Régionales en Bourgogne-Franche-Comté : Quelles conséquences l'affaire Julien Odoul aura-t-elle pour le Rassemblement national ?

POLEMIQUE En se moquant du suicide d’un agriculteur, Julien Odoul, tête de liste du Rassemblement national en Bourgogne-Franche-Comté, a-t-il mis son parti dans l’embarras ?

Jean-Loup Delmas

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Julien Odoul, candidat tête de liste du RN en Bourgogne-Franche-Comté, est dans la tourmente après avoir moqué le suicide d'un agriculteur
Julien Odoul, candidat tête de liste du RN en Bourgogne-Franche-Comté, est dans la tourmente après avoir moqué le suicide d'un agriculteur — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • Julien Odoul, tête de liste du Rassemblement national en Bourgogne-Franche-Comté, s’est moqué du suicide d’un agriculteur.
  • Depuis, la polémique enfle sur ce sujet très sensible.
  • Mais quellles conséquences cette affaire peut-elle avoir réellement ?

En décembre 2019, Julien Odoul, candidat du Rassemblement national en Bourgogne-Franche-Comté, ironisait sur le suicide d’un agriculteur :  « Est-ce que la corde est française ? », avait-il demandé sous les rires lors d’une réunion du groupe de son parti au conseil régional.

Une blague de très mauvais goût qu’a rapportée ce vendredi Libération, citant un enregistrement audio. Il ne fallait pas plus pour mettre le candidat aux régionales, mais également l’ensemble de son parti, dans l’embarras. Mais jusqu’à quel point ?

Peu de conséquences nationales

Au niveau national, cela ne devrait pas tant faire bouger les lignes, le RN étant un parti trop solidement implanté dans les votes pour s’effondrer. « Cela ne va pas affaiblir le parti sur sa base existante, elle ne va pas se désister pour cela », prophétise Stéphane Rozès, politologue et président de Conseils, analyses et perspectives (CAP). Mais cette polémique peut, selon le spécialiste, compromettre sa progression vers de nouvelles voix.

Même constat pour Gilles Ivaldi, chercheur à Science Po Paris et spécialiste du populisme et de l’extrême-droite : « Sur le plan national, cette polémique sera vite chassée par une autre. » Si le sujet est sensible, il ne touche pas l’un des deux thèmes centraux du vote RN pour le chercheur : les enjeux de sécurité et d’immigration, ce qui diminue fortement les conséquences de cette « blague ».

Il n’empêche, pour 2022 et le possible choc face à Emmanuel Macron, le sujet pourrait faire tache. Alors que LREM est pointé par le Rassemblement national comme le parti des riches et des puissants, s’être moqué du suicide d’un membre d’une catégorie défavorisée est facile à exploiter par Emmanuel Macron. « Mais d’ici là, les choses se seront probablement tassées », avance Stéphane Rozès.

Mais un coût pour les régionales

La polémique arrive par contre à quelques jours seulement des élections régionales, dont le premier tour a lieu le 20 juin. Et Julien Odoul est même tête de liste. S’est-il condamné avec cette blague ? « Les enjeux de sécurité et d’immigration sont également les deux thèmes centraux du vote des régionales, il est donc possible que Julien Odoul s’en tire finalement sans trop de casse », avance Gilles Ivaldi.

Une hypothèse à laquelle adhère moins Stéphane Rozès : « Sur le plan local, cela peut coûter cher, notamment dans le vote rural ». Et particulièrement en Bourgogne-Franche-Comté. Selon une étude de l’Insee de 2018, il s’agit de la première région rurale de France devant la Bretagne. « Au 1er janvier 2018, 55 % de la population régionale réside dans une commune rurale contre seulement un tiers au niveau national », cite notamment l’étude.

Le Rassemblement national doit-il garder Julien Odoul tête de liste ou le sanctionner ? Pour Stéphane Rozès, la question, si près de l’élection, ne se pose pas : « Enlever Julien Odoul, ce serait décapiter la campagne et cette fois, affaiblir le parti ». Faire du tri dans les rangs après une polémique ne fait pas partie des habitudes de la maison. Gilles Ivaldi rappelle : « La tradition de l’extrême-droite face à une polémique est plus de se victimiser, dire que c’est la preuve qu’elle dérange ou qu’elle est antisystème. Punir Odoul, ce serait donner raison à cette polémique. »

Une crise symptomatique

La blague du candidat n’aura donc peut-être aucune conséquence, ni pour lui ni pour le parti, mais elle reste symptomatique de certaines difficultés du Rassemblement national. « Le RN, c’est Marine Le Pen. C’est sa force et sa faiblesse : le parti a du mal à trouver d’autres têtes d’affiche. Cela nuit à sa crédibilité et renforce l’image d’un parti incapable de gouverner car manquant de gens compétents. Cette affaire Odoul montre bien la difficulté de Marine Le Pen d’avoir des cadres dirigeants à la hauteur de la période et de l’enjeu du pouvoir », souligne Stéphane Rozès.

La faute à un parti en perte de vitesse, selon Gilles Ivaldi : « Depuis 2017, le Rassemblement national est empêtré dans de nombreuses affaires, il a perdu beaucoup de financement et d’adhérents. Il est forcé de brasser plus large, ce qui entraîne ce genre de mise en avant de profils douteux. » Julien Odoul a ainsi pris la tête du RN en Bourgogne-Franche-Comté depuis l’éviction du parti de Sophie Montel en 2017, jugée trop proche de Florian Philippot, vice-président du RN qui l’a abandonné en 2017 pour fonder son propre parti. L’affaire Julien Odoul ne met pas le Rassemblement national dans la crise, il l’était déjà.