Tourisme : L'exécutif mise sur la gratuité des tests PCR pour attirer les visiteurs étrangers

CORONAVIRUS A Bercy, on défend cet « atout d'attractivité » pour faire venir les étrangers cet été, mais cette décision pourrait alourdir un peu plus la « dette Covid »

Thibaut Le Gal

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Des touristes à Paris en mai 2021.
Des touristes à Paris en mai 2021. — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • Emmanuel Macron a conseillé mercredi aux Français de prendre leurs congés d’été sur le territoire national afin de relancer l’économie française.
  • Le gouvernement mise sur la gratuité des tests PCR pour attirer les touristes étrangers cet été.
  • Mais cette stratégie pourrait alourdir un peu plus la dette Covid.

« En 2021, les vacances c’est en France ! » Lors  d'un déplacement dans le Lot, Emmanuel Macron a conseillé mercredi aux Français de prendre leurs congés d’été sur le territoire national afin de relancer l’économie. Mais l’exécutif souhaite également inciter les touristes étrangers à venir dans l’Hexagone. Avec une solution simple : es derniers pourront ainsi bénéficier d’un test PCR gratuit avant de rentrer chez eux, si nécessaire. L’objectif ? Relancer la saison touristique, mise à mal depuis plus d’un an par l’épidémie de coronavirus.

« C’est un élément d’attractivité touristique », a reconnu Clément Beaune à la mi-mai. « On a besoin, on a envie, dans de bonnes conditions sanitaires, de rester la première destination touristique européenne et mondiale. C’est un enjeu économique pour nous », a indiqué le secrétaire d’État aux Affaires européennes.

Le gouvernement défend « un avantage concurrentiel »

Depuis le début de la crise en mars 2020, le tourisme a été mis à mal par les restrictions de déplacements internationaux, avec plusieurs mois de mise à l’arrêt total. Selon les estimations d'Atout France, l’économie française aurait ainsi perdu 61 milliards d’euros de recettes touristiques l’année passée. Le gouvernement mise donc sur le retour des étrangers pour relancer l’activité cet été malgré la persistance de l’épidémie.

« Beaucoup de Français vont passer leurs vacances en France sur le littoral ou en montagne. Mais pour ce qui concerne le tourisme urbain, notamment les grandes villes comme Paris, Lyon ou Bordeaux, on a besoin de la venue des étrangers, qu’ils soient Européens ou Américains », explique-t-on du côté du ministère de l’Economie. « C’est un avantage concurrentiel. Le fait de savoir que le test sera gratuit en France, alors qu’il coûtera plus de 100 euros par personne en Espagne, ça peut faire la différence pour une famille », poursuit-on à Bercy, alors que la France est le seul pays européen, avec Malte et le Danemark, à proposer cette gratuité.

Une « dette Covid » alourdie mais assumée

« Les tests PCR seront gratuits pour les touristes qui viendront en France cet été. Magnifique façon de ruiner la Sécurité sociale ! », a dénoncé sur Twitter le président des Patriotes Florian Philippot, ex-numéro 2 du Front national. Pris en charge à 100 %, le dépistage du Covid-19 a un coût pour les finances de l’Etat. Dans une question à la Commission européenne le 18 mai, l’eurodéputée RN Hélène Laporte avait estimé qu'« à 43,20 euros le test PCR, la facture pourrait s’élever à 216 millions d’euros pour, par exemple, cinq millions de touristes testés ». Le vaccin pourrait toutefois changer la donne et exempter certains touristes de dépistage. Ce vendredi matin, la France a par exemple annoncé que les Européens vaccinés pourront entrer en France sans test PCR à partir du 9  juin (à l’’inverse des Américains et des Britanniques).

Quoi qu'il en soit, pour l’année 2021, 4,9 milliards d'euros ont déjà été provisionnés en tests de dépistage (PCR et antigéniques) par le gouvernement. La gratuité pour les étrangers ne pourra qu’alourdir un peu plus la « dette Covid », mais l’exécutif défend cette stratégie. « Un touriste en France va coûter quelques dizaines d’euros à la France pour son test PCR, mais il va aussi dépenser dans la restauration, l’hôtellerie, la consommation. C’est de la TVA en plus. Sans parler de l’importance en termes d’emplois dans ce secteur », dit-on à Bercy.

Pas de réciprocité en Europe ?

Le trésorier national de LR, Daniel Fasquelle, s’interroge pour sa part sur la réciprocité d’une telle mesure à l’échelle européenne. « Les Français vont payer deux fois : es tests PCR des étrangers sur notre territoire, et leur propre test à l’étranger », regrette le maire du Touquet. « La France a suffisamment d’atouts pour faire venir les étrangers sans avoir à compter sur un test gratuit. Plutôt que de jouer solo, on devrait jouer la carte européenne, et proposer que ce coût soit pris en charge par le budget européen ».

Fin avril, le Parlement européen avait plaidé pour la gratuité des tests sur tout le continent, mais les discussions entre Etats n’ont pas réellement avancé. Au cabinet du secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, on assure – sans plus de précisions – que « le règlement sur le certificat sanitaire qui entre en vigueur le 1er juillet incite les États membres à offrir des tests abordables ». Et d’assurer que la Commission européenne « pourra mobiliser jusqu’à 200 millions pour l’achat de tests ».