d’altérer un aspect technique du processus de vote pour les élections américaines de 2020 ».

Le vote électronique, une des solutions qui pourrait ramener les Français vers les urnes ? Invité de France Info lundi, Christophe Castaner a avancé cette piste comme une des réponses au faible taux de participation aux élections départementales et régionales dimanche.

L’ancien ministre de l’Intérieur a toutefois averti sur « l’enjeu de sécurité » posé par ce type de vote, évoquant un « risque d’attaque » et « d’ingérence étrangère ». « Certains pays – on l’a vu aux Etats-Unis – ont pu en souffrir », a-t-il détaillé. Contacté par 20 Minutes, l’entourage de Christophe Castaner n’a précisé à quel scrutin précisément le chef de fil des députés LREM faisait référence.

FAKE OFF

Si les autorités américaines ont bien fait état de campagnes étrangères d’influence lors des élections présidentielles de 2016 et 2020, elles sont beaucoup plus prudentes sur une quelconque manipulation technique du dépouillement ou de l’enregistrement du vote.

Dans un rapport daté de mars et déclassifié, le Conseil national du renseignement, qui a pour objectif de synchroniser le renseignement aux Etats-Unis, souligne « ne pas avoir d’indications » qu’un « acteur étranger ait tenté d’altérer un aspect technique du processus de vote pour les élections américaines de 2020, y compris l’enregistrement des électeurs, le scrutin, le dépouillement ou l’annonce des résultats ».

Les auteurs de ce rapport notent « qu’à la différence de 2016 », le Comité « n’a pas vu d’effort cyber persistant de la part de la Russie pour accéder aux infrastructures électorales ».

En janvier 2017, toutefois, le Comité était nuancé sur les conséquences de la cyberactivité russe lors de l’élection de 2016. Il notait bien que, « dès 2014, les services de renseignement russes ont fait des recherches sur les processus électoraux américains et les technologies et équipements connexes. » Mais le Comité citait ensuite le Département de la sécurité intérieure, selon lequel ces activités russes ne visaient pas des systèmes « impliqués dans le décompte des voix ».

Un rapport du Sénat soulignait également ne pas avoir eu connaissance de manipulations techniques des systèmes de vote en 2016, même s’il soulignait que ses connaissances étaient limitées.

Le rapport du procureur Mueller, qui a enquêté sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016, se montre quant à lui succinct sur la question.

« L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des Etats-Unis »

Lors de la dernière élection présidentielle américaine, en novembre dernier, plusieurs partisans de Donald Trump ont relayé à plusieurs reprises des accusations de fraude, pointant notamment du doigt les machines à voter électroniques.

Ces affirmations ont été battues en brèche par plusieurs organisations chargées des élections aux Etats-Unis. « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des Etats-Unis, ont-elles affirmé dans un communiqué le 12 novembre […]. Il n’y a pas de prevues qu’un système de vote a effacé ou perdu des votes, modifié des votes, ou ait été compromis d’une quelconque manière. »

Ces organisations rappellent que « les Etats aux résultats serrés » possèdent des enregistrements papier de chaque vote, permettant un recomptage si nécessaire.

Par ailleurs, une quarantaine d’actions en justice menées par le camp Trump ont également échoué, rappelleBusiness Insider.