Présidentielle 2022 : Avec son « tour de France », Emmanuel Macron est-il déjà en campagne ?

ELECTION Le chef de l’Etat sera mercredi et jeudi dans le Lot à la rencontre des Français, début d’un marathon de dix déplacements échelonnés dans tout le pays jusqu’à la mi-juillet

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

— 

Emmanuel Macron, de dos.
Emmanuel Macron, de dos. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron sera mercredi et jeudi dans le Lot, afin de rencontrer des acteurs du tourisme et des habitants de deux villages, Saint-Cyr-Lapopie et Martel.
  • C’est la première étape d’un « tour de France » de dix déplacements échelonnés sur tout le territoire jusqu’à la mi-juillet.
  • L’opposition accuse le chef de l’Etat d’être déjà en campagne, à onze mois de l’élection présidentielle.

Un président en plein déconfinement. Emmanuel Macron se rend ce mercredi dans le Lot pour un déplacement de deux jours à la rencontre des acteurs du tourisme et des habitants de deux villages, Saint-Cirq-Lapopie et Martel. C’est le premier déplacement d’une série de dix, échelonnés dans tout le pays jusqu’à la mi-juillet, à raison d’environ deux par semaine. « Je veux reprendre mon bâton de pèlerin et aller dans les territoires pour prendre le pouls du pays, aller au contact », avait-il prévenu fin avril dans la presse régionale. A moins d’un an de l’élection présidentielle, le chef de l’Etat, lancé dans un tour de France effréné, est-il entré en campagne ?

« Il a envie de retourner au contact pour relancer le pays, c’est dans son caractère »

En choisissant de se rendre dans ces deux villages médiévaux, le président souhaite mettre l’accent sur la « ruralité heureuse », mélange de reconquête industrielle, de tourisme et de racines historiques, explique l’Elysée. C’est aussi l’occasion pour lui d’ « accompagner la réouverture progressive du pays et la relance » , ajoute-t-on, en défendant le plan de 100 milliards d’euros, dont 64 milliards restent à décaisser. Mais l’essentiel de ce déplacement sera les échanges avec les habitants. « Il souhaite connaître les attentes des Français, savoir comment ils ont traversé la crise sanitaire et comment ils se projettent dans l’avenir » , poursuit-on à la présidence.

Avec ce format décliné sur six semaines, le président renoue avec la recette du « grand débat de 2019 ou de « l’itinérance mémorielle » de 2018. « Il aime ça, il a envie de ressortir, retourner au contact pour relancer le pays, c’est dans son caractère. Cela lui avait plutôt bien réussi lors du grand débat », vante Roland Lescure, porte-parole de La République en marche, en référence à la sortie de crise des gilets jaunes.

Macron « utilise sa fonction de président et ses moyens pour faire campagne »

Depuis le déconfinement le 19 mai et son très médiatique café en terrasse avec le Premier ministre Jean Castex, Emmanuel Macron est sur tous les fronts : un échange avec le basketteur Tony Parker pour vanter le retour des activités sportives, un bain de foule à Nevers, et même un concours d’anecdotes avec les Youtubeurs stars Carlito et McFly… « Plutôt que présider, Emmanuel Macron est en opération séduction. Il essaye de surfer sur la période de déconfinement », dénonce Julien Dive, député Les Républicains de l’Aisne.

« En économie, on appellerait ça de la concurrence déloyale, il utilise sa fonction de président et ses moyens pour faire campagne, sans qu’ils soient décomptés de ses futurs comptes électoraux », ajoute ce proche de Xavier Bertrand, le patron des Hauts-de-France. « Faire un tour de France ne veut pas dire appréhender la réalité du pays, c’est plus de la communication politique. En tant que président, il devrait s’occuper du pays en souffrance plutôt que rentrer dès maintenant en campagne », tacle le député insoumis de la Seine-Saint-Denis Eric Coquerel.

Pour l’opposition, cette campagne précoce n’est pas anodine, à trois semaines des élections départementales et régionales. « L’époque du maître des horloges est révolue. Emmanuel Macron subit désormais ce qui se passe dans la société. Le président souhaite occuper l’espace médiatique car les scrutins vont être très durs pour LREM », prédit Guillaume Chiche, député ex-LREM des Deux-Sèvres. « S’il part en campagne si tôt, c’est aussi pour tester les lignes de force de son futur programme. A l’époque de la "Grande marche", en 2016, ça partait des militants. Désormais, il le fait seul », regrette l’élu, aujourd’hui non-inscrit.

Elysée annonce des projets

Cette tournée n’a rien d’une précampagne, réplique l’Elysée : « Il fait des déplacements sur le terrain depuis le jour 1 du quinquennat. C’est son rôle d’être là pour cette sortie de crise historique, dans un moment très important pour le pays. »

« Ce n’est pas une campagne. L’objectif du président est plutôt septembre 2021 que mai 2022. Il s’agit de ressentir les préoccupations pour prioriser les chantiers de la rentrée », abonde Roland Lescure, député LREM des Français de l’étranger, qui estime à « une ou deux » le nombre de réformes que la majorité aurait le temps de lancer avant la fin du quinquennat.

Sur la table du gouvernement, la périlleuse réforme des retraites et celle de la dépendance, qui pourraient être couplées. L’exécutif doit également plancher sur le périmètre d’une « garantie jeune universelle » pour les défavorisés. « Quoiqu’il arrive, je présiderai jusqu’au dernier quart d’heure », a prévenu Emmanuel Macron. Sans préciser la date de son entrée en campagne.