Présidentielle 2022 : « Il a des lecteurs mais il n’a jamais vu d’électeurs »... L'éventuelle candidature Zemmour embarrasse le RN (et la droite)

ELECTIONS La candidature du polémiste à l’élection présidentielle 2022 pourrait « affaiblir le camp national », selon Marine Le Pen

Thibaut Le Gal

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Eric Zemmour et l'ancien du RN Jean Messiha à la manifestation policière à Paris.
Eric Zemmour et l'ancien du RN Jean Messiha à la manifestation policière à Paris. — SEVGI/SIPA
  • « Peut-être qu’il faut passer à l’action », a assuré Eric Zemmour dimanche, sur une éventuelle candidature à la présidentielle 2022.
  • Le polémiste proche de Marion Maréchal pourrait affaiblir la candidature de Marine Le Pen.
  • A droite, certains poussent pour que le journaliste du Figaro puisse participer à une éventuelle primaire pour désigner leur candidat.

« Peut-être qu’il faut passer à l’action ». Eric Zemmour a donné un peu plus de crédit à une candidature à la présidentielle de 2022. « Je fais de plus en plus de propositions, je pense de plus en plus à comment mettre en application ce que je dis », a souligné dimanche l’écrivain polémiste dans un entretien au média « Livre noir ». Depuis plusieurs mois, l’éditorialiste du Figaro entretient le doute, multiplie les rencontres pour structurer une éventuelle campagne, et étend son influence sur les réseaux sociaux. « Je réfléchis à la suite, aux mesures éventuelles qu’on pourrait prendre à partir de mon diagnostic », dit-il.

L’ambition présidentielle d’Eric Zemmour, dont les pics d’audience sur Cnews avoisinent régulièrement le million de téléspectateurs, ne pouvait que semer le trouble au Rassemblement national, mais également à droite.

Zemmour, le « Taubira du camp national »

« C’est un historien et un éditorialiste de talent, qui partage beaucoup d’analyses avec nous. Mais je ne le vois pas engager sa responsabilité dans une division du camp national, auquel il appartient », veut croire Gilles Pennelle, membre du bureau national et tête de liste RN aux régionales en Bretagne. « Sa candidature n’est pas souhaitable et servirait monsieur Macron. Il est assez brillant pour faire cette analyse », souffle-t-il. L’argument est le même que celui tenu par Marine Le Pen, dimanche, sur LCI. « Quel est l’intérêt de cette candidature ? Objectivement, c’est une candidature qui peut aider Emmanuel Macron à arriver en tête à l’élection présidentielle, ce que les sondages ne lui [promettent] pas pour l’instant », a tancé la candidate RN à la présidentielle.

Eric Zemmour n’a été testé qu’une fois dans les enquêtes d’opinion pour 2022. Dans un sondage Ifop pour Valeurs Actuelles en février dernier, 13 % des Français se disaient « prêts à voter » pour le polémiste à la prochaine présidentielle. Des chiffres à prendre avec de grandes pincettes, car il ne s’agissait pas d’intentions de vote, et seulement 4 % des personnes interrogées se disaient « certaines » de ce choix.

Mais le polémiste, proche de Marion Maréchal, pourrait néanmoins grappiller de précieuses voix à Marine Le Pen. Certains cadres du parti lui conseillent de ne pas devenir le « Taubira du camp national », en référence à la candidature présidentielle de l’ancienne Garde des Sceaux en 2002, qui avait affaibli la candidature de Lionel Jospin, éliminé au premier tour du scrutin.

« Son programme politique, c’est quoi ? La guerre civile ? »

« Il connaît bien la France, son histoire, sa culture, mais pour une présidentielle, il faut connaître les Français. Eric Zemmour a beaucoup de lecteurs, mais il n’a jamais vu d’électeurs. C’est quelqu’un d’intelligent, il devrait se rendre compte qu’il n’est pas politique, mais journaliste, il faut boxer dans sa catégorie », tranche l’eurodéputé RN Philippe Olivier, qui tente de positiver.

« Un président doit unir les gens. Lui a une vision très critique sur l’islam notamment. Son programme politique, c’est quoi ? La guerre civile ? Sa candidature pourrait nous prendre quelques voix mais elle nous recentrerait. Il a parfois des propos tellement durs qu’on pourrait apparaître pour des modérés », ironise le conseiller spécial de Marine Le Pen. Eric Zemmour a notamment popularisé la thèse controversée du « grand remplacement » de l’écrivain Renaud Camus, et juge par ailleurs l'islam «incompatible» avec la République. Certains de ses propos lui ont valu d’être condamné par la justice.

A droite aussi, la candidature semble embarrasser

Mais le RN n’est pas le seul parti embarrassé par une éventuelle candidature Zemmour. Le sondage Ifop de février indiquait que l’électorat de François Fillon en 2017 se disait tout aussi prêt à voter pour lui que celui de Marine Le Pen (23 %, contre 22 %). Et l’intéressé, qui avait été chaudement convié au siège des Républicains en 2019, garde une jolie cote chez les militants LR. « Sa candidature affaiblirait les Républicains, qui souffrent de l’absence de candidat. Pour Zemmour, les électeurs déçus par LR sont les plus faciles à convaincre », estime le député LR du Vaucluse Julien Aubert à l'Express, qui interroge : « Mais pourquoi Eric Zemmour ne participerait-il pas à un mécanisme de départage des Républicains ? Il a toute sa place ».

Cette proposition sulfureuse, reprise par le sénateur LR du Rhône Etienne Blanc, n’a pas entraîné de commentaire à la direction du parti, déjà bien embarrassé pour trouver un processus de désignation. Rares sont d’ailleurs les élus LR à vouloir s’exprimer sur le sujet. « Il y a une différence entre le bruit médiatique et le potentiel électoral. Il n’a pas de projet, pas de parti, pas de signatures de maire. Gardons-nous bien d’agiter des chiffons rouges », balaie le député LR du Pas-de-Calais, Pierre-Henri Dumont. Un cadre LR évoque de son côté une « candidature abracadabrantesque ».

C’est finalement dans le camp de Nicolas Dupont-Aignan qu’on trouve le moins d’hostilités à cette candidature. L’entourage du candidat Debout la France à la présidentielle souhaite « bonne chance » à l’éditorialiste, tout en regrettant l’absence « de démarche de rassemblement » du camp patriote.