Toulouse : Indignation dans la Ville rose après les propos de Jean-Luc Mélenchon sur Merah et la présidentielle

POLEMIQUE Le leader de la France Insoumise qui a prédit « un grave incident la dernière semaine de campagne » de la présidentielle, comme en 2012 avec les attentats de Merah, suscite un véritable tollé dans la Ville rose

Béatrice Colin

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Le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon.
Le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. — Alain ROBERT/SIPA/SIPA
  • Ce dimanche, au micro de France Inter, Jean-Luc Mélenchon a indiqué que la France pouvait s’attendre dans la dernière semaine de campagne de la présidentielle à « un grave incident ou un meurtre ».
  • Le leader de La France Insoumise a cité en référence les attentats de Merah en 2002 ou l’assassinat du policier Xavier Jugelé en 2017.
  • Des propos « indignes » et « à vomir » pour les représentants politiques de Toulouse et Montauban, les deux villes où Mohamed Merah a tué sept personnes en 2012.

« A vomir », « indécent », « indigne ». A Toulouse, les propos tenus ce dimanche par Jean-Luc Mélenchon au micro de France Inter, suscitent une vague d’indignation. « Dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident, ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012, l’attentat sur les Champs-Élysées en 2017. Avant, on avait eu papy Voise dont plus personne n’a entendu parler après. Tout ça, c’est écrit d’avance », a déclaré le leader de la France Insoumise, indiquant plus tard sur les réseaux sociaux que les terroristes « font leur coup au moment qui fait parler d’eux » en réponse aux accusations de complotisme.

Pour les familles des victimes de Merah, qui a assassiné sept personnes à Toulouse et Montauban en mars 2012, cette référence ne passe pas. « Les propos de Jean-Luc Melenchon sont inadmissibles et ne devraient même pas être tenus. Je suis la mère de Imad, militaire mort debout face à l’obscurantisme en mars 2012. Le respect, c’est un minimum pour l’honneur de mon fils, des autres victimes et des familles endeuillées », a réagi Latifa Ibn Ziaten.

Pour Albert Chennouf, père d’un des militaires tués à Montauban, « ce sont les propos de quelqu’un qui a perdu tout sens des réalités et de la noble politique », a-t-il dénoncé sur Franceinfo. L’avocat de la famille Samuel Sandler, qui a perdu son fils et ses deux petits-fils à l’école Ozar Hatorah, a clairement indiqué qu’il allait porter plainte si Jean-Luc Mélenchon ne retirait pas ses propos.

Critiques de la gauche à la droite

C’est aussi ce qu’a demandé le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc.  « C’est à vomir. C’est une déformation de la vérité. On ne peut pas être candidat à la présidentielle et tenir de tels propos », a-t-il commenté ce lundi matin sur les ondes de France Bleu Occitanie. Une critique reprise par une grande partie de la classe politique locale, de la présidente socialiste sortante de la région Occitanie, Carole Delga, à la députée du Tarn-et-Garonne, Valérie Rabault.

« Réduire les atrocités des attentats de Montauban et Toulouse en 2012 à de la machination électorale est inacceptable. A Montauban, deux militaires ont été tués, un troisième gravement blessé. Quand on manie ainsi la démagogie, on ne peut prétendre à devenir Président de la République », a tancé la présidente du groupe Socialistes & apparentés à l’Assemblée nationale.

Le porte-parole des communistes toulousains, Pierre Lacaze, juge ces propos « incompréhensibles ». « Le dérapage de Jean Luc Melenchon lui appartient. C’est a minima une maladresse à rectifier, il s’en expliquera. Mais ces propos ont choqué la communauté toulousaine meurtrie par ces événements », poursuit-il. « Les responsables politiques ont le devoir de porter une parole républicaine, qui assure la cohésion de la nation et non sa division », assure de son côté le patron PS du conseil départemental, Georges Méric.

Seules voix dissonantes, celle des élus toulousains de La France Insoumise. Le député européen Manuel Bompard a déploré « un ignoble procès ». « Minable opération pour faire croire que Jean-Luc Mélenchon nie la réalité des attentats terroristes alors qu’il en dénonce l’instrumentalisation politicienne dans les campagnes électorales », a tenu a rétablir celui qui se trouve sur la liste LFI aux régionales en Occitanie.

Des justifications qui ne passent pas auprès de Nicolas Yardéni, présidente régionale du Conseil représentatif des institutions juives au moment des attentats. « Monsieur Mélenchon a bien signifié que le système avait planifié des attentats à Toulouse et à Montauban en 2012 et qu’il fallait s’attendre à ce que cela se reproduise. Qui est le système ? Qui sont les « ils » ? Ira-t-il au bout de sa pensée ? », interroge celle qui est aujourd’hui élue à la ville de Toulouse.