Face aux inquiétudes, Macron prudent sur les réformes post-Covid

CORONAVIRUS Dans une ambiance bon enfant, Emmanuel Macron a été interpellé sur l’immigration, la vaccination, les déserts médicaux ou le sort de la « France éternelle » 

20 Minutes avec AFP

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Le chef de l'Etat a rencontré durant trois heures des retraités tranquilles dans la cité médiévale de Martel (Lot).
Le chef de l'Etat a rencontré durant trois heures des retraités tranquilles dans la cité médiévale de Martel (Lot). — Lionel Bonaventure/AP/SIPA

Face aux « inquiétudes » des Français éprouvés par l’épidémie, Emmanuel Macron a écarté jeudi une reprise « en l’état » de la réforme des retraites, même s’il veut assumer des « décisions difficiles » pour sortir par le haut de la crise du Covid. « Je ne peux pas gérer l’été en pente douce », a averti le chef de l’Etat au cours d’une rencontre de trois heures avec des retraités tranquilles dans la cité médiévale de Martel (Lot).

« Je vais devoir prendre des décisions, certaines sur la relance, d’autres difficiles » pour que la dernière année du quinquennat soit « une année utile », a-t-il ajouté. Dans une ambiance bon enfant, Emmanuel Macron a été interpellé sur l’immigration, la vaccination, les déserts médicaux ou le sort de la « France éternelle » pendant ces deux journées, brièvement troublées par deux ou trois invectives sur le chômage ou les violences policières sur un air de «  gilets jaunes ».

Comprendre l’état d’esprit du pays

Il compte poursuivre ses rencontres lors d’une dizaine de déplacements en juin-juillet, avant de trancher sur des choix clés pour le reste du quinquennat. Tout en défendant mordicus ses principes du début de quinquennat, comme la valeur travail, la métaphore du « premier de cordée » ou la suppression de l’ISF, le chef de l’Etat a dit vouloir d’abord comprendre l’état d’esprit du pays avant de se décider sur de nouvelles réformes d’ampleur. A commencer par celle des retraites.

« Je ne pense pas que la réforme qui était initialement envisagée puisse être reprise en l’état », a-t-il confié devant la presse. « Elle était très ambitieuse, extrêmement complexe et, du coup, porteuse d’inquiétude », or il faut « prendre en compte » ces « peurs » et le contexte créé par la crise sanitaire. « Il est trop tôt » selon lui pour se prononcer.

Cette réforme est pourtant « indispensable », a réagi le député LR Eric Woerth, en appelant à « repartir à 0 », notamment en assumant « l’augmentation de l’âge » du départ à la retraite. Emmanuel Macron a fait une réponse tout aussi prudente sur son éventuelle candidature à un second mandat en 2022. « C’est trop tôt pour le dire », a-t-il dit lors de sa rencontre avec des retraités.

Tombant la veste, le chef de l’Etat a balayé avec ses interlocuteurs l’ensemble des sujets d’actualité – de la jeunesse à l’écologie en passant par la vaccination, l’immigration et la « cancel culture ». Un exercice qui rappelait le « Grand débat » initié en 2019 pour sortir de la crise des « gilets jaunes ».

« On m’a dit "le Président des riches", je m’en fous »

« On doit prendre le pouls du pays même quand on n’est pas en campagne », a justifié le président, répondant aux critiques de certains opposants qui lui reprochent d’être entré « en mode élection » à l’approche des régionales et à moins d’un an de la présidentielle. « Il est en campagne. La seule différence entre lui et moi c’est que moi je suis en campagne en respectant les comptes de campagne, lui non », a dénoncé Marine Le Pen, candidate déclarée à l’Elysée, lors d’un déplacement à Saint-Chamond (Loire).

Avec des accents de 2017, il a de nouveau défendu son choix de ne pas augmenter les impôts des plus riches. « Est-ce qu’on peut massivement taper les gros (contribuables), idée qu’on adore chez nous ? On peut le faire, mais les gros s’en vont ! », a-t-il lancé à un retraité contestataire « On m’a dit "le Président des riches", je m’en fous ».

Quant à la garantie jeunes universelle, un projet dans les cartons, il a dit vouloir aider les jeunes en formation mais rejeté catégoriquement « l’idée qu’on donne de l’argent sans condition ». Une réponse aux propositions de la gauche d’un RSA pour les 18-25 ans. Sur l’immigration, il a plaidé pour une « politique d’intégration plus ambitieuse » mais noté : « est-ce qu’on ferait travailler le BTP, la restauration ou l’agriculture si on avait zéro immigré » ?

Il a terminé en s’enflammant contre « la cancel culture », selon lui « un drame » et à laquelle il oppose « une politique de la reconnaissance ». Mais Emmanuel Macron a aussi reconnu s’inquiéter d’une société « de plus en plus violente ». Pour répondre au sentiment d’insécurité des Français, il a préconisé une réponse de politique publique mais aussi « de valeur en termes de civilisation et de culture ».