La « digue » entre le Rassemblement national et la droite est-elle en train de céder ?

POLITIQUE Le numéro 2 des Républicains Guillaume Peltier a affirmé dimanche porter « les mêmes convictions » que le maire de Béziers Robert Ménard, proche du RN, avant d’être recadré par son parti

Thibaut Le Gal

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Guillaume Peltier et Christian Jacob.
Guillaume Peltier et Christian Jacob. — Jacques Witt/SIPA
  • Guillaume Peltier a affirmé dimanche porter « les mêmes convictions » que Robert Ménard, le maire de Béziers proche du RN.
  • Le numéro 2 des Républicains a été recadré dimanche par le patron des Républicains, Christian Jacob, mais la sortie de Guillaume Peltier a créé des remous à droite.
  • D’autres cadres LR ont récemment tenu des propos ambigus sur le RN, à l’image de Nadine Morano ou Eric Ciotti.

Guillaume Peltier a mis les pieds dans le plat biterrois. Le numéro 2 des Républicains a affirmé dimanche porter « les mêmes convictions » que l’élu de Béziers Robert Ménard, proche du RN. « C’est un très bon maire […] échanger, discuter, travailler avec [lui] ne me dérange en rien », a-t-il indiqué sur RTL/Le Figaro/LCI.

« Demain, pour rassembler la France, on aura besoin de tous les républicains, tous les patriotes, les hommes et femmes de bonne volonté », a-t-il ajouté, dénonçant le « front républicain » pour mieux renvoyer dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Mais cette déclaration, qui s’ajoute à d’autres sorties de cadres LR, a créé des remous au sein de la droite.

« Guillaume Peltier a mis un pied sur cette passerelle » vers le RN

Et c’est le patron des Républicains qui a dégainé le premier. « L’heure n’est pas aux prises de position personnelles qui nuisent à tous mais à la mobilisation derrière nos candidats. Au moment où LR est en tête des enquêtes d’opinion, j’invite l’équipe dirigeante à être en soutien total derrière nos listes. La seule priorité : jouer collectif », a recadré Christian Jacob dimanche soir sur Twitter. Mais la sortie semble avoir laissé des traces.

« Ce n’est pas le moment pour qu’un membre de la direction y aille de sa proposition iconoclaste sur la justice [Guillaume Peltier souhaite le rétablissement d’une « Cour de sûreté »], de sa posture, de sa tactique. C’est un jeu personnel inopportun et inutile. Existons par nous-mêmes, sans céder aux sirènes du président de la République et sans nous jeter dans les bras de Marine Le Pen », tranche la députée LR des Hauts-de-Seine Constance Le Grip. 

« Il y a une digue infranchissable avec l’extrême droite, et certains essayent parfois de créer une brèche, c’est inacceptable. Ménard peut apparaître comme une passerelle pour aller vers Le Pen, et Guillaume Peltier a mis un pied sur cette passerelle. En pleine campagne, ce n’est pas le moment d’instiller un doute, c’est une erreur. Soit Monsieur Peltier sort de la direction du parti et retrouve sa liberté de parole, soit il reste mais fait attention à ce qu’il dit », ajoute Sébastien Huyghe, député LR du Nord.

L’érosion est généralement un signe du temps

Robert Ménard, partisan historique de l'union des droites, a bien entendu salué le propos, ce lundi sur BFMTV : « Une nouvelle digue s’effondre. Je rends hommage à Guillaume [Peltier] d’avoir osé dire ce qu’un bon nombre d’élus LR pensent, qu’ils sont plus proches de nous, de moi, que de LREM ». Car le numéro 2 de LR n’est pas le seul cadre à tenir des propos ambigus sur le Rassemblement national. Fin avril, Éric Ciotti avait affirmé que ce qui « différencie globalement » son parti du RN était la « capacité à gouverner ». L’élu LR des Alpes Maritimes, qui a toujours refusé les appels du pied du RN, avait ajouté vendredi 21 mai qu’il ne souhaitait « pas faire de procès d’intention » à l’égard de la formation de Marine Le Pen, disant concevoir « que le RN ait pu évoluer » avec le temps. Même tonalité chez l’eurodéputée Nadine Morano, qui refuse « le cordon sanitaire », pourtant défendu  au sein de son parti.

« Ce n’est pas l’idée que je me fais de la droite républicaine et gaulliste. Je reste sur la ligne de Chirac et de Sarkozy : ni alliance ni connivence par rapport au FN », souffle Constance Le Grip. « En d’autres temps, Nadine Morano aurait été exclue. Malgré leur tentative de dédiabolisation, il reste des infréquentables au RN. Tous ceux qui pourraient avoir la tentation d’un rapprochement avec l’extrême droite n’ont plus rien à faire avec LR », affirme Sébastien Huyghe. Déjà en campagne présidentielle, Marine Le Pen, elle, boit du petit-lait. La patronne du RN n’a pas manqué d’indiquer la semaine passée qu’Eric Ciotti ou Nadine Moranopourraient faire de bons ministres si elle était élue présidente en 2022.